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Photo de Suzanne Lamothe, Paris, mai 1976. Tous droits réservés.



2 septembre 2003


Capsule de chez nous
par Serge Fournier



Le mot de la semaine
BRETTER, BRÊTER




BRETTER, BRÊTER : Verbe intr.

Définitions :
  1. Fam. péj. Lambiner, perdre son temps à des futilités ; musarder.

    Exemples d'emploi :

    1. « Bretter, v.n. – Fureter. Ex. Veux-tu me dire ce que tu brettes là ? – Perdre son temps à des bagatelles. – Faucher ( Expression acadienne ). D'après Oudin bretter signifiait [ en France ] jouer ou faire des armes. » ( Di, p.102, 1909. )

    2. « [...] Qu'est-ce que tu brettes ? On t'attend depuis une heure ! = qu'est-ce que tu fais ? à quelles bagatelles t'amuses-tu ? » ( Gl, p.152,1930. )

    3. « Souvent les deux hommes [ Didace et le Survenant ] en grande amitié transportaient les effets à Sorel. Rarement en revenaient-ils de clarté. Amable et Alphonsine s'inquiétaient bien de ce qu'ils pouvaient bretter là si tard, mais ils n'en disaient trop rien [...] » (Germaine GUÈVREMONT. « Le Survenant », p.118, Bibliothèque québécoise, 1990, 225p. [ éd. orig., Beauchemin, 1945, 262p. ] )

    4. « Y'aimait ça aller bretter dans son atelier, y'aimait ça passer son temps parmi ses outils, le bois, pis le million d'affaires qu'on pouvait retrouver là. » ( Inf. masc., 61 ans, Québec, 1975, CELM. )

    5. « Je lui ai dit carré : kossé que tu brettes, va la d'mander en mariage avant qu'un autre le fasse, pis que tu te retrouves avec une peine d'amour, pis célibataire en plus. » ( Inf. fém., 38 ans, Grand-Mère, 1982, CELM. )

    6. « Qu'est-ce que tu brettes ? On va finir par être en retard. » ( Inf. masc., 26 ans, Trois-Rivières, 1986, CELM. )

    7. « Charles monta tout de suite l'ouvrage dans sa chambre avant que l'autre ne change d'idée. Une fois redescendu, il ne se remit pas tout de suite à sa besogne. – Qu'est-ce que t'as à bretter ? maugréa le patron qui rangeait des pots de mélasse. » ( Bernadette RENAUD. « Un homme comme tant d'autres », t.1. « Charles », pp.113-114, Montréal, Libre Expression, 1992, 362p., FTLFQ. )

    8. « des grands nénuphars
      qui brettent à plein temps »
      ( Pierre DESRUISSEAUX. « Noms composés » [ poésie ], p.55, Montréal, Éd. Triptyque, 1995, 104p. )

    9. « On retourne de temps en temps dans l'histoire, non pas pour bretter là-dessus, comme disait ma grand-mère, mais parce que l'origine de nos problèmes date souvent d'il y a très longtemps. Quoi qu'il en soit, Lord Durham avait établi une politique d'assimilation des francophones et si on regarde les chiffres de Statistique Canada sur lesquels je reviendrai un peu plus tard, il semble que cette politique d'assimilation se poursuit toujours aujourd'hui, quoi qu'on y fasse. » ( Roger POMERLEAU [ député d'Anjou–Rivière-des-Prairies, Bloc Québécois ] « Débats de la Chambre des Communes », « Jour désigné – Les francophones en milieu minoritaire », Parlement du Canada, 13 juin 1996. )

    10. « Pas d'erreur [ Titre ]
      Pour éviter de les mettre en kriss, voire de les faire capoter, amis de la Belle Province, respectez donc les régionalismes des amis belges qui vous accueillent. C'est pas qu'ils soient niaiseux, mais ils parlent guère comme vous et moi. Qu'il fasse froid, ils enfilent leurs gants, point leurs mitaines, et boivent leur goutte, comprendre boisson. Que leur voiture tombe en panne et ils appellent un dépanneur, alors qu'un dépanneur, ils appellent ça une épicerie ou un night-shop. Étrange. Là où vous feriez un break pour crouser votre blonde ou simplement bretter avec votre gang, eux vous parleront de draguer les filles ou de flâner avec leurs potes... Ils sont bizarres, ces Belges. » ( « Le Québec à l'honneur : passé, présent », in « Programme du XVII festival international du film francophone de Namur », samedi 28 septembre 2002. )

