
14 avril 2003
Mise à jour : 12 janvier 2004
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
CHAMPLURE
CHAMPLURE
,
CHAMPLEURE
(vieilli),
CHANTEPLEURE
(vieilli) : Nom fém.
Définitions :
- Fam. Dispositif placé sur un tuyau de canalisation et
qui permet d'établir ou de suspendre l'écoulement d'un fluide (spécialement de l'eau courante), robinet.
Exemples d'emploi :
- «
12 novembre 1642. Inventaire des biens meubles appartenant à deffunct Jean Nicolet,
vivant commis général de messieurs de la Compagnie au fort des Trois-Rivières trouvés dans son logis
déclarés par François Marguery [...] - Une champlure rompue. [...] »
(François MARGUERY, Trois-Rivières, 12 novembre 1642, dans « Histoire du notariat au Canada depuis la fondation de la colonie jusqu'à nos jours »,
par Joseph-Edmond ROY, vol.1, Lévis, Imprimé à La Revue du notariat, 1899, 389 p. [+ Introduction numérotée de I à XXV & table des matières de I à V.], Bibliothèque nationale du Québec.)
- «
[...] avoir fait une champlure à une fontaine
d'Etain. »
(Archives du séminaire de Québec [ASQ], 5
mai 1778, Séminaire 120, no 25, Québec, FTLFQ.)
- «
Poser dans la maison tous les tuyaux de plomb nécessaires
pour la réception de l'eau de l'aqueduc avec champlures. Une
champlure dans la cuisine [...] Une dans la salle à
manger. »
(Archives nationales de Québec [ANQ],
21 févr. 1853, gr. J. Petitclerc 7032, Québec, p. 23, FTLFQ.)
- «
Le plombeur devra préparer et mettre en place un water closet à
patente avec citerne et tuyau de perte et tuyau de service, etc. le
tout de la manière la plus approuvée, aussi un bain de corps et un
bain d'orage avec tous les champlures et leviers [...]. »
(ANQ, 12
mars 1853, gr. 7244 Jos Petitclerc, Québec, p. 7, FTLFQ.)
- «
[...] les religieuses se rendirent à la chapelle, pour l'amende
honorable. S.S. Luce, qui était cuisinière, s'y rendit comme les
autres, avec ses aides; au retour, par un malencontreux accident,
toute la cuisine était inondée comme un lac. La chantepleure
d'une bouilloire avait été laissée ouverte. S.S. Luce en voyant ce
dégât, dit : " Allez aux dévotions maintenant ! " La jeune religieuse
qui l'observait toujours pensa en elle-même. " Les âmes qui sont
dans les voies extraordinaires sont bien comme nous autres.
J'aurais dit ça moi
aussi. " »
(Mère de la Nativité. « Les Ursulines des
Trois-Rivières : depuis leur établissement jusqu'à nos
jours »,
p.149, sans nom, Québec 1911, 526 pages, Institut canadien de microreproductions
historiques [ICMH].)
- «
Je pense qu'il n'y a rien de plus beau qu'une salle de bains
jaune vif [...] un lavabo impérial avec trois chantepleures
chromées, la baignoire à ras du sol comme une piscine de motel, [...] »
(Jacques GODBOUT.
« Salut Galarneau ! », p.73, Paris, éd. du
Seuil, 1967, 155p., NéoClas.)
- «
Lui : Bonne idée, que c'est que tu bardasses dans le coin ? A
s'affaire sus le côté des champlures : tu vois ben, j'rince un peu de
vaisselle, commence sans moi, j'ai pas ben ben faim... »
(Jean-Marie
POUPART. « Chère Touffe, c'est plein plein de fautes dans ta
lettre d'amour » p. 218, Montréal, Éditions du Jour, 1973, 262 p.,
FTLFQ.)
- «
Astheure qu'on a eu l'eau courante, on a poussé le bain au ras a
champlure. »
(André RICARD. « La gloire des filles à
Magloire », Montréal, Leméac, 1975, XIV-156p., Coll. Théâtre, [46]. Cette pièce
a d'abord été présentée à l'émission radiophonique « Premières » le
11 oct. 1974 sous le titre « Le Solarium », p. 60, FTLFQ.)
- «
[...] Mon enfance, c'est de tuer des poules et de
regarder tuer les cochons. C'est la viande qu'on va chercher, l'hiver, dans le carré d'avoine. C'est la " champlure " qu'on déterre
à tous les printemps et la " balancigne " qu'on remise à l'automne. C'est d'aller voir aux moutons, d'aller compter les taures.
C'est aussi Ti-Fas et sa pipe éternelle, Ti-blanc et son Coke dominical éternel, Majorique et sa jambe de bois éternelle. »
(Réjean BONENFANT dans « Notre terre
amande » [collectif], p.307,
éditions de la Catalogne, Saint-Narcisse de Champlain, 1978, 371p.,
Archives familiales Bonenfant.)
- «
J'peux jamais mettre les pieds dehors pendant deux heures qu'y
faut toujours qu'un plafond tombe su'a tête de quelqu'un ou ben donc
qu'un épais oublie de fermer sa champlure ! »
(Michel TREMBLAY. « La grosse femme d'à côté est
enceinte », p.117, Montréal, Leméac,
1978, 329p. [Coll. Roman québécois, 28 : série « Chroniques du
plateau Mont-Royal », 1.] )
- «
Si les gens se fient à ce que Radio-Canada raconte de
l'Abitibi-Témiscamingue, ils doivent avoir de drôles d'idées ! On
rencontre des orignaux à tous les coins de rue... On ouvre la
champleure et il tombe des poissons dans le lavabo ! À les croire,
les Blancs d'ici vivent comme des Sauvages [...]. »
(Magazine « L'Actualité »,
févr. 1978, p. 47.)
