
9 juin 2003
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
ABATIS, ABATTIS
ABATIS, ABATTIS [ abati ] : Nom masc. (à l'occasion au fém.).
Définition :
- Terrain (entièrement ou partiellement) déboisé, qui n'est pas
encore essouché, où on entasse et brûle sur place, troncs branchages,
souches et résidus.
Exemples d'emploi :
- «
[...] bruslera et nestoirra dans un an d'huy [ = à partir d'ajourd'hui ]
deux arpens de teres dans le proche abatis des R. R. Peres [...] »
(Archives nationales du Québec [ANQ],
Beauport, gr. Vachon, doc. 22, avril 1658, in MassÎG.)
- «
[...] demy quart d'arpent d'abatis faict par le dict B... »
(Conseil
Souverain, Nouvelle-France I, 797, 1674 in MassAcad.)
- «
nous travaillames à faure des abbatis pour (découvrir le front de)
notre camp. »
(De MALARTIC, « Journal des campagnes au Canada du Comte de
Maurès de Malartic », de 1775 à 1760, p.81, Dijon, 1890, XXVI-373p., 1756,
MassAcad.)
- «
Parents imprudents ! en agissez-vous de la sorte quand il s'agit, pour
vous, d'intérêts temporels de quelque conséquence ? Supposons que vous ayiez
un abbatis à faire brûler. Il se trouve dans le voisinage d'une grange qui
renferme tous vous instruments d'agriculture. Eh ! bien, enverrez-vous vos
petits enfants mettre le feu à ces débris d'arbres en les avertissant de
bien prendre garde que le feu ne consume la grange ? »
(Alexis MAILLOUX.
« Manuel des parents chrétiens ou Devoirs des pères et des mères dans
l'éducation religieuse de leurs enfants : ouvrage dédié à Monseigneur
l'archevêque de Québec », p.159, Québec, A. Coté, 334 p., 1851, Institut canadien de microreproductions historiques [ ICMH ].)
- «
On abat les arbres, on les coupe par billes de longueur convenable, et
on coupe toutes les branches et les têtes des arbres. Tout est laissé étendu
sur le sol pour sécher. C'est ce qu'on appelle, en terme de colon, faire de
l'abatis plat. Dès que l'abatis est suffisamment sec, on met le feu. Quand
le feu a passé, on tasse les billes qui peuvent rester et on y met encore le
feu. »
(Guillaume-Alphonse NANTEL. « Notre nord-ouest provincial : étude sur
la vallée de l'Ottawa », p.22, Montréal, E. Sénécal, 1887, 120 p.,
ICMH.)
- «
Le mot d'ordre a été donné de ne tirer sur l'ennemi qu'à soixante
mètres. Les colonnes d'Abercromby s'avancent au son du fifre et de la
cornemuse, " avec une vivacité digne des meilleures troupes ", suivant les
expressions de Montcalm. Les drapeaux de la France flottent au-dessus des
abattis. En arrière, les bataillons français sont muets, l'arme au bras. »
(Thomas CHAPAIS. « Discours et conférences », p.141, Québec, Imprimerie de L.-J.
Demers & Frère, 1897, 340 p., FTLFQ.)
- «
Les abattis étaient réservés aux cultures; c'est ce qu'on appelait :
faire de la terre; le bétail devait se contenter, au moins durant les
premiers temps, des étroites clairières naturelles, les battures; ceci
explique le faible rôle de l'élevage et de la voiture, à l'origine. »
(Pierre DEFFONTAINES. « Le rang, type de peuplement rural du Canada français »,
p.5, Québec, Presses universitaires Laval, 1953, 32 p., [ Publications de
l'Institut d'histoire et de géographie. Cahiers de géographie, 5 ], FTLFQ.)
- «
Nous allions aux framboises chez Germain Gauthier, au milieu des abatis, du grand foin bleu, des longues fleurs roses pleines d'abeilles et de guêpes. Quelques-uns se sont perdus et, dans leur affolement, ont renversé leur
" vaisseau ". »
(Roland BONENFANT, dans « Notre terre amande » [ collectif ],
p.260, Saint-Narcisse, Les éditions de la Catalogne, 1977, 371 p.)
