

3 mars 2003
Mise à jour : 10 mars 2003
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
SOUPER
SOUPER[ supe ] : Verbe intr. et nom masc.
Définitions :HISTORIQUE : Souper v. intr., qui procède de soupe
- Verbe intr. Prendre le repas du soir.
Exemples d'emploi :
- « À ce nom, comme s'il se fût réveillé en sursaut, mon oncle fait un pas en arrière, puis se jette au cou de Morin. Tout ce que peuvent faire deux amis de voyage qui ne se sont pas vus depuis vingt ans se fit. Il va sans dire que Morin soupa et coucha à la
maison. » (James HUSTON.« Légendes canadiennes » p.234, Paris, P. Jannet, 1853, 302p.)
- « [...] que deux heures ils en sortirent et les deux sauvages s'estant approchez du bord du vaisseau avaient jeté leurs haches dans la mer, afin, dirent-ils, qu'il fust impossible à eulx et à leur neveux de les en tuer jamais; qu'ensuite le gouverneur leur tendit la main en signe d'amitié et burent à la santé les uns des aultres et rentèrent dans la chambre où ils
soupèrent. » (Jean BLANCHET.« Collection de manuscrits contenant lettres, mémoires, et autres documents historiques relatifs à laNouvelle-France : recueillis aux Archives de la province de Québec ou copiés à l'étranger; mis en ordre et édités sous les auspices de la Législature de Québec, avec table,etc. », p.139, Québec, sans nom, 1884, 600p.)
- « Le soir approchant nous retirâmes à notre auberge, où nous soupâmes avec un capitaine de vaisseau anglais qu'on avait prié sur la fin du souper on lui parla un peu de sa religion, il dit que si on le pouvait convaincre sur trois articles il se ferait
catholique. » (François-Xavier DUPLESSIS et Joseph-Edmond ROY.« Lettres du P. F.-X. Duplessis de la Compagnie deJésus : accompagnées d'une notice biographique etd'annotations », p.8, Lévis-Québec, Mercier, 1892, 430p.)
- « [...] je continuai à causer avec le général Schuyler, tandis qu'on soupait. Il s'en fallait beaucoup que je fusse en état de raisonner sur tous les objets qu'il avait fait passer sous mes
yeux. » (FAUCHER de SAINT-MAURICE.« Notes pour servir à l'histoire des officiers de la marine et de l'armée française qui ont fait la guerre de l'indépendanceaméricaine », p.76, Québec, L. Demers, 1896, 288p.)
- « Et l'on s'en revint par le portage des vieux bouleaux dont l'écorce est rouge et ressemble à la peau des draveurs que la misère a fouettée. Les hommes soupèrent en silence; et, dès la brunante, chacun, tombant de sommeil, avait regagné sa litière de
sapin. » (Félix-Antoine SAVARD.« Menaud Maître-Draveur », p.40, Éditions Fides, Ottawa, 1937, 149p.)
- « [...] Le dimanche, on sort en
famille : on va souper chez la belle-mère en autobus. Y faut guetter les enfants toute la journée, endurer les farces plates du beau-père, pis manger la nourriture de la belle-mère qui est donc meilleure que la mienne au dire de tout lemonde ! [...] » (Michel TREMBLAY.« Les Belles-Surs » [théâtre], Éditions Leméac, Montréal, 1972.)
- « Nous nous arrêtons à Montmagny pour dresser la tente. Le propriétaire du camping nous conduit au village pour qu'on puisse acheter quelques victuailles. Revenus au campement, j'étale les provisions sur la table...
" Viens t'étendre quelques minutes avant desouper ". Et nous nous sommes réveillés le lendemain matin. Nos voisins de terrain ne pouvaient pas s'empêcher de sourire quand nous sommes sortis de la tente. Nous avons bien ri quand nous avons retrouvé le pain séché sur latable. » (Claudette PRONOVOST dans« Le très beau nom de monamour » [collectif], p.28, éditions de la Catalogne, Saint-Narcisse de Champlain, 1978, 210p., Archives familiales Bonenfant.)
- « A mesure que s'écoulaient les années, il devenait plus irritable, plus bourru. Sa vie s'écoula morne et plate entre son père, sa mère, et sa sur. Le matin, il déjeunait de pain sur et amer et, le soir après sa journée de travail, avant que de s'aller coucher seul dans le vieux sofa jaune, il soupait encore de pain sur et amer, marqué d'une
croix. » (Albert LABERGE.« La Scouine », p.68, Montréal, Les Quinze, éditeur, 1981, 142p. [éditionoriginale : 1918].)
- « Et
Jessica ?
Je l'ai vue pas plus tard qu'hier, nous sommes allées souper toutes les deux avecPaulo !
AvecPaulo ?
Oui, il venait remiser sa planche à voile pour l'hiver; sa nouvelle flamme habite un loft au vingtièmeétage !
Lepauvre ! »
(Marcelyne CLAUDAIS.« J'espère au moins qu'y va fairebeau ! », p.214, 1985, Boucherville, Éditions de Mortagne, 522p., FTLFQ.)