- «
Dévidant les bouteilles, remplissant les flacons
Quand on aura bu de ce bon superflu
À la tonne nous irons
La champlure nous vid'rons »
(« C'est dans Paris »,
chanson de La Bottine souriante, disque « Je voudrais changer d'chapeau », 1988.)
- «
Et c'est à force de faire de l'activité physique qu'on devient plus en forme. C'est un peu sur le principe de l'entonnoir, ou d'un
abreuvoir, ou d'une champlure qu'on ouvre. Si elle est tout le temps fermée ou elle coule très lentement, la champlure, bien, il y
a des dépôts qui s'installent de chaque bord des parois et la champlure finit par avoir des problèmes parce que l'eau ne sort pas
de la même manière, il y a plein de dépôts. Mais, lorsqu'on l'ouvre une fois de temps en temps à grand débit, là toutes les
particules qui se collent sur les parois se nettoient. Le fait d'être en activité, on nettoie les parois, on améliore notre condition
physique. [...] »
Rémy DÉSILETS. « Étude des crédits du ministère de la Santé et des Services sociaux », Commission permanente des affaires sociales, Journal des débats, Assemblée nationale du Québec, 11 avril 2002.)
SYNONYMES : aqueduc (vieilli), tap, nom fém., (de l'anglais tap)
(rare) et le fr. robinet.
SYNTAGMES : champlure d'étain, ~de cuivre, passer sous la
champlure « laver ».
- Fam. Abus des boissons alcoolisées; intempérance.
Exemples d'emploi :
- «
Nous récoltons ici ce que nous avons semé. Notre prédication morale, nos
campagnes de moralité ont surtout insisté sur la luxure, l'intempérance et le
blasphème. Certains de nos prédicateurs populaires qui partageaient en cela, avec
l'ensemble de notre clergé, une conception assez restreinte du champ de la morale,
mais qui avaient un génie réel d'adaptation ont appris depuis longtemps à nos gens
qu'il n'y a, en pratique, que ces trois sortes de péché : la "champlure", la "sacrure"
et la "créature", comme le disait un apôtre de renom. Un autre, qui s'adressait
surtout aux gens de chantiers employait un langage que ses auditeurs comprenaient
bien : "les péchés secs", les "péchés mouillés" et les "péchés poilus". Dans ces
catégories évidemment, il n'y a pas place pour l'injustice, le mensonge, la
concussion et l'incivisme.
[...] »
(Gérard DION et Louis O'NEILL (prêtres). « L'immoralité
politique dans la Province de
Québec », revue « Ad usum
sacerdotum » (article repris dans divers journaux),
1956.)
- «
Vicaire - [...] Satanée boisson ! On peut sombrer dans l'ivrognerie, une gourmandise qui rend l'homme semblable à la bête. C'est péché capital, d'ouvrir la champlure. (Levant un doigt à chacun des trois mots :) La champlure; la sacrure; la sexure : voilà trois vices impurs. Monseigneur (Louis-François Laflèche) l'a dit à ses prêtres, à la retraite de 1873 : " L'ivrognerie est la plaie du clergé ! " Un trémolo dans la voix, il suppliait d'endiguer ce mal, de ne boire qu'aux repas, et seulement de la grosse bière. »
(Guy RIVARD. « Visite théâtralisée complète du Vieux Presbytère de
Batiscan », p.13, Batiscan, Fondation des amis
du Vieux Presbytère de Batiscan, 1996, 17p.)
- «
[...] Trois sortes
de péchés en chaire le blasphème, l'intempérance et la luxure ; trois
catégories de péchés que les prédicateurs traduisaient plus
familièrement par la sacrure, la champlure et la créature. [...] »
(Jean-Claude GERMAIN. « Il ne reste plus qu'un million
d'analphabètes », L'aut' journal sur le Web, No 187, mars 2000.)
HISTORIQUE :
Champl(e)ure et champleure sont issus de
chantepleure à rattacher au français chanter (latin cantare).
Champl(e)ure est attesté dans la plupart des parlers de France,
notamment dans les dialectes du Nord-Ouest et du Centre, avec
l'acception de « robinet d'un tonneau en perce » (FEW, Cantare
223b).
Au Québec champlure est attesté dès le Régime français, puisque
signalé une première fois dès 1642 (inventaire des biens de Jean
Nicolet rédigé par François Marguery au fort de Trois-Rivières).
Le
mot est bien implanté et reste encore très vivant même si le
concurrent français robinet gagne du terrain.
Champlure a aussi
connu des acceptions plus marginales « robinet du tonneau lors de
la cueillette de la sève d'érable » (PPQ) et, comme figure,
« intempérance » qu'on rencontre encore dans la formule rimée « la
champlure, la sacrure et la créature (ou sexure, luxure) » ( v. exemples d'emploi du sens II ).
Catégorie :
- Dialectalisme.
- Innovation sémantique « intempérance » à partir d'un emprunt
dialectal.
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-1, 9, 12, 13 et II-1, 2, 3.
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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.
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