a
zigonner



11 mars 2003

Capsule de chez nous
par Serge Fournier



Le mot de la semaine
ZIGONNER





ZIGONNER zigonner : Verbe tr. et intr.

Définitions :
  1. Verbe. tr. Rare. Provoquer qqn par des taquineries, des méchancetés répétées; harceler.

    Exemples d'emploi :

    1. « – Puis laissez-moi tranquille parce que ça sera pas long que je vas tout envoyer en l'air.
      – Bon. Tu vois c'que ça fait Médée ? T'est toujours là à la... la zigonner, là elle va finir par bouder. »
      (Jovette BERNIER. « Je vous ai tant aimé » [radio], série 9, bob. 1, émission 70, 31 mars 1952, FTLFQ.)

    2. « Viens donc pas me zigonner icitte toé. » (Inf. masc., 48 ans, Shawinigan, 1976, CELM.)

    3. « Arrête de les [des amis] zigonner, maudit tannant, c't'assez là. » (Inf. masc., 1980, Shawinigan, CELM.)

  2. Verbe. tr. Fam. Jouer, généralt en parlant du violon, de façon improvisée, sans prétention artistique.

    Exemples d'emploi :

    1. « Y'était tout tremp' comme un' lavette
      quand y'a eu fini d'zigonner
      Mais y'avait beau tendr' sa casquette,
      le mond' passait sans y donner. »
      (Émile CODERRE alias Jean NARRACHE. « Le vieux violoneux » [poème] dans « Quand j'parl' tout seul », p.37, Éditions Albert Lévesque, Montréal, 1933 [édition originale, 1932], 130p.)

    2. « Il s'imagine, parce qu'il ziguonne le violon, qu'on vient pour lui. Il ne se rend pas compte que c'est sa femme, le lutin de la maison. » (Jacques FERRON. « Contes anglais et autres », p.190, Montréal, éd. HMH, 1973, 210p., [dans « Contes » pp. 99 à 210, 1964 ], NéoClas.)

    3. « [...] c'est la seule chanson que je me rappelle, je l'ai zigonnée tant de fois quand j'étais seul [...] » (Victor-Lévy BEAULIEU. « La Nuitte de Malcom Hudd », p.164, Montréal, éd. du Jour, 1969, 229p., NéoClas.)

    4. « Il tient son violon sous le bras et de sa main libre referme la porte [...]
      – j'avions pensé [...] qu'un petit brin de musique vous causerait de l'agrément. Et puis ça fait longtemps que je n'ai pas zigonné [...] » (Jacques FERRON. « Les Confitures de coing et autres textes », p.68, Montréal, éd. Parti Pris, 1972, 326p., NéoClas.)

    5. « Arrête de zigonner cette guitare-là, on s'entend pu. »
      (Inf. fém. 43 ans, Shawinigan-Sud , CELM.)

      SYNTAGMES : zigonner la guitare, ~ le violon, ~ une chanson.

  3. Verbe. intr. Fam. Chercher à ouvrir une porte, à tourner une clef dans une serrure.

    Exemples d'emploi :

    1. « Quand ça a fait à peu près une demi-heure que ça sautait ces petits bonshommes-là, là, v'là qu'i entend zigonner après la porte, la troisième. » (Coll. M.-P. CAYOUETTE 33, St-Alban [Portneuf], 1966, CÉLAT.)

    2. « Lorsqu'il fait froid, il faut zigonner avec la clef de contact pour faire démarrer la voiture, c'est-à-dire " jouer " avec la clef. » (Inf. fém., 26 ans, Québec, 1980, FTLFQ.)

    3. « Arrête-donc de zigonner apra' porte, tu vois ben qu'a' l'ouv' pas ! » (Inf. mas, 54 ans, Saint-Boniface [Shawinigan], 1981, CELM.)

  4. Verbe. intr. Vulg. Avoir des relations sexuelles.

    Exemples d'emploi :

    1. « Avec le client tu glousses un peu, plus ou moins, ça dépend du temps qu'il met à venir : s'il tarde tu glousses plus fort et si tu t'aperçois que tes gloussements ne suffisent pas tu lui fais la déclaration sicilienne.
      – La déclaration sicilienne ?
      – Oui, tu lui dis : " Vite ! Vite ! Monsieur je sens que vous allez me faire un bébé. " Très efficace, mais il ne faut pas le galvauder; il ne faut pas non plus trop zigonner, ça entame la jubilation. » (Jacques FERRON. « Le Salut de l'Irlande », p.160, Montréal, éd. du Jour, 1970, 222p., FTLFQ.)

