
7 avril 2003
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
MENTERIE
MENTERIE
: Nom fém.
Définitions :
- Fam. L'acte de mentir; mensonge.
Exemples d'emploi :
- «
La menterie est aussi naturelle aux Sauvages que la parole, non
pas entr'eux, mais envers les estrangers : en suilte dequoy l'on peut
dire, que la crainte & l'espoir, en un mot, que l'interest est la mesure de
leur fidelité, ie ne me voudrois co[n]fier en eux qu'auta[n] qu'ils
craindroient d'estre punis s'ils manquerent à leur devoir, ou qu'ils
espereroient d'estre recompensés s'ils estoient
fideles. »
(James HUSTON. « The Jesuit
Relations and Allied Documents. Travels and Explorations of the
Jesuit Missionaries in New France », ed. by Reuben Gold Thwaites,
Cleveland, Burrows Brothers Company, 1898, [ doc. de 1634, vol.6, p.246 ]. Ce tome contient des textes datant de 1633 à 1634 et fait partie
d'une série de soixante-treize volumes, FTLFQ.)
- «
COLAS. Oh l'[ Colinette ] ingrate ! l'engeoleuse ! me quitter pour
s'enfuir avec c'maudit vieillard ! après ça, fiez-vous à la parole des
filles ! Allons faut prendre une résolution et n'y plus songer. Je serais
bien fou après tout de r'gretter une perfide qui me trahit après m'avoir
emmiaulé, et fait accroire, qu'elle m'aimions. [...] Cependant elle avions
queuque chose à m'dire que peut être... Mais bah ! queuq' menterie
qu'jons bien fait de n'pas écouter... »
(Joseph QUESNEL. « Colas et
Colinette ou Le bailli dupé : comédie en trois actes, et en prose,
mêlée d'ariettes »,
p.60, Québec, chez John Neilson, imprimeur-libraire,
1808, 86p., ICMH [Institut canadien de
microreproductions historiques].)
- «
Jusqu'à quel point est-ce mentir que de dire qu'une chose est
faite, qui ne l'est pas mais qui va l'être de suite : J'ai promis de voir ou
d'écrire à quelqu'un à votre sujet. Vous venez : je l'ai vu, lui ai écrit
dites vous [ sic ]. Vous le faites si tôt après l'avoir dit. La lettre se
rendra en temps opportun. Ça se fait tous les jours, ça a l'effet voulu.
Le mensonge n'est guère qu'une menterie. Si on n'en disait pas
d'autres. »
(Charles BAILLAIRGÉ. « Divers ou Les enseignements de
la vie »,
pp.95-96, Québec, C. Darveau, 1898, 694p., ICMH.)
- «
C'est pas pour un verre de whiskey du gouvernement que je
voudrais vous conter une menterie. Il me faudrait quelque chose de
plus sérieux que ça pour que je me mette en conscience en temps
d'élection. Les gros bonnets se vendent trop cher à Ottawa comme à
Québec, pour que les gens du comté de Sorel passent pour gâter les
prix. »
(Honoré BEAUGRAND. « La Chasse galerie : légendes
canadiennes »,
" Le Loup-Garou ", pp.41-42, Montréal, sans nom, 1900,
136p., ICMH.)
- «
Notre logement [...] est pas ce qu'on peut appeler ben net, parce
que les particuliers qui étaient avant nous étaient un petit brin salauds.
[...] ma vieille, ça l'a pas mal bâdrée d'être dans une maison aussi
malpropre, elle qui a toujours le torchon à la main et qui use les
meubles à force de les frotter. Si je vous écrivais à cette heure que je
n'ai pas attrapé de bardeaux, à cause de ce bredis bredas, je conterais
une saprable de menterie. Belzémyre, quand elle n'est pas sur le train,
elle fesse sur son voisin, et comme chez nous, c'est moé qui suis le
voisin, cré tac, c'est certain que j'en ai pour mon argent. »
(« Nézyme »,
journal La Patrie, 10 mai 1919, p.17, col. 1, FTLFQ.)
- «
Ben sûr que c'est pas des menteries, renchérit Eucharistie. J'ai
vu ça quand j'étais à Sainte-Adèle, dans les hauts. Pas chez nous,
parce qu'on restait dans la côte. Mais dans les baisseurs. »
(RINGUET. « Trente arpents» p.73, Montréal, Fides, 1973, [ éd. originale, Paris, 1938 ], 328p.)
- «
[...] ta mère et moi avons obtenu le divorce, en étalant un paquet de
menteries devant un juge qui a fait semblant de les croire. »
(Clémence DESROCHERS. « J'ai des p'tites nouvelles pour vous
autres », p.25, Montréal, éd. l'Aurore, 1974, 83p., NéoClas.)
- «
C'est alors que chacun de nous, pour un certain temps, s'est mis à courir deux lièvres à la fois. Jusqu'au moment où, la fatigue
et la menterie aidant, on décide de se rencontrer dans l'exclusivité. Ce n'était rien de méchant; il fallait que tout cela arrive ainsi.
Je me dis que l'amour a ses caprices et ses lois, son temps de croissance, et qu'il faut être
patient. »
(Joseph BONENFANT dans « Le très beau nom de mon
amour » [collectif], p.108, éditions de la Catalogne, Saint-Narcisse de Champlain, 1978, 210p.,
Archives familiales Bonenfant.)
- «
Sa première vraie grosse menterie. Mais François s'accommode
mieux qu'il ne pensait du mensonge. »
(Marie LABERGE. « Quelques adieux », p. 215, Montréal, Boréal, 1992, 399 p., FTLFQ.)
- «
Mais c'est ça. Vous [ Raël ] avez été, en tout cas, souper avec Jésus-Christ, Mahomet, Allah,
et cetera. C'est gros, eh ? A beau mentir qui vient de loin, plus la menterie est grosse, plus elle est
facile à
croire. »
(Jean-Luc MONGRAIN, dans l'émission télé « Mongrain », CFTM-TV, Montréal, 23 novembre 1993.)
- «
Je cherche des désiseux
Des semeux, des gros laboureux
Je cherche des guerriers, fiers même la tête baissée
Des déjoueurs de menterie
Des aideurs de mal
pris »
(Daniel BOUCHER. Chanson « La désise », disque « Dix mille Matins » 1999, GSI Musique, GSIC-984.)
SYNTAGMES : conter des menteries, dire des menteries.
REMARQUE : Avec le sens de « mensonge », menterie est considéré
par le Robert ( PR 1996 ) comme vieilli et son emploi régional.
HISTORIQUE :
Menterie n.f. ( 1214 ) « propos mensonger » et ( 1643 )
« mensonge » est issu ( v. 980 ) du verbe intr. mentir, lui-même à
rattacher au latin populaire mentire, réfection du latin classique
mentiri, de mens, mentis « esprit, intelligence ». Menterie est
aujourd'hui supplanté par mensonge dans l'usage moderne du
français central ( DHLF, FEW ).
Menterie est signalé au Québec depuis 1634. Le mot est encore usuel
sur l'ensemble du territoire.
Catégorie :
- Archaïsme.
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-8, 10 et 11.
Pour faire connaître cet article à un ami, cliquez ici.
L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.
© Serge Fournier & RABASKA MULTIMÉDIA inc. (2000-2003) Tous droits réservés.