
10 février 2003
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
GUIDOUNE
GUIDOUNE, GUEDOUNE, GUÉDOUNE
:
Nom fém. et adj.
Définitions :
- Péj. vulg. Nom fém. Femme facile, qui a une vie sexuelle très libre, généralement une prostituée ; par ext. femme (terme d'insulte).
Exemples d'emploi :
- «
On est pas mal tout seuls au coin de la rue, étant donné qu'à Noël,
même les guidounes [déf. en note : " racoleuse "] vont dans leurs
familles. »
(Gratien GÉLINAS. « Tit-Coq » p.19, Montréal, Beauchemin,
1950, 196 p. [la pièce a été créée en 1948], JunLex, 1977, p.188.)
- «
Quand il revient avec le printemps
Il a les poches ben bourrées d'argent
Il prend un coup et avec une guidoune
Il vient chercher mon père pour une
balloune »
(Raymond LÉVESQUE. « La famille » (chanson), 1951.)
- «
Il s'ennuyait tant sur son petit bateau qu'il amena un jour une fille,
puis un ami avec une guidoune, lui aussi, des filles fabuleuses,
fantastiques, avec des postérieurs qu'on aurait cru qu'elles caleraient le "
Wagner III " en s'y asseyant, des filles aux perruques roses ou platine vif. »
(Jacques GODBOUT. « Salut
Galarneau ! »,
p.67, Paris, éd. du Seuil,
1967, 155p., NéoClas.)
- «
[...] je siffle de préférence les filles qui marchent les fesses serrées
en mâchant du chewing-gum et en se tapant sur les cuisses, elles font
semblant les guidounes de ne pas me voir [...] »
(Victor-Lévy BEAULIEU. « La Nuitte de Malcom
Hudd »,
p.168, Montréal, éd, du Jour, 1969, 229p., NéoClas.)
- «
Tu peux te mettre à caller une danse carrée, la guidoune, je danserai
pas. »
(Jean-Jules RICHARD. « Centre-ville »,
p.55, Montréal, éd.
L'Actuelle, 1973, 232p., NéoClas.)
- «
[...] de chanteuses western et de chanteuses topless (ou de chanteuses
western et topless...), de guidounes de la Main [...] »
(Robert Guy SCULLY. « Le Paradoxe de Gilles Carle »,
dans Le Devoir, 10 fév. 1974, p.13, col.03,
NéoClas.)
- «
Sur cette rue-là, tu te fais accorder [sic] par une guidoune toutes
les 5 minutes. »
(Enquêtes menées pour le TLFQ. [L'Assomption, Repentigny], 1987, FTLFQ.)
- «
Les mots critiqués ou vulgaires sont traités de façon variée, parfois contradictoire,
sans que l'on saisisse vraiment pourquoi. Par exemple, le Plus [Dictionnaire du français plus] [...] Le mot péjoratif putain fait l'objet d'un article assez long. Les
rédacteurs québécois, probablement plus pudiques que leurs confrères
parisiens, n'ont pas cru bon, eux, de retenir guidoune (ou
guedoune). »
(Claude SIMARD. « Les besoins lexicographiques du milieu de
l'enseignement du Québec », dans Dix études portant
sur l'aménagement
de la langue au Québec [collectif],
Coll. Notes et Documents, No 76, Conseil de la langue française, 1990 [C164].)
- «
Non, mais, Corinne, m'as-tu regardée ? Ai-je une tête à me déguiser
en gros lapin noir avec une touffe de minou rouge dans le derrière ?
Ris
pas, y en a qui le font !
Ça, c'est leur problème ! Mais aussi longtemps
que les femmes vont se déguiser en guidoune, les hommes vont les traiter en
guidoune ! »
(Marcelyne CLAUDAIS. « Comme un orage en février... »,
p.374,
Boucherville, Éditions de Mortagne, 1990, 407p., FTLFQ.)
- «
[...] Juste pour vous donner un exemple, à la fin du premier acte, y
a une guidoune qui rentre en scène, elle aperçoit une vieille fille qui est
là depuis un p'tit bout d'temps, pis elle lui dit carrément : " Ah ben,
câlisse ! Angéline ! Que c'est tu fais icitte, toé ! "
Qu'est-ce que tu
nous racontes là ! Y a un personnage dans une pièce canadienne qui dit "
Câlisse " !!! »
(André MONTMORENCY. « De la ruelle au boulevard »,
p.135,
Montréal, Leméac, 1992, 275p., FTLFQ.)
- «
[...] dès les premiers jours j'avais livré un poulet complet avec deux
frites, deux sauces et deux cokes à une guidoune du Manoir Mercier, au coin
de Parthenais, qui m'avait dit : " R'viens donc me voir dans quequ's'années,
mon beau, on va arranger ça, c'te p'tit teint pâle-là ! " »
(Michel TREMBLAY. « Douze coups de
théâtre »,
p.45, Montréal, Leméac, 1992, 267p., FTLFQ.)