    2. « [...] quand t'es dans un litte avec la Génie, pis qu'ça zigonne à plein, [...] c'trop beau [...]. » (Victor-Lévy BEAULIEU. « En attendant Trudot », p.19, Montréal, éd. de l'Aurore, 1974, 73p., NéoClas.)

    3. « Y avait un vieux pis une vieille [...] pis l'vieux était rendu qui... y était pu capab' de faire grand chose. I' v'nait à bout de zigonner un peu, mais, t'sais ben, ça marchait pas. » (Coll. J. MICHAUD 81, Rouyn, 1981, CÉLAT.)

    4. « Le plus étonnant n'est pas que l'homme soit un lapin qui trotte inlassablement sur le même sentier en s'arrêtant de temps en temps (mais surtout le samedi soir) pour zigonner sa fiancée. » (Journal La Presse, Montréal, 31 déc., 1988, p. A-5, col. 4, FTLFQ.)

  5. V. intr. Perdre son temps.

    a) Péj. Occuper son temps à des activités, des travaux de peu d'importance; agir avec lenteur.

    Exemples d'emploi :

    1. « Moi, quand j'emploie zigonner, ça n'a pas tout à fait le même sens que musarder. Je vais plutôt dire d'une personne qu'elle zigonne, lorsque cette personne prend beaucoup de temps pour accomplir un travail banal. » (Inf. masc., 26 ans, Beaumont [Bellechasse], 1980, FTLFQ.)

    2. « Je devrais faire mon curriculum vitae au lieu de zigonner de même. » (Inf. masc., 28 ans, St-Magloire [Bellechasse], 1980, FTLFQ.)

    3. « Arrête de zigonner pi scie ce petit boutte de planche-là. » (Inf. masc., 62 ans, Saint-Boniface-de-Shawinigan, 1980, CELM.)

    4. « Arrête donc de zigonner après mon char. » (Inf. masc., 20 ans, Lac Chat [Mauricie], 1980, CELM.)

    5. « Le français que j'aime slalome dans les parkings et zigonne dans les stationnements, cause des razzias dans les bazars et des typhons dans les deltas. Yé pas clean, yé crotté comme un flo qui joue dans' ruelle. Il a du matou et de la chatte en goguette. » (Rémi ANDRIOT. « Obsolète ? », dans « Conjonctures - Revue québécoise d'analyse et de débat », no.25 [L'honneur perdu du travail], Institut Trempet, Université du Québec à Montréal, printemps 1997.)

    6. « Moi aussi je m'en fous. On a qu'à voir comment je conduis ; on voit bien à quel point je m'en fiche. Quand je me stationne, je ne zigonne pas ; je m'arrête. Vois mon char bien arrêté dans le parking du traversier. » (Sophie D. LÉTOURNEAU [Cégep du Vieux Montréal]. « L'Archet », dans 24e CONCOURS CRITÈRE, 1999-2000, autour du thème Désert [Concours littéraire organisé par le collège François-Xavier-Garneau], p.46, Québec, 60p., 2001, [format PDF].)

    7. « Avec la technique " zigonne " j'ai enregistré 7 cassettes en 7 jours et je suis allé les vendre en faisant du porte-à-porte... » (Normand L'AMOUR dans « Normand L'Amour - Le chanteur qui ne chante pas », article paru dans Échos Vedettes, 9 au 15 janvier 1999, p.27.)

    8. « Je suis très fier de mon gazon
      Je zigonne autour d'la maison
      À Ottawa, où je suis fonctionnaire »
      (Dominique LEBEAU. « Robert "Bob" Bourgouin » [chanson inédite], groupe Les Cowboys Fringants, 2001.)

    b) S'employer à essayer de réparer quelque chose avec plus ou moins d'adresse.

    Exemples d'emploi :

    1. « Mon oncle Édouard ? Il est dans la boutique en train de zigonner après une patte de chaise qu'il trouvait croche..., puis y'a pas l'air d'en venir à bout. » (Inf. fém., 78 ans, Baie Saint-Paul, 1980, FTLFQ.)

    2. « Maudit, que je suis écœuré de zigonner après ç'ta maudite affaire-là. » (Inf. masc., 20 ans, Saint-Étienne-des-Grès [Mauricie], 1980, CELM.)

    3. « Arrête de zigonner après ça, c'est l'heure de dîner. » (Inf. fém., 38 ans, St-Adolphe [Mauricie], 1980, CELM.)

    4. « Ton oncle aimait zigonner tout ce qui touchait l'électricité. » (Inf. masc., 45 ans, Shawinigan, 1980, CELM.)

    5. « Arrête donc de zigonner après la tondeuse à gazon, tu vas la briser encore plus. » (Inf. fém., 48 ans, Grand-Mère, 1980, CELM.)

