
17 mars 2003
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
SLOCHE, SLOTCHE
SLOCHE
, SLOTCHE
: Nom fém.
Définitions :
- Fam. Mélange de neige fondante et d'eau, le plus souvent
imprégné des saletés qu'on retrouve dans les rues, sur les routes.
Exemples d'emploi :
- «
Quante on a été sus'a glacière, on était pâs 'apab' de s'tenir.
Quante on s'en r'venait, ben on s'en v'nait dans 'a néige mouillée. Sus
l'bord d'la glace, dans 'a sloche, i'n'avait çâ
d'épais. »
(AF, coll. Pierre
Perreault 61, Île-aux-Coudres, 1961, FTLFQ.)
- «
Je vois que vous êtes balayeur de rue ?
Oui, mais c'est pour le
temps de la sloche seulement [...] »
(Albert BRIE. « Chez Miville » [radio], 1966, série 43, bob. 8, p.3, FTLFQ.)
- «
On a sorti ça de la rue, de la sloche des rues, où il perdait son
temps à jouer avec des enfants de son âge [...] »
(Jean BARBEAU. « La
Coupe stainless suivi de
Solange »,
p.37, Leméac, 1974, 115p.,
FTLFQ.)
- «
Plus j'attendais plus la sloche commençait à durcir. Le fret nous
gelait deboutt [ sic ]. La poudrerie devait pas
tarder. »
(Gilles
CHAREST. « Le livre des sacres et blasphèmes québécois »,
p.56,
Montréal, L'Aurore, 1974, 126p. [ Coll. Connaissance des pays
québécois, 2 ], FTLFQ.)
- «
Les enfants s'amusent dehors
Dans la sloche un collier de perles »
(Sylvain LELIÈVRE. « Petit
Matin », chanson du disque « Petit matin »,
Le Nordet, GVN-1006, 1975.)
- «
[...] je partais de l'école pour me rendre à l'épicerie où je portais les
commandes, et la course partait dans la sloche en bicycle [...]. »
(L'Actualité, déc. 1978, vol. 3, no 12, p.43, col. 1, FTLFQ.)
- «
[...] En effet, à la marée montante, les rivières sont envahies par de
l'eau salée. Lorsqu'il y a de la neige fraîche, une boue semi-liquide se
forme sous celle-ci. Pour que la sloche se forme, il faut de l'eau de
pluie, de rivière ou de mer, et de la neige. Une rivière gelée mais sans
neige n'est pas dangereuse. »
(Jean DÉSY. « L'aventure d'un médecin
sur la Côte-Nord » p.44, Saint-Laurent, Éditions du Trécarré, 1986,
175p., FTLFQ.)
- «
Avec ma face de game over
L'cordon du cœur traînait dans slotche. »
(Richard DESJARDINS. « M'as met'un homme là-d'sus » chanson du disque « Richard Desjardins au Club Soda », Boréal, 1991.)
- «
La femme a un regard de détresse, fait quelques pas fermes, se
retourne : l'enfant connaît le truc et ne bronche pas; il a jeté ses
mitaines dans la sloche en bas du trottoir. On sent l'exaspération
gagner les épaules de la femme : elle charge tout à coup, ramasse
mitaines, enfant et paquets [...] »
(Marie LABERGE. « Quelques adieux » p.69, Boréal, 1992, 399p., FTLFQ.)
- «
L'hiver, ils ne sont plus qu'une cinquantaine à labourer la " sloche
", en caleçon long sous le collant, trois pulls, un masque de caoutchouc
plaqué au visage. Le sel des rues dévore leur pédalier, mais les
trottoirs sont moins encombrés... »
(L'Actualité, 15 mai 1993, p. 64,
FTLFQ.)
- «
Le bon vieux gag de la première neige ! C'est donc beau : la nature,
son blanc manteau, ses blanches branches et tout. Le lendemain, tout
est rendu blanc cassé, c'est la sloche totale, ça nous pleut dessus
comme la misère sur rue La Gauchetière au coin Sanguinet. Le drabe
foncé intégral et fondamental. Pas d'allure. Le monde chiâle, maudit
pays, les maudits parapluies, fait noir à quatre heures et demie et des
fois, en sus, l'ultime claque, la flaque en pleine face, cadeau du gros
tata speedé qui met la pédale au fond pour pincer sa jaune orange. De
quoi éructer un pamphlet dret là, mes amis, vite fait, un cinglant, un
incendiaire, fait de fiel, de hurlements, d'indignation, mettez-en, un, du
genre : " Pour en finir avec la sloche québécoise ". »
(Le Devoir, 6 et 7
nov. 1995, p. B12, col. 1, FTLFQ.)