- «
J'étais dans la rue, toute la nuit, je faisais la rue, comme une
guidoune qui ne se décide pas à harponner quelqu'un, une guidoune sous-douée
en début de carrière. J'ai fait tous les bars du boulevard Saint-Laurent,
l'un après l'autre. »
(Monique PROULX. « Homme invisible à la
fenêtre »,
p.115, MontréalParis, BoréalSeuil, 1993, 239p., FTLFQ.)
SYNONYMES : greluche, guedache, pelote, pitoune, guedaille, etc.
SYNTAGME : grosse guidoune, sentir la guidoune.
- Péj. vulg. Nom fém. et adj. Par ext. Qui cherche à plaire à tout le
monde, qui n'hésite pas à s'abaisser pour arriver à ses fins.
Exemples d'emploi :
- «
Y'a-tu plus guidoune qu'un politicien, c'est prêt à tout[e] pour
arriver à ce qu'y veulent avoir : des profiteurs... à plein nez. »
(Inf.
masc. 53 ans, Hérouxville [ Mauricie ], 1979, CELM.)
- «
Des fois la chicane pogne parmi ces intellectuels-là, y se traitent de
guidounes intellectuelles et pis les journalistes deviennent à leur tour des
guidounes de la presse. À la fin, tout le monde est
guidoune. »
(Inf. masc.
55 ans, Shawinigan, 1982, CELM.)
- «
De manière humoristique, et pour attiser un peu la flamme du débat,
j'ai repris, dans mon titre, une expression d'un critique de l'aut'journal,
René Boulanger, et je l'ai reformulée ainsi : " Jacques Godbout est-il
vraiment une belle guidoune ? " Pour tout dire, j'ajoute que mon texte
faisait aussi référence, en introduction, " à la fatigue culturelle de
Jacques Godbout ". »
(Clairandrée CAUCHY. « La social-démocratie était
dans la rue », Archives, Colloque du PQ, No 163, octobre 1997.)
- «
Ça a commencé comme toute bonne campagne promotionnelle par une petite
affiche expédiée via le réalisateur de l'émission aux chroniqueurs du
secteur : " Etes-vous une guidoune culturelle ? " [...] Nul journaliste
culturel digne de ce nom n'ignore en son for intérieur être un peu guidoune
sur les bords, attelé à la roue de la plogue pour le spectacle, le film, le
livre de la semaine [...]. »
(Odile TREMBLAY, dans Le Devoir, 7 et 8
nov. 1998, p. B14, col.1, FTLFQ.)
- «
On savait que son collègue de Chomedey, Thomas Mulcair, pouvait être très
vicieux dans ses questions à l'Assemblée nationale, mais il a dépassé les bornes
de la goujaterie quand il a qualifié l'ancien ministre Yves Duhaime de « vieille
plotte », qu'il désirait voir condamnée à la prison pour trafic d'influence. En fait, il
semble que M. Mulcair ait plutôt dit « vieille guidoune », mais il n'a pas cru bon
d'insister pour rectifier les faits. E »
(Michel DAVID. « Le bulletin de l'opposition », chronique dans Le Devoir,
jeudi 13 juin 2002.)
- «
Moé parano ? Dis donc ! N'est-il pas grand temps que les poètes vedettes du Québec et ailleurs cessent de
faire les guignols-guidounes de service et trouvent le courage une fois pour toutes de parler franc et
ouvertement ? »
(G. Tod SLONE. « Au Québec la poésie fout le camp… comme
ailleurs d'ailleurs », texte paru dans Le Québécois, juillet 2002.)
HISTORIQUE :
Guidoune nom fém. est un emprunt du germanique waizda qui a
donné en français par mutations phonétiques guède, guesde, gesde, (fin XIe s.), aussi écrit waide (v. 1165), qu'on retrouve dans les parlers du
Centre et de l'Ouest de la France avec les acceptions de « chienne en
chaleur » et « femme de murs faciles » (FEW). Il faut aussi considérer
l'influence possible de l'argot parisien guedole « fille de mauvaise vie »
(FEW).
Au Québec, la première attestation de guidoune « prostituée et femme de
murs légères » est tardive (1927). Le suffixe oune [un] de guidoune,
aussi un héritage des prononciations des parlers de France et du parisien
populaire, marque souvent l'appartenance d'un fait de lexique québécois au
vocabulaire érotique, ainsi bisoune, minoune, foufoune, noune « sexe de la
femme » (CELM), pitoune « femme vulgaire » (CELM), ratatoune « putain »
(CELM). D'autres acceptions marginales (à partir de 1960) apparaissent
comme des emplois imagés de guidoune et constituent des innovations
sémantiques, c'est le cas de « putain ches les homosexuels », « seins »,
« bottes de feutre », « grosse machine à transporter le bois », « tronçonneuse » et « pénis » (JunLex, CELM).
En Acadie, le mot est relevé avec sa première acception et avec la
signification spécialisée de « vieille embarcation ».
Catégories :
- Dialectalisme;
- Innovation sémantique;
- Autres : innovations sémantiques.
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-2 et 8; II-5 et 6.
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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.
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