
29 septembre 2003
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
TAVERNE
TAVERNE
: Nom fém.
Définition :
- Débit de bière réservé aux hommes ( opposé à brasserie ).
Exemples d'emploi :
- «
[...] mais dans les manufactures, l'homme avance dans la vie sans
parole, sans chant, muet ; il travaille comme le cheval et le buf, en
silence. [...] L'enfant des manufactures, au contraire, est faible de corps
et faible d'esprit. Il vit dans son moulin ou dans la rue ; l'air vicié du
milieu où il se trouve le conduit presque toujours à la taverne. » ( Jean-Baptiste PROULX. « Les
pionniers du lac Nominigue ou Les avantages de la
colonisation : drame en trois actes », p.47, Montréal, Beauchemin & Valois,
1883, 54p., Institut canadien de microreproductions historiques [ ICMH ]. )
- «
En route, Délima se demandait si elle trouverait sa mère vivante. Si
elle était morte, elle pourrait alors retourner pour le Jour de l'An à la
taverne où elle se ferait bien un beau cinq piastres avec les pourboires des
clients. Comme ça, ça serait pas trop mal. » ( Albert LABERGE. « Visages
de la vie et de la mort », p.166, Montréal, Édition Privée, 1936, 287p.,
FTLFQ . )
- « Mais, lui parti, s'il ne pleuvait pas pendant son absence, son petit
jardin de légumes dans la clairière juste défrichée se passerait-il d'être
arrosé ? Lui-même, au reste, quand, à la taverne ou chez des gens, il aurait
pris un coup, saurait-il ensuite s'arrêter ? » ( Gabrielle ROY. « La
montagne secrète », p.12, Montréal, Librairie Beauchemin, 1961, 222p., FTLFQ. )
- « [...] toutes les puissances d'intimidation de la terre [...] ne
pourraient pas grand-chose contre l'obstination de cette grande mule de
métisse. [...] Et puis, dans une taverne, il était sûr de ne point se
trouver nez à nez avec cette sauvagesse de malheur qui le cherchait depuis
le matin [...]. » ( Anne
HÉBERT. « Le
Torrent », pp.189-190, Montréal,
Éditions HMH, 1963, 249 p.,
FTLFQ. )
- « La double action de la pièce se passe dans la cuisine mais j'ai voulu " installer " Marie-Louise et Léopold dans les endroits où ils sont le plus heureux au monde :
Marie-Louise est donc installée devant sa télévision et elle tricote ; Léopold, lui, est attablé devant une demi-douzaine de bières, à la taverne. Quant à Manon et à Carmen, elles sont vraiment assises dans la
cuisine. » ( Michel TREMBLAY.
« A toi, pour toujours, ta Marie-Lou », p.35, Montréal, Les Editions Leméac, Coll. Théâtre Canadien, 1971, 94p. )
- « Un cousin du Do se trouvait par adon dans la taverne, justement un des
vrais boulés qui ont fait la réputation de cette famille Boulé de
Petite-Vallée et de Pointe-à-la-Frégate. » ( Jacques FERRON.
« La chaise
du maréchal ferrant », p.118, Montréal, Éditions du Jour, 1972, 224p., FTLFQ. )
- « Si tu sais pas où trouver tout ça, va à la taverne " Chenier " sur la
rue Mont-Royal pis demande le grand Johnny, dis-y que c'est le gros Léo qui
t'envoie, y'a toujours tout c'qui faut dans 'valise de son char, il va te
faire un maudit bon deal à part de
ça. » ( CROC [ revue ], oct. 1979, no 1, p.32,
col.2, FTLFQ. )
- « Nous parlerons sûrement de vous devant une bière, à la taverne d'à côté. Souffrez, madame, que les oreilles de taverne vous connaissent. » ( Réjean BONENFANT.