- «
[...] les cultivateurs avaient pu ensemencer parce que les bûcherons
avant eux avaient fait des abattis; les mineurs avaient joué leur rôle aussi
dans l'économie du pays, ils étaient descendus sous le sol, leur condition
était dure mais les mineurs étaient des hommes
libres. »
(Ambroise
LAFORTUNE. « Le pays d'où je viens », p.121, Montréal, Éditions Héritage, 1977,
123 p., Coll. Katimavik, FTLFQ.)
- «
La première ou les premières années qui suivent l'arrivée du paysan sur
sa " terre ", le sol arable est assez rare; à la suite d'un abattis, il a
fait brûler le bois. Il reste la cendre et les souches. »
(Germain LEMIEUX.
« La vie paysanne 1860-1900 », p.12, Sudbury-Laval, Les Éditions Prise de
Parole - Les Éditions FM, 1982, 239 p., FTLFQ.)
- «
Afin d'ensemencer la terre plus rapidement, les colons avaient
l'habitude de faire brûler les abattis ce qui, au début du XXe siècle, était
la principale cause des incendies. »
(Alain LABERGE [ Sous la dir. de ].
« Histoire de la Côte-du-Sud », p.42, Québec, Institut québécois de recherche
sur la culture, 1993, 647 p., Coll. Les Régions du Québec, 4, FTLFQ.)
- «
C'est désormais le printemps; le colon est sur place depuis l'automne
précédent. Avant même d'avoir essouché, il laboure à la pioche et sème,
entre les souches, de l'orge, du sarrasin et des pommes de terre. Puis
commence le défrichement proprement dit en vue de la constitution des "
abattis ". »
(Jean PROVENCHER. « Les Quatre saisons dans la vallée du
Saint-Laurent », pp.202-203, Les éditions du Boréal, 1996, 605 p.)
- «
Abattis, Cap à l'
Situé à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Baie-Saint-Paul [...] Ce nom, qui s'écrit souvent avec deux t, a été publié en 1695 par l'hydrographe Jean Deshayes sous la forme Abbatis. En 1744, Nicolas Bellin l'a écrit avec un t, tout en joignant au spécifique le générique
Cap. »
(Commission de toponymie du Québec. « Noms et lieux
du Québec : dictionnaire illustré », p.1, Sainte-Foy [Québec], Les
Publications du Québec, 1996, 925p.)
SYNONYMES : brûlis, brûlé, arrachis « espace de la forêt où gisent des
arbres arrachés par le vent » (voir ce mot à la fenêtre Lexique québécois), chablis « id. », désert « id. ».
SYNTAGMES : faire un (des) abatis, faire de l'abattis « abattre des
arbres, déboiser », abattis brûlé « étendue de forêt rasée par le feu »,
brûlé d'abattis (id.), feu d'abattis « forêt détruite par le feu »,
abattis plat « partie de terrain défrichée dans une forêt », abatis
d'arbres, clôture en (d')abattis « clôture d'embarras faite de souches et
de branches », bouchure d'abattis « id. », abattis pleine « abattis où l'on
ne ramasse pas le bois abattu », lever des abattis « défricher », ramasser
de l'abattis « id. », tasser de l'abatis « id. », semer en abattis « semer
dans un brûlis sans labourer », herse à (d')abattis « herse triangulaire
(bois et pointes de fer) » (PPQ).
HISTORIQUE :
Abattis, nom masc., dérive de abattre v. tr., issu du latin
populaire ab(t)attuere (VIe s.). Il a d'abord signifié « massacre »
(abateis, vers 1180) (DHLF). Dès le XIIe s. (1173) abatëiz « espace de la
forêt où les arbres ont été taillés, taillis » (TLF), au XVe s. « coupe
faite dans un bois, une forêt » (FEW). Encore attesté par la plupart des
dictionnaires du français central pour désigner un « amas de bois abattu.
Milit. Obstacle artificiel formé d'arbres abattus, de branchages ».
En français québécois depuis 1658. Le terme est encore employé, même s'il
accuse un certain recul. Abatis a aussi existé avec les sens de « tas de
souches et de branches à brûler », « forêt brûlé par le feu » et, plus
rarement, « collet à lièvre ».
En Acadie, on signale abatis « branchages » (MassAcad).
Catégorie :
- Archaïsme.
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples 8 et 13.
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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.
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