
24 avril 2003
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
NANANE, NÉNANE
NANANE [ nanan ], NÉNANE [ nenan ] (aussi prononcé [ n'nan ]) : Nom
généralement masc. [ variantes graphiques : nanan, nannane, nananne, nénan(n)e ].
Définitions :
- Fam. (surtout dans le langage enfantin). Bonbon, friandise.
Exemples d'emploi :
- «
Nananne, s.m., corruption de nanan. Terme enfantin pour sucreries,
bonbons, friandises. »
(Cl, p.225, 1894.)
- «
Cependant, une chose dont je suis l'adversaire, c'est les mangeux de
nannane et de " pea-nuts ". »
(« Nézyme »,
journal La Patrie, 14 sept. 1918, p.11, col. 8, FTLFQ.)
- «
Des p'tits quêteux r'gard'nt les vitrines
Plein's de nénane et d'beaux joujoux;
Le coeur leu bat dans la poitrine,
Y'en voudraient ben eux-autr's étou. »
(Émile CODERRE alias Jean NARRACHE. « Quand j'parl' tout
seul », p.44, Éditions Albert Lévesque, Montréal, 1933 [ édition originale, 1932 ], 130p.)
- «
L'école est infecte, oui Arthur, cet horizon maléfique du sinistre
tableau noir, oui, oui, mais il y avait, rue De Gaspé, la petite vieille
Forgette et ses nananes à un sous [ sic ] l'unité. »
(Claude JASMIN. « Rimbaud, mon Beau
Salaud ! », p.61, Éd. du Jour, Montréal, 1969, 142p.,
NéoClas.)
- «
Les p'tites filles, quand y sont jeunes,
Y mangent du nénane;
Mais à présent qu'y sont plus vieilles,
Y mangent des grosses bananes. »
(Oscar THIFFAULT. « Y mouillera pus
pantoute » (chanson), 1975.)
- «
Tu me croiras pas, chu sûr, mais j'ai déjà attiré un poisson avec un
nenane. Je te le jure, ça a tiré. Je ne l'ai pas attrapé, mais ça a marché. »
(Inf. masc., 68 ans, Saint-Boniface [ Shawinigan ], 1978, CELM.)
- «
Je croquais dans un nénane quelconque, pis une dent de mon partiel [
prothèse dentaire ] s'est cassée. Ça fait un nénane qui coûte cher, ça m'a
coûté 350 piastres pour faire réparer tout ça ! »
(Inf. fém., 34 ans,
Pointe-du-Lac [ Trois-Rivières ], 1986, CELM.)
- «
Les enfants n'utilisaient pas tous le même mot pour parler des friandises, l'un voulait un bonbon, l'autre un candy et un autre un " nanane " »
(Propos de Joseph VILLENEUVE [parlant des années 1950], in « Lac-aux-Sables, témoin de notre passé, 1897-1997 » (collectif), p. 196, Shawinigan-Sud, Société d'histoire de Lac-aux-Sables et d'Hervey-Jonction, 1997. 490 p.)
- «
Bon, tu veux payer pour les petits nananes, c'est 2,41 $. »
(Inf.
masc., 39 ans, Shawinigan, 2002, CELM.)
SYNONYMES : du nane, des nananeries, du sucrage, des sucreries.
REMARQUE : Aussi nom de chat.
- Fig., fam. Bénéfice, avantage, chose exquise.
a) Dans le but de séduire, de tromper, d'amadouer.
Exemples d'emploi :
- «
Elles viennent de manger assez de misère, ces chères populations, que
vous n'aurez qu'à leur donner un peu de nanane, comme ces allocations
familiales dont on parle parfois [...] »
(Jacques FERRON. « La Chaise du
Maréchal Ferrant »,
p.143, éd. du Jour, Montréal, 1972, 224p., NéoClas.)
- «
Mais la déclaration de Sept-Îles est venue faire la preuve douloureuse
que nos hommes d'affaires canadiens-français sont trop souvent coupés de la
masse qui les fait vivre ; qu'ils sont plus aptes à prendre le pouls de
l'indice Dow-Jones que celui du milieu populaire qui les a bâtis. Entre la
déclaration de Sept-Îles et les promesses de " nénanne " d'Ottawa, quelle
ressemblance étrange ! Que voulez-vous ! La stratégie politique depuis la
Brink's présente souvent son petit côté
avilissant ! »
(L.-P. BÉLISLE. « Lettre d'un ancien compagnon de lutte de M. Marc Carrière »,
Le Devoir, 23
oct. 1972, p.04, col. 02, NéoClas.)