- « Clément, mon cher, prenez les clefs de la Subaru dans mon sac à main sur la chaise, là, près du radiateur, et allez me chercher mon petit Denis à Philipsburg. Je veux souper avec
lui. » (Yves BEAUCHEMIN.« Juliette Pomerleau », p.88, Montréal, Éditions Québec/Amérique, 1989, 691p., FTLFQ.)
- « La maison Passage, mardi soir. Cinq filles de 15 à 22 ans sont en train de souper. Louise et Martine, l'air vaguement skinhead, se parlent à demi-mot et rigolent. Hélène raconte tranquillement à sa voisine comment se débrouiller à la prison Tanguay. Annie, la plus jeune, garde le nez dans son
assiette. » (Châtelaine [magazine], 1992, juin, p.34, FTLFQ.)
- « Stanislas ne posa pas de questions et Jan en fut presque déçu. Il mourrait d'envie de lui expliquer qu'il était important d'aider ceux qui avaient faim, parce qu'il n'y avait rien de pire que la faim. [...] Au lieu de lui dire toutes ces choses, il se contenta de lui demander si sa mère cuisinait bien.
Ohoui ! Mais chez nous, on mange plus polonais que canadien.
Est-ce que tu connais les smokedmeat ?
Non.
[...] Ils arrivèrent à temps pour le petit déjeuner. [...] Jan leur annonça qu'ils iraient tous souper chez Schwartz. Nicolas fit encore la moue. Il détestait les smokedmeat. »
(Arlette COUSTURE.« Ces enfantsd'ailleurs », T. 2,« L'envol destourterelles », pp.83-84, 1994, Montréal, Libre expression, 408p., FTLFQ.)
SYNTAGME : être en train de souper.
REMARQUE : Au Québec, on emploie dîner là où le français de France utilise déjeuner et souper au Québec pour dîner en France.
- Nom masc. Repas du soir; mets composant ce repas.
Exemples d'emploi :
- « Pour rappeler plus souvent à chacun la pensée du ciel, Champlain établit la coutume si pieuse et si touchante, conservée jusqu'à nous, de sonner l'Angélus trois fois par jour. L'intérieur du fort ressemblait plus à une communauté religieuse qu'à une garnison. La lecture se faisait régulièrement à chaque
repas : au dîner, on lisait quelque livre d'histoire; au souper, c'était la Vie dessaints. » (Claude MARTIN.« Histoire de la vénérable Mère Marie del'Incarnation : première supérieure du Monastère des Ursulines deQuébec », p.388, Paris, C. Poussielgue, 1892, [le texte a été écrit en 1645], 500p.)
- « [...] Je fus deux jours à faire ce chemin, mais le soir du premier, je courus grand risque de n'aller plus loin; je fus pris pour un Ours, et il ne s'en fallut rien, que je fusse tué en cette qualité par une de mes
conducteurs : voici comment. Après le Souper et la Prière, comme il faisait for chaud, j'allai me promener en suivant toujours le bord de la Rivière[...] » (Pierre-François-Xavier de CHARLEVOIX.« Histoire et description générale de la Nouvelle-France avec le journal historique d'un voyage fait par ordre du roi dans l'Amériqueseptentrionnale », p.22, Paris, Chez la veuve Ganeau..., 1744 [le texte a toutefois été rédigé en août 1721], 442p.)
- « Nos tâches remplies, comme la matinée était peu avancée, ceux de nous qui avaient été chargés de dresser la tente partirent pour la chasse, et l'un d'eux nous rapporta le soir un porc-épic. Les pêcheurs, de leur côté, prirent plusieurs belles truites, qui nous procurèrent un excellent souper, et le lendemain un très bon
déjeûner. » (Samuel HEARNE et A.-J.-N. LALLEMAND.« Voyage de Samuel Hearne, du fort du Prince de Galles, dans la baie de Hudson, à l'océanNord : entrepris par ordre de La Compagnie de la Baie de Hudson, dans les années 1769, 1770, 1771 et1772 : et executé par terre, pour la découverte d'un passage auNord-Ouest », p.25, Paris, Impr. de Patris, 1799, 451p.)
- « Vous allez m'aider à monter sur ce cheval, je suppose.
Oui, mais il faut avant que vous mangiez quelque chose.
Non; j'ai l'estomac un peu détérioré, mais une goutte de whiskey me ravigotera.
Je n'y consentirai point. Il reste des morceaux de viande de notre dernier souper, près d'ici. Vous feriez mieux d'y goûter. Ça vous réconfortera. Malgré son affirmation Vander dévora un quartier de venaison à moitié cru que lui apportaKenneth. »
(John Hovey ROBINSON et Henri Émile CHEVALIER.« Les trappeurs de la baied'Hudson », p.90, Montréal, sans nom, 1858, 171p.)
- « Cependant on ne s'ennuie pas au chantier. Après les rudes travaux de la journée, lorsque les mets succulents du souper ont réconforté les estomacs, les hommes du chantier s'amusent joyeusement autour du foyer, où flamboient en pétillant, le hêtre à la flamme bleuâtre, le pin résineux, le sapin et le cèdre
odorants. » (Joseph BONIN.« Biographies de l'honorable Barthélémi Joliette et de M. le grand vicaire A.Manseau », p.69, Montréal, Eusèbe Senécal Imprimeur-Éditeur, 1874, 218p., FTLFQ.)
