
22 septembre 2003
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
TRAVERSIER
TRAVERSIER
: Nom masc.
Définitions :
- Bâtiment servant à la traversée des véhicules d'une rive à
l'autre d'un fleuve, d'un bras de mer ou d'un lac.
Exemples d'emploi :
- «
À cette occasion, MM. de Pontchartrain, père et fils, lui écrivirent
plusieurs lettres remplies d'une telle confiance, qu'elles ne pûrent
qu'influencer le résultat. D'Iberville partit, en 1698, avec deux navires et
un traversier. Il découvrit l'entrée du fleuve et ses environs, et fit près
de cent lieues en chaloupe sur le Mississipi. Il éleva un fort sur ses
bords, y laissa une garnison et revint heureusement en France, où il arriva
à la fin de Juin [ sic ] 1699. »
( François DANIEL. « D'Iberville
ou Le Jean-Bart canadien et la baie d'Hudson », p.9, Montréal, sans nom, 1868, 22p. )
- «
Chaque traversier faisait aussi le service du remorquage. Il arrivait parfois de bizarres aventures. Arrivé
au milieu du fleuve avec sa cargaison et ses voyageurs, le capitaine apercevait-il un navire doublant la pointe, il
laissait la traverse pour courir à la remorque du navire. Ceci payait mieux les propriétaires du bateau, mais ne faisait pas l'affaire des gens pressés d'arriver à Québec. »
( Joseph-Edmond ROY. « Biographie de l'honorable George Couture : représentant au Conseil législatif la division Lauzon. », p.15, Lévis, Mercier & cie libraires-imprimeurs, 1884, 32p., Institut canadien de microreproductions historiques [ ICMH ]. )
- «
Le chaland de Valiquette n'était pas en très bon ordre et nous avons eu
le temps de l'examiner, car nous avons attendu une demi-heure avant que le
traversier, qui était aux récoltes, vint nous faire passer l'eau. Et
pourtant nous chantions à tue-tête, avec accompagnement de porte-voix :
Batelier, dit Lisette,
Je voudrais passer l'eau,
Mais je suis trop pauvrette
Pour payer le bateau. »
( B. A. Testard de MONTIGNY. « Colonisation : le
nord », p.98, Montréal, Imprimerie de L'Etendard, 1886, 164p. )
- « Le traversier [ Trois-RivièresSainte-Angèle ] a fait son dernier
voyage à sept heures et est resté accosté aux quais des Trois-Rivières toute
la nuit. Il a repris dimanche après-midi son service régulier. »
( Le Devoir, 24 avril, 1939, p.6, col.7, FTLFQ. )
- « Avant que les traversiers ne fissent leur service d'hiver, entre Québec
et Lévis ( 1910 ), le passage du fleuve en canot à glace [ ital. dans le
texte ] était chose fréquente pendant la période qui précédait la prise du
pont de glace ou pendant celle qui suivait sa dislocation. »
( Pierre DEFFONTAINES. « L'Homme et l'hiver au Canada », p.195, Gallimard, 1957, 293p. )
- « Quand je travaillais à la soudure des bateaux, je restais à Québec, ça
faque j'ai pris le traversier pendant trois ans, je m'en rappelle encore. »
( Inf.