    6. « Je zigonne après le cadran pour qu'il cesse de sonner le matin. » (Inf. fém., 80 ans, Shawinigan, 1980, CELM.)

    c) Péj. Faire semblant de travailler, perdre son temps à des riens; lambiner.

    Exemples d'emploi :

    1. « Rousseau passe jamais l'puck y fa l'tour du Forum avec
      Pis y vas s'écraser sa bande
      Anover pique-nique dans troisième
      Ça zigonne ça fuck le chien maudite pâte molle » (Réjean DUCHARME. « Mon pays [C'est pas un pays, c't'une job] » chanson interprétée par Robert CHARLEBOIS, Gamma, AA-1081, 1970.)

    2. « Arrête de zigonner après les boutons de la télévision. » (Inf. fém., Shawinigan, 1973, CELM.)

    3. « Veux-tu ben arrêter de zigonner après la radio et fais quelque chose qui nous rende service, pour l'amour ! » (Inf. fém., 28 ans, Sainte-Angèle-de-Laval, 1974, CELM.)

    4. « Arrête-donc de zigonner [faire des bruits répétés et agaçants], tu m'énerves. » (Inf. fém., 73 ans, Deschaillons [Lotbinière], 1975, FTLFQ.)

    5. « Y fait jamais l'ouvrage qu'on lui demande; y fait rien que zigonner. » (Inf. masc., 24 ans, Beauceville, 1980, FTLFQ.)

    6. « Tu comprends ben que j'avais vu son petit jeu. C'est là que je lui ai dit d'arrêter de zigonner et de travailler un peu. Je ne le paie pas à faire semblant de travailler. » (Inf. masc., 42 ans, St-Raymond [Porteuf], 1980, FTLFQ.)

    7. « On n'avait pas le temps de zigonner toute la journée. » (Inf. masc., 71 ans, Shawinigan, 1980, CELM.)

    d) Péj. Perdre son temps, retarder le moment d'une prise de décision, hésiter volontairement ou non.

    Exemples d'emploi :

    1. « Branle pas. Cesse de te battre la yeule avec des niaiseries, maudit[e] poche de gros épais ! Arrête de zigonner dans le manche. » (Jean-Marie POUPART. « C'est pas donné à tout le monde d'avoir une belle mort : récit de soulagement – histoire un peu démodée », p.116, Montréal, Éditions du Jour, 1974, 146p., FTLFQ.)

    2. « Mais je peux vous dire qu'il existe, le "fast track", effectivement. Puis je peux vous dire que, moi-même, je m'en suis servi pour faire pousser M. Pronovost sur des dossiers qui prenaient du temps, plus de temps que prévu. [...] Il y en a un, j'aimerais bien ça l'annoncer, moi, c'est plusieurs millions. Moi, c'est attaché, le bois est donné, tout le financement de la partie de REXFOR ou de la partie de la SDI, c'est réglé, mais on attend le promoteur, qui dit : Bien, je n'ai pas tout à fait fini, puis qui zigonne pour aller chercher plus des subventions que des garanties de prêts, par exemple. On a de la difficulté avec certains projets à cause de ça. » Guy CHEVRETTE. « Étude des crédits du ministre responsable du Développement des régions », Commission permanente de l'aménagement du territoire, Journal des débats, Assemblée nationale du Québec, 29 avril 1997.)

    3. « Il n'a jamais vraiment dit de quoi il s'agissait, y'a passé le plus clair de son temps à zigonner. » (Inf. masc., 31 ans, Trois-Rivières, 2000, CELM.)

    4. « Ouais, avec elle tu ne sauras pas la vérité, elle va zigonner au bout ! Je la connais. » (Inf. masc. 23 ans, Bécancour, 2002, CELM.)

      DÉRIVÉS : zigon(n)eux, euse, nom et adj., zigonnage.

      SYNTAGME : zigonner dans le manche.

HISTORIQUE : Zigonner n'est pas relevé en français central, mais le verbe tr. et intr., qui connaît un nombre important de variantes formelles, est attesté dans la plupart des parlers de France. Le mot d'origine incertaine est probablement formé sur le radical onomatopéique zik– qui évoque un mouvement rapide (FEW).

Au Québec, zigonner (1880), présente de nombreuses acceptions toutes à rattacher aux dialectes français. Le sens V, zigonner « perdre son temps » est d'emblée le plus fréquent sur l'ensemble du territoire québécois.

Ce verbe familier présente aussi des sens aujourd'hui vieillis, ainsi « faire qqch. à coups répétés », « ranimer un feu en remuant la braise », « rudoyer (un cheval) en tirant à coup répétés sur le mors ».

Catégorie :
  • Dialectalisme pour tous les sens présentés.



Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples II-1; V-a5, a6, a7, a8, c1 et d2.



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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.

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