- « Là Élisa, Eugénie, Many Bell la fille de la maison, et Alfred ont chanté tout à tour en s'accompagnant sur le piano et le violon. En somme, la journée s'est passée très agréablement. Partis d'Ottawa à neuf heures et demie, nous étions de retour à six heures chez Alfred où nous prîmes le souper, et à l'hôpital à huit
heures. » (Philomène LEGAULT.« De St-Lin à San-Francisco ou Journal de voyage,1894 », p.11, Joliette, 1897, 276p.)
- « Ce soir, le réfectoire des élèves est transformé en salle de banquet. L'Association des planteurs de tabac, après une journée d'exhibition à la salle du Conseil, établit ici ses quartiers pour le souper et pour la soirée. Le prix du couvert est de $1.00. Nos grandes élèves se distinguent dans le service des tables. Les plats sont appétissants et vite dégarnis par ceux qui savourent et la pipe et le tabac... et les bons
mets. » (Extrait des chroniques de la communauté des Surs des Saints Noms de Jésus et Marie, 26 janvier 1926, dans« Chacune sonchemin : Les filles de Victoria TrépanierBonenfant : Odina, Yvonne, Ernestine, Bernadette, Angéline etHermance » [collectif], p.30, Les Éditions de la Catalogne, Saint-Narcisse de Champlain, 1991, 225p. Archives familiales Bonenfant.)
- «
Enfin ! fit l'arrivant, essoufflé. La mère vous attend pour [prendre le] souper. Faut se dépêcher. Guillaume lechampionnat ! À huitheures. » (Roger LEMELIN.« Les Plouffe », p.11, Montréal, éd. La Presse, 1948, 395p., NéoClas.)
- « Après le souper, c'était la pipe, puis on tournait la meule. On faisait des leviers, des manches de hache; quelquefois on entrait un troisième instrument, un tonneau brisé, on entendait le grugement de la tarière de la scie et tout cela se faisait dans la cambuse [cuisine d'autrefois à toit
ouvert]. » (Joseph E. GUINARD.« Mémoires du Rév. P. Joseph Guinard OMI, missionnaire de 1892 à1943 », p.86, avril-mai 1951, [Il s'agit d'un manuscrit commencé à Richelieu le 17 février 1944 et terminé à la Réserve indienne de Maniwaki le 22 juin 1946. Cet exemplaire des Mémoires est une copie faite par Madame Bella Beaulac-Douville en avril-mai 1951 et est déposé aux Archives du Séminaire des Trois-Rivières.], 286 p., FTLFQ.)
- « [...] les grosses légumes sont encore au bureau [...] pendant que les ouétrices de la malheureuse épouse épuisée par son après-midi de magasinage préparent le souper trop riche en
calories. » (Victor-Lévy BEAULIEU.« La nuitte de MalcomHudd », p.175, Montréal, éd. du Jour, 1969, 229p., NéoClas.)
- « [...] le souper dont l'abbé Armour Lupien s'était privé, l'attendait sur la table. Il mangea de bon appétit et nous montâmes nous coucher à la même heure que
d'habitude. » (Jacques FERRON.« Le Saint-Élias », p.105, Ottawa, éd. du Jour, 1972, 186p., NéoClas.)
- « Je fus donc très heureuse, libre comme un papillon, en dehors du fait qu'il fallait que je sache me soumettre à la discipline qui régnait au foyer. Ainsi, on ne tolérait pas le retard ou l'absence aux repas, à moins de raison majeure. Le souper était une tradition
sacrée. »
(Marthe GAGNON-THIBAUDEAU.« Sous la griffe duSIDA », p.28, Chicoutimi, Éditions JCL, 1987, 363p., FTLFQ.)
- « Et les pâtes du souper sont rarement al dante. Mais quel soulagement de franchir un dur rapide sans coup férir. Quel bonheur de camper sur une plage déserte au pied d'une montagne faisant écho au cri du huard, en se disant que personne ne peut vous
joindre. » (Journal Le Devoir, 15 juillet 1994, p.A1, col.3, FTLFQ.)
SYNTAGMES : recevoir à souper, donner à souper, préparer le souper.
REMARQUE : Souper se dit aujourd'hui en France, depuis la Restauration (1830), du repas ou de la collation qu'on prend à une heure avancée de la nuit, dîner nom masc. ayant remplacé en général souper.
« tranche depain » couchée« dans lasoupière », est issu du bas latin suppa (v.500). Souper a déjà signifié« prendre le repas dusoir » (1226), remplacé en français central par dîner. Souper n. masc., substantivation du verbe (1155), a suivi la même évolution; c'était au moyen-âge et jusqu'à l'époque classique le repas du soir (DHLF, FEW).
Au Québec le verbe et le nom sont usuels depuis le début de la colonisation.
Catégories :
- Archaïsme
- Id.
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemplesI-6, 7 et 8;II-7.
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vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.