a
la trâlée d'enfants Bonenfant en 1946
En 1946, Alice Saint-Arnaud et Alphonse Bonenfant portent les plus jeunes de leur trâlée d'enfants –trois sont déjà morts, trois autres naîtront bientôt... (GR)
(Photo dans « Une Alliance dans ses grandes lignes », Éditions de la Catalogne, p.36., 2002, 408p.)



16 juin 2003


Capsule de chez nous
par Serge Fournier



Le mot de la semaine
TRÂLÉE, TRÔLÉE





TRÂLÉE, TRO(Ô)LÉE trâlée, trôlée : Nom fém.

Définition :
  1. Bande, groupe, grande quantité en parlant d'êtres humains, d'animaux, de choses.

    Exemples d'emploi :

    1. « [ Note de bas de page 1 : Ce mot ( trolle ), dont je ne garantis aucunement l'orthographe, vient soit du verbe anglais troll, qui signifie : jeter l'amorce à, pêcher à la ligne, soit du substantif français trolée ( dont nous faisons ici " tralée " ), qui signifie : troupe de gens faisant route ensemble ]. » (Victor-Alphonse HUARD [ abbé ]. « Labrador et Anticosti, Journal de voyage, histoire, topographie, pêcheurs canadiens et acadiens, Indiens montagnais », p.481, Montréal, Beauchemin & Fils, 1897, 505p., FTLFQ.)

    2. « Prenez garde que votre fille dont vous êtes si pressé de vous débarrasser ne vous revienne avec une première " trâlée " d'enfants. Ce ne serait pas la première fois. » (Charles BAILLAIRGÉ. « Divers ou Les enseignements de la vie », p.22, Québec, C. Darveau éd., 1898, 695p, Institut canadien de microreproductions historiques [ ICMH ].)

    3. « Moi, j'dirais pas ça qu'i sont bouchés des deux bouts, les parents Beauchemin : rien qu'à voir la trâlée de morveux qui reviennent de l'école, il y a des bouchons qui doivent sauter des fois. » (Victor-Lévy BEAULIEU, « Race de monde », p.50, Montréal, éd. du Jour, 1969, 186p., 1969, NéoClas.)

    4. « Maman, malgré sa " trolée d'enfants " comme elle dit, invite, de temps à autre, un ami de la rue Saint-Denis. » (Claude JASMIN. « Pointe-Calumet, Boogie-woogie », p.100, Ottawa, éd. La Presse, 1973, 131p, NéoClas.)

    5. « [...] une trâlée de sauvages » (Jean-Paul FILION. « Saint-André Avellin... le premier côté du monde », p.249, Leméac, 1975, 282 p., FTLFQ.)

    6. « Ça fait que je sais ben ce qui va arriver, si elle prend un chambreur, je vais retourner passer mes nuits sur le sofa. Et puis, s'il arrive de la visite, il faudra que je me contente du bain ! Avez-vous déjà couché dans le bain, vous autres ? eh bien, moi, sans blague, ça m'est déjà arrivé un bon trois semaines, vers l'âge de sept ans, quand mon oncle Elzéar était venu avec sa trâlée. » (Gratien GÉLINAS. « Les Fridolinades 1943 et 1944 », p.292, Montréal, Quinze éd., 1981, 351p., FTLFQ.)

    7. « Dans n'importe quelle maudite ville
      Y a une trâlée d'imbéciles
      faits pour suivre leu'chefs de file
      Qui contrôlent le tas pis qui empilent
      Y sont p'têt plus subtils mais y s'encrassent – pis moé j'm'encrisse !
      Dans n'importe quelle ville
      Y prennent trop d'place.
      À toi Jean-Maurice ! »
      (Plume LATRAVERSE. « Cris et écrits ( dits et inédits ) : Plume la traverse... l'époque », p.284, Verchères, Les Éditions Rebelles, 1983, 306p., FTLFQ.)

    8. « Par ailleurs, si Noël ne réunit souvent que les membres de la petite famille, le jour de l'An, lui, rassemble toute la parenté pour les repas du midi et du soir. Avec leur " trâlée " d'enfants, les frères et les sœurs se retrouvent chez les " aïeux ". » (Jean PROVENCHER. « C'était l'hiver : la vie rurale traditionnelle dans la vallée du Saint-Laurent », p.107, Montréal, Les Éditions du Boréal Express, 1986 , 279p., FTLFQ.)