« Un amour de papier », p.40, Montréal, Éditions de l'Hexagone, Coll. Typo roman, 1990, 179p., [ première parution, Les Éditions La Presse, 1983 ]. )
- « Comme Saint-Henri a trouvé sa romancière en Gabrielle Roy, à qui il est ici plusieurs fois fait allusion, Côte Saint-Paul a trouvé le sien en Gilles Archambault, surtout à travers Louis, le personnage le plus coloré de la Fuite immobile, le gibier de la taverne La Vérendrye. Cet ouvrier du Canadien National est un fascinant " être d'exception " qui ne rencontre que des malheurs [...] » ( Joseph BONENFANT. « La Fuite immobile, roman de Gilles ARCHAMBAULT », dans « Dictionnaire des uvres littéraires du Québec 1970-1975 », tome V,
p.360., Éditions Fides, 1987. )
- « " La taverne, écrit l'un d'eux, William Bayard Hale, est un refuge dont
nous aurions tort de priver ces hommes. " Quoi qu'il en soit, pour beaucoup,
la taverne est plus que cela. C'est un moyen d'évasion qui permet d'oublier
les dures réalités de la vie. [...] Il ne faudrait pas conclure de ce qui
précède que les quartiers ouvriers sont d'immenses tavernes où les
travailleurs canadiens-français occupent l'essentiel de leur temps libre à
se soûler. Ces informations témoignent surtout de la fonction importante que
joue la taverne dans leur vie [...] La taverne, c'est d'abord un refuge. Après
dix ou douze heures d'ouvrage dans un lieu clos, poussiéreux et humide,
l'ouvrier épuisé s'y arrête pour se rafraîchir, se détendre, stimuler son
appétit avant de se retirer dans un logement exigu et inconfortable. » ( Yves ROBY. « Les Franco-Américains de la Nouvelle-Angleterre ( 1776-1930 ) », p.94, Sillery, Septentrion, 1990, 434p., FTLFQ. )
- « Ce qui me fascine, ce sont les conversations de taverne. En quelques
minutes, un gars touche à tous les sujets, genre : Moi l'environnement,
j'suis pour ! Aie ! la couche d'ozone c'est pas drôle, si le Pôle Nord fond,
ça va être beau ! T'as droit à tout ça en une minute ! [...] » ( VOIR Montréal
[ magazine ], sem. du 28 avril au 4 mai 1994, p.21, col. 1, FTLFQ. )
- «
D'ailleurs, même dans la société cléricale et conservatrice qu'était le Québec des années quarante, cinquante, même si
un voile d'hypocrisie pouvait couvrir cette réalité, il y avait une pratique du jeu qui était considérable. Je ne veux pas dire mon
âge, mais je me souviens, dans mon enfance, d'avoir vu circuler, vendre toutes les semaines des billets de la loterie irlandaise
dans nos régions, d'avoir vu mon père participer, comme tout le monde, à la taverne, le vendredi, au pot sur la partie de
hockey du samedi soir. Le jeu, qui était officiellement condamné, le jeu qui, théoriquement, n'existait pas, existait largement déjà
dans ces années-là, [...] »
( Sylvain SIMARD [ président de la Commission permanente des finances publiques ]. « Examen des orientations, des activités et de la gestion de Loto-Québec », Journal des débats, Assemblée nationale du Québec, 12 septembre 2000. )
- « Je sais ! Y se retrouvent à la taverne, ce haut lieu de la virilité
québécoise. » ( Inf. masc., 65 ans, Sant-Boniface [ Shawinigan ], 2001, CELM. )
SYNTAGMES : conversation de taverne, poteau de taverne « individu qui
fréquente régulièrement une taverne ».
HISTORIQUE :
Taverne n.f. est issu ( v. 1175 ) du latin taberna « échoppe,
cabane, magasin », spécialement « auberge, hôtellerie ». Le mot est sans
étymologie connue, peut-être d'origine étrusque ( DHLF, FEW ). Taverne
désigne une auberge en Angleterre ou aux États-Unis ( 1825 ) traduisant
l'anglais tavern ; dans le sens canadien de « débit de bière réservé aux
hommes », il s'agit d'un calque de l'anglais ( DHLF ).
Taverne « débit de boisson réservé aux hommes » est attesté en français
québécois depuis 1880. Le mot est encore usuel, mais l'établissement a connu
un fort déclin à partir des années 1970 et a été graduellement remplacé par
les brasseries « lieu, sorte de pub, où on peut prendre des repas et où on
sert surtout de la bière. »
Catégorie :
- Anglicisme sémantique.
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-5, 8, 9 et 12.
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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.
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