- «
Et comme me le disait, en se léchant les babines, un gars de Lapalme
rallié au régime : « Mieux vaut se faire promettre du nananne que se faire
dire d'aller manger de la marde. " »
(Carl DUBUC. « Trudeau à
Shawinigan », Le Devoir, 10 oct. 1972, p.04, col. 2, NéoClas.)
- «
Il ne faut pas chier sur le nanane dans la vie car on n'est pas sûr
d'en manger tous les
jours. »
(Yves BEAUCHEMIN. « L'Enfirouapé », p.106, éd. La
Presse, 1974, 257p., NéoClas.)
- «
La fin des républiques de nanane [ titre ]
Les vaches grasses, c'est
terminé. Mais comment et où couper ? Les citoyens n'accepteront un
traitement douloureux que s'il est clair que le gouvernement sait où il va. »
(L'Actualité, 1er mars, p.8, 1993, FTLFQ.)
b) Chose exquise, agréable, gâterie.
Exemples d'emploi :
- «
J'adore les fondues, tiens, une fondue savoyarde aux champignons, un
vrai délice, c'est du vrai nanane ! »
(Inf. fém., 39 ans, Montréal, 1982,
CELM.)
- «
Aller jouer aux quilles avec la gang, le vendredi soir, c'est du nanane
pour
moi. »
(Inf. masc., 55 ans, Trois-Rivières, 2001, CELM.)
c) Plaisir sexuel.
Exemples d'emploi :
- «
Alice [...] J'avais pas de temps à lui [ un prétendant ] consacrer. Il était tellement choqué
que, lorsqu'il passait ici, il tapait du pied dans le fond de sa voiture : tâp-tâpa pétipétâp ! On l'entendait venir de loin ; je savais
que c'était lui. Il attirait l'attention. Je lui ai dit, une fois : " T'es pas obligé de défoncer ton pianobox, tu sais ! " (Rires). Il chantait
aussi très fort en passant :
"Alice, Alice, ma petite Alice,
Tu n'as pas de caprice, Alice,
Ah, viens donc dans mes bras, mon p'tit rat,
Du nénane, tu en auras, tant que tu voudras." »
(Propos de Alice SAINT-ARNAUD [relatant une anecdote datant de 1922-1924], dans « Notre terre amande » [collectif], pp.20-21,
éditions de la Catalogne, Saint-Narcisse de Champlain, 1977, 371p.,
Archives familiales Bonenfant.)
- «
Elle m'a dit : veux-tu ton nanane à soir ? Si oui, t'es mieux d'arrêter
de bougonner. »
(Inf. masc., 26 ans, Shawinigan-Sud, 1986, CELM.)
- «
J'ai pour mon dire que si le gars, tout ce qu'il cherche c'est son
nanane, pis qu'y'é pas capable de se contenir, ça veut dire que c'est
certainement pas celui-là avec qui tu dois
sortir. »
(Inf. fém. 22ans,
Shawinigan, 1990, CELM.)
- «
Elle doit être couchée, pis elle attend son nanane avant de
dormir. »
(Inf. masc., 30 ans, Trois-Rivières, 1998, CELM.)
- Péj., ROSE NANANE ( par boutade, par plaisanterie ).
a) Apposition.
Exemples d'emploi :
- «
Il pousserait les hauts cris s'il m'entendait ainsi discourir, lui qui
du fond de ses épaisseurs de suif voit le catholicisme à travers un nuage
rose nanan. »
(Roger LEMELIN. « Pierre le Magnifique », p.50, éd. La Presse,
1950, 261p., NéoClas.)
- «
Il ne porte pas de titre. " C'est mon rose nananne, celui-là " dit
Clémence. »
(Denise BOUCHER. « La Fantaisie faite femme », Châtelaine, sept.
1971, p.68, col.2, NéoClas.)
- «
Un soir, je rentre au Club Soda pour les LUNDIS JUSTE POUR RIRE. J'vois
sur la scène, un body-builder en bikini rose nanane. J'ai fait, quessé ça ?
C'tait Larry. Y m'a fait pisser dans mes culottes. »
(Échos Vedettes, 30
janv. au 5 févr. 1993, vol. 31, no 5, p.5, FTLFQ.)
b) Par renforcement : ROSE NANANNE SUCÉ LONGTEMPS.