masc. 44 ans, St-Casimir [ Portneuf ], 1975, CELM. )
- « Des cordes étaient fixées au bordage de la chaloupe et les " traverseux
" dont la route était fermée par les banquises, tiraient l'embarcation sur
la glace. Ce minuscule traversier finissait par se frayer un passage et
rendre à bon port passagers, bagages et courrier. »
( Germain LEMIEUX. « La vie paysanne », p.93, SudburyLaval, Les Éditions Prise de Parole et Les
Éditions FM, 1979, 239p., FTLFQ. )
- « Pour aller à la pêche, on prend le traversier à la Matawin, pis on fait
une bonne vingtaine de milles dans le bois. On s'arrête jamais au même lac,
on essaie toujours deux ou trois lacs
différents. » ( Inf. masc., 35 ans,
Grand-Mère, 1982, CELM. )
- « Sur le traversier où voyageaient les gens du pays [ Indonésie ], j'écrivais mon journal la tête baissée pour me donner une raison d'éviter les cinquante paires d'yeux qui me mitraillaient sans arrêt. Quelques-uns mendiaient... mais je crois que la vision d'une seule pièce de monnaie sortant de mes poches aurait suffi à provoquer une
émeute. »
( Mario BONENFANT. « Ma course autour du monde », p.144, Les éditions du Printemps,
Montréal, 1983, 256p., Archives familiales Bonenfant [ AFB ]. )
- « Le journaliste et le photographe sont arrivés par le traversier ;
Trois-Rivières attend toujours un pont sur le Saint-Laurent. » ( Jeanne DESROCHERS. « Françoise Gaudet-Smet », p.137, Varennes, Les Éditions de
Varennes, 1992, 197p., FTLFQ. )
- «
Ils firent jouer la chanson que Thiffault avait composée pour appuyer la population de la région de Trois-Rivières qui réclamait la construction d'un pont sur le fleuve au début des années soixante.
Oscar l'avait couchée par écrit dans son auto pendant qu'il attendait le traversier sur la rive sud, et parce qu'il trouvait le temps long. » ( Louis HAMELIN. « Betsi Larousse ou l'ineffable eccéité de la loutre », p.234, Montréal, XYZ éditeur, 2002, 323p. [ première parution 1994 ]. )
- «
Et je sais que le député de Montmagny je ne sais pas si c'est l'an passé ou voilà deux ans a fait des démarches pour
prolonger la saison. L'automne dernier, je pense que le traversier a été jusqu'au 15, environ à la mi-décembre, aux alentours de
la mi-décembre. Donc, on ne lésine pas à cet effet-là. On essaie de donner le service tant que la nature nous le permet. »
( Jacques BARIL [ ministre délégué aux Transports ]. « Étude des crédits du ministère des Transports », Commission permanente des transports et de l'environnement, Journal des débats, Assemblée nationale du Québec, 11 avril 2002. )
- « Ministre fédéral pendant la Grande Guerre, c'est à lui que l'on demandera de réaliser l'impossible : faire accepter par les Canadiens-Français le principe de la conscription. Blondin [ Pierre-Édouard ] va presque y laisser la vie puisqu'un jour qu'il se trouve sur le traversier de Sainte-Angèle, il sera reconnu par des passagers qui voudront le jeter à l'eau. Enfermé dans les toilettes, il sera libéré par la police de Trois-Rivières. »
( François ROY. « Le comté de Champlain survivra-t-il ? », chronique « Voyage dans le temps », quotidien Le Nouvelliste, samedi 26 oct. 2002. )
- « L'article 2 du même règlement est modifié par adjonction, selon l'ordre alphabétique, de ce qui suit :
[...] " traversier " Navire, ou ensemble de navires, qui transporte des passagers ou des marchandises selon un horaire régulier entre des terminaux. ( ferry ) »
( « Règlement modifiant le règlement sur le pilotage dans la région du Pacifique », Loi sur le pilotage, C.P. 2003-917, Enregistrement DORS/2003-224, 12 juin 2003, dans Gazette du Canada Partie II, vol 137, no 14, Ottawa, mercredi 2 juillet 2003. )
SYNONYMIE : bac ; traverse ; bateau de passage ; bateau-passeur.
HISTORIQUE :
Dérive de traverser, issu d'un latin populaire traversare,
altération du latin classique transversare « parcourir d'un bord à l'autre ».
S'emploie en français comme adj. et nom, notamment comme terme de marine,
par exemple dans barque traversière ( 1718 ) et nef traversière ( 1607 )
( DHLF, FEW ).
Au Québec, vieilli, traversier ( 1806 ), aussi traverseux, « personne qui
s'occupait du transport des personnes, des animaux et des marchandises »,
puis ( 1829 ) adj. et nom, bateau traversier, bateau traversier à vapeur
puis, par ellipse du vocable bateau, traversier « bateau pour le transport
entre deux rives généralement étroites » ( 1877 ). Le susbtantif est
aujourd'hui d'emploi courant.
Catégorie :
- Innovation sémantique.
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-2, 9, 11, 12, 13 et 14.
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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.
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