- «
[...] Mais imaginez-vous à Montréal, sur la rue Sainte-Catherine, au mois de février, où il y a une
grand-maman de 82 ans, qui est un petit peu distraite, puis qui a la vue moins bonne qu'elle était, puis qui, en traversant, elle
voit pas venir une voiture qui est dans la sloche un peu, puis elle se fait frapper, paf! Puis là elle tombe à terre, inconsciente. Il y
a un docteur qui arrive [...] Il est pas question de faire une prise de sang à
grand-maman à terre, dans la sloche. On peut pas avoir son pipi non plus, il est déjà à terre. Puis on n'a pas de radiographie.
Ça fait qu'il est complètement démuni. [...] »
Pierre FRÉCHETTE. « Consultation générale sur le document intitulé Le régime public d'assurance automobile du Québec », Commission permanente des transports et de l'environnement , Journal des débats, Assemblée nationale du Québec, 25 septembre 2001.)
DÉRIVÉS : slocheux adj. « qui a la consistance de la sloche ou qui est
couvert de sloche », slotcher « passer à l'état de sloche », slutchy, être~
« boueux, être boueux en parlant de la neige détrempée » (PPQ).
SYNONYMES : gadoue, bouette, gibelotte, frasil « cristaux et petits
corps de glace qui se forment dans les cours d'eau » (DictPrés).
SYNTAGMES : boîte à sloche « Coffre en bois, en carton ou en tout
autre matériau, suffisamment grand pour recevoir quelques paires de
bottes ou de caoutchoucs, dont le fond, un treillis métallique, permet à
l'eau de s'égoutter dans une sorte de tiroir-double-fond que l'on peut
vider et nettoyer au besoin. » (Hélène MANDRON, Déco, « Les Envers
de l'hiver », vol. 1, no 4, nov. 1972, p.51, col. 01, NéoClas); en sloche,
loc. adv., « en une neige fondante qui colle et fait boule sous les
sabots des chevaux » et « comme la glace qui fond, qui n'est pas
solide »; prendre en slush « qui commence à geler en parlant de l'eau »
(PPQ).
- Fam. Mixture composée de glace concassée, de sucre et de
colorant aromatisé.
Exemples d'emploi :
- «
L'été quand y fait ben chaud, je peux arrêter au casse-croûte
m'acheter une bonne sloche. »
(Inf. masc., 23 ans,
Cap-de-la-Madeleine, 1982, CELM.)
- «
Y'a des nouvelles sortes de sloches qui sortent tous les jours. Tu
peux essayer avec essence aux amandes, c'est assez bon ! »
(Inf.
fém., 20 ans, Saint-Roch-de-Mékinac, 1986, CELM.)
- «
Y'a même une nouvelle marque qui est sortie sur le marché. C'est
original en maudit, ça s'appelle SLOCHE. »
(Inf. masc., 21 ans,
Shawinigan, 2000, CELM.)
- «
Je confesse que j'ai été séduite par l'intelligence et l'inventivité de
la campagne publicitaire sur la sloche, ce rafraîchissant mélange de
glace concassée, de sucre, et de colorant que le détaillant Couche-Tard
sert aux ados dans ses dépanneurs. »
(Sophie COUSINEAU, La
Presse, samedi 01 septembre 2001, CELM.)
- «
Prenons, à titre d'exemple, le premier sujet de leur nouvelle émission [des Chick'n Swell] cette
semaine. Un jeune homme boit une " sloche " et se plaint de maux de tête. Il arrive d'urgence à l'hôpital. On lui diagnostique une
" congélation neuronique " causée par une trop grosse gorgée de sloche [...] »
(Paul CAUCHON. « Drôles de zigs », L'Agenda [guide de la télévision et des sorties], Le Devoir, 1er juin 2002, p.19.)
HISTORIQUE :
Sloche « neige boueuse » vient de l'anglais slush
« thawing snow » (1641, OED) et est attesté au Québec depuis 1893
(FTLFQ). Slutch est également relevé en anglais (OED), ce qui
explique aisément la présence de la variante slotche en français
québécois. Pour sa part, l'acception II « friandise faite de glace
concassée », plus récente (1975, FTLFQ), nous vient de l'anglais
américain (Webster). Ces emplois sont encore usuels sur l'ensemble
du territoire, mais sloche avec le sens figuré de « affaire mal conçue,
mal engagée, fatras », relevé par quelques-uns de nos glossairistes
(Gl, Bél), n'est toutefois plus utilisé de nos jours.
Catégories :
- Anglicisme,
- Américanisme.
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-5, 8, 12; II-5 et pour la citation de Gérald Godin (photo).
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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.
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