Exemples d'emploi :
- «
Elle cherchait parmi les antiquités dans le garage du bonhomme
lorsqu'elle est tombée sur un petit banc rose nanane sucé
longtemps. »
(Inf. masc., 45 ans, Grand-Mère, 1978, CELM.)
- «
J'ai vu sa chemise, ça fait rose nanane sucé lontemps. »
(Inf. fém.,
34 ans, Shawinigan, 1995, CELM.)
- Souvent péj. ENFANT DE NANANE.
a) Juron, terme marquant la réprobation.
Exemples d'emploi :
- «
Un cinquième enfant, enfant de nanane, qu'est-ce qu'on va faire avec ça
? »
(Inf. masc., 40 ans, Saint-Narcisse [ Mauricie ], 1982.)
- «
J'ai payé 5000 $ pour un enfant de nanane de char qui est toujours au
garage ! »
(Inf. masc. 29 ans, La Tuque, 1986, CELM.)
- «
C'est vrai qu'avec le vent, y fait frèt en enfant de
nanane. »
(Inf.
masc. 48 ans, Sainte-Angèle [ Bécancour ], 2000, CELM.)
- «
La fumée, me déranger ? Tu veux rire ? Depuis le temps que j'avais pas
pris une poffe. C'est pas moi qui vais m'en plaindre. Mais j'en ai reçu tout
autant des tuyaux d'échappement des limousines que ces enfants de nananne du
fédéral ont fait rouler sous mon nez sans arrêter. »
(Ghislaine RHEAULT. « Donnez-moi des talons hauts », Le Soleil, 8 avril 2001, Sommet des
Amériques, édition spéciale, CELM.)
b) Terme hypocoristique.
Exemples d'emploi :
- «
Philomène : Ma petite cochonne, ma crottinette, mon enfant de nanane
à moi.
La petite fille se blottit contre le giron maternel. Midi éclate partout,
Adélard s'approche de sa femme et parle doucement à Julie enfant. »
(Roland
Michel TREMBLAY, Scénario du film « Les Enfants du sabbat » d'après le roman
d'Anne HÉBERT, 2000, CELM.)
SYNTAGME : En enfant de nanane ( avec valeur augmentative ).
HISTORIQUE :
Nanan, nom masc., prononcé
, d'usage familier est
issu ( 1640 ), d'un radical onomatopéique -nann, qui appartient
essentiellement au langage enfantin. On relève d'abord, en français central,
le mot avec une majuscule dans du Nanan, puis comme nom commun ( 1649 ) avec
le sens de « friandise ». Par la suite, il est employé dans l'expression
populaire c'est du nanan ( 1727 ) « c'est très bon », et absolument, avec le
sens figuré de « chose délicieuse, régal » ( 1835 ) ( DHLF, FEW ). Le terme
est aussi attesté dans de nombreux dérivés dialectaux : Rouchi nanan «
bonbon », Picardie nanan « pain, bonbon », Normandie nanan « friandises »,
terme enfantin ( FEW ). Aujourd'hui, le mot est considéré comme vieilli en
France avec l'acception de « friandise, bonbon », mais il est relevé en
français moderne dans la locution c'est du nanan « c'est exquis, très
agréable, très facile » ( PR ).
Au Québec, on emploie la forme nanane, prononcée [ nanan ], nom masc., au
sens de « bonbon, friandise » ( 1727 ). L'acception figurée de « délice,
chose recherchée », apparaît dès le début du XXe siècle. Mot et locutions
sont encore courants. Toutefois, les acceptions de nanane « trempette de
pain dans le lait », de la nanane « croûton de pain imbibé de lait qu'on
donne à un bébé », nanane, et petit nanane « lait », nanane « pâtisserie
offerte aux enfants à Noël » et « suçon de pain enveloppé de coton » sont
aujourd'hui disparues ( PPQ ).
En Acadie, avec le sens de « bonbon »; aussi la loc. verbale faire nanan «
manger » ( terme enfantin ) et nanan, avec l'acception de « lait », aussi vu
comme un terme appartenant au langage enfantin ( MassAcad ).
Catégories :
- Archaïsme et dialectalisme.
- Archaïsme.
- Innovation lexicale.
- Innovation lexicale.
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-3,5, 8 et IIc-1.
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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.
© Serge Fournier & RABASKA MULTIMÉDIA inc. (2000-2003) Tous droits réservés.