    9. « Quinze ans de camionnage... vendu la maison de mes parents pour deux pets... en train de perdre tous mes cheveux... une trâlée de blondes que j'ai aimées juste pour leur cul et qui m'auraient toutes vendu pour deux piastres... » (Yves BEAUCHEMIN. « Juliette Pomerleau », p.21, Montréal, Éditions Québec/Amérique, 1989, 691p., FTLFQ.)

    10. « [...] principalement, l'annonce est adressée à des personnes qui ont des problèmes avec pilules et alcool. Et, selon l'annonce, en trois semaines, ils vont tout régler, eux autres. Une autre annonce ici, justement: c'est une auberge, quelque part au Québec; on l'appelle un centre de traitement pour l'alcoolisme. Ça, c'est seulement aujourd'hui. Si on prend les autres journaux, on voit une trâlée de ces affiches-là un peu partout. » (William CUSANO [député de Viau]. « Étude des crédits du ministère de la Santé et des Services sociaux », Normes de reconnaissance en toxicomanie, Commission permanente des affaires sociales, Assemblée nationale du Québec, 21 avril 1994.)

    11. « Il était plutôt coi, bon voisin, accommodant sur la messe du dimanche. C'est même en cette pieuse occasion, un an tout juste après son arrivée, qu'il rencontra la fille de son troisième voisin; cette révélation fut telle que Marguerite Omier lui fit, en trois veillées à la maison paternelle, oublier tout à fait qu'il avait encore une Poitevine légitime et une trâlée de petits Poitevins par-delà la mer. » (Jean MARCEL. « Des nouvelles de Nouvelle-France : histoires galantes et coquines », p.58, Montréal, Leméac, 1994, 273p., FTLFQ.)

    12. « Dans les années trente, quarante et cinquante, au temps des grosses familles, il y avait parfois des discussions sur les mérites réciproques des religieuses et des mères de famille. On parlait explicitement des nuits avec ou sans sommeil, de la " trâlée " d'enfants, du mari à qui il fallait plaire, etc. » (Joseph BONENFANT, dans « Le festin de deux petites sœurs » [collectif], p.38, Saint-Narcisse, Éditions de la Catalogne, 1994, 250p.)

    13. « - La banlieue de Trois-Rivières, donc. C'est un beau jouor [sic] de violon que le bom' Câlice Doucet ; et pi les aveilles de Noël, comme ça, y a toujours une trâlée de créatures qui se rassemblent là pour danser. » (Louis FRÉCHETTE, conte « Titange » dans « La maison hantée et autres contes fantastiques », p.112, Anjou, Les Éditions CEC inc., 1996, 200p. [1re parution dans « La Noël au Canada », recueil de contes, 1900].)

    SYNONYMES : batch, gang, bande (fr.) (FTLFQ, PPQ, CELM).

    SYNTAGMATIQUE : trâlée d'enfants, ~ de monde (FTLFQ, PPQ, CELM).
HISTORIQUE : Trâlée, et la variante trôlée, sont à rattacher au verbe transitif français trôler « traîner, promener avec soi » (1662), lui-même issu du latin tragulare « chasser un animal de nuit » (FEW). Le substantif trâlée « longue suite de... » n'a pas été enregistré dans l'usage du français général, il est toutefois attesté en France dans les parlers du Nord, du Nord-Ouest, de l'Ouest et du Centre (FEW). Le mot a aussi été relevé en suisse romand. La forme trôlée, nom fém., « grande quantité, bande » est attestée une première fois au XVIIIe s. Cette forme qui dérive du verbe trôler « faire aller ça et là » a été reprise régionalement, dans les dialectes bourguignon et champenois, au XXe s. et se maintient encore, en français central, tant dans l'usage général que familier (DHLF) bien que considéré comme vieux et peu usité par la plupart des répertoires du français général (le mot est d'ailleurs absent des dictionnaires Robert et du Lexis).

En français québécois trâlée « longue suite de... » est relevé depuis 1744 (Père Viger). Le mot est encore connu de nos jours, mais il perd considérablement en popularité. Pour sa part, la forme trôlée « trâlée », marginale chez nous, est apparue tardivement, à partir de 1920. On doit évidemment rejeter l'hypothèse d'un lien possible avec l'anglais troll. Trôlée se greffe plutôt à la famille de trâlée et agit comme une simple variante.

Catégories :
  1. Trâlée : Dialectalisme
    Trôlée : Archaïsme et Dialectalisme



Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples 10, 12 et 13.



Pour faire connaître cet article à un ami, cliquez ici.

L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.

© Serge Fournier & RABASKA MULTIMÉDIA inc. (2000-2003) Tous droits réservés.