    11. « Le temps n'est plus aux " recommandations pour assurer le caractère français de la région métropolitaine ". [...] Cessez de bretter ! Nous périssons, messieurs et mesdames du bon gouvernement. » ( Gaston LAURION. « La langue française en péril », 27 février 2000, [ lettre ouverte parue dans Le Devoir le 4 mars 2000 ]. )

    SYNONYMES : vernousser ( vieux ), vernailler ( id. ), bredasser ( id. ) ( PPQ, CELM ).

    SYNTAGME : bretter après qqch. ( ex. bretter après son ordinateur ).

    DÉRIVÉS : bretteux (-euse) « celui qui brette », brettage « action de bretter ».

  2. Vx. Pop. Chercher, fureter.

    Exemples d'emploi :

    1. « Brêter. Ctre de la Fr. Quêter, emprunter. Il est insupportable, il est toujours à brêter une chose ou une autre. Nous disons : Qu'est-ce que tu brettes ici ? pour Qu'est-ce que tu fais ici, que cherches-tu ici ? Pop. et vulgaire. » ( DunnGlos, p.28, 1880. )

    2. « Brêter, Bretter, v.n., Avoir le nez fourré partout, chercher, fureter :– Qu'est-ce que tu brettes ici, c.-à-d. quelle affaire as-tu ici, que fais-tu ici ? Ce verbe se prend souvent en mauvaise part, en France, dans le sens de jaser, parce que les Bretonnes, qu'on appelle aussi Brettes, passent pour très bavardes. » ( Cl, p.58, 1894. )

    3. « Fureter. Veux-tu me dire ce que tu brettes là ? » ( Di, p.102, 1909. )

    4. « Fureter. Ex. : Qu'est-ce que tu viens bretter ici ? = que viens-tu faire ici ? quelles nouvelles viens-tu fureter ? » ( Gl, p.102, 1930.)

    5. « BRETER – Fainéanter, fureter. Qu'est-ce que tu brettes dans ma chambre ? » ( BarbFC, p.187, 1970. )

HISTORIQUE : Bretter, verbe ( vers 1611 ). Au participe passé adjectivé bretté dérive de brette « ancienne épée ». Brette est le féminin de l'ancien français bret adj. « breton », issu du latin populaire brittus, tiré du latin classique brito, –onis de même sens ( appliqué aux « Bretons » des îles [ Grande-Bretagne ] ou d'Armorique ) ( DHLF, FEW ). Le verbe signifie aujourd'hui en français central « rayer, strier avec un outil dentelé » ( en architecture, orfèvrerie ). En Bourgogne, on signale les formes breter « tourner un peu, à gauche ou à droite » et berteler « flâner, aller de droite et de gauche , à rapprocher de l'angevin brêteler » aller de ci, de là, en fainéant ( FEW, brittus ). Dans plusieurs parlers du Nord de la France, on retrouve de nombreux homonymes dont breter « crier, pleurer » en Aunis et Saintonge ( FEW brag ), aussi bretter « quêter, emprunter » dans les parlers du Centre de la France. En moyen français breter « chasser des oiseaux au brai » qui survit en Basse Manche et en Anjou à côté de la forme brètler avec la même acception ( FEW bret, ancien francique ).

La rencontre de ces familles de mots dans les dialectes d'oïl explique certainement la vigueur de la forme bretter au Québec depuis le début du régime français. Le verbe est encore bien connu sur l'ensemble du territoire ( PPQ, CELM ), bien qu'il soit d'emploi moins fréquent chez les jeunes. Avec le sens de « fureter » bretter, qui se rattache de même aux parlers de France, semble pour sa part en voie de disparition ( PPQ, CELM ).

Bretter « flâner » est aussi attesté en Acadie ( MassAcad ).

Catégories :
  1. Dialectalisme;
  2. Dialectalisme.



Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-8, 9 et 11.

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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.

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