
27 octobre 2003
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
PISSOU
PISSOU, PISSOUX ( rare ) [ pisu ] ; fém. pissouse [ pisuz ] ( rare ) : Nom et adj.
Définition :
- Fam. Péj. Lâche, peureux ; couard.
Exemples d'emploi :
a) Avec une valeur nominale
- «
Il la trouvait belle au boutte, ben à son goût, elle le regardait de
temps en temps, y'a même pas osé aller lui demander à danser. Un vrai
pissou ! » ( Inf. masc., 29 ans, Lac-à-la-Tortue, 1977, CELM. )
- «
Attention ! s'écria Fisette, [...] nous allons prendre le champ ! La
comptable, toute rouge, éclata de rire : Pissou, va ! Un peu de vitesse
fouette le sang, c'est très tonique ! » ( Yves BEAUCHEMIN. « Juliette
Pomerleau », p.274, Montréal, Éditions Québec/Amérique, 1989, 691p.,
FTLFQ. )
- « On a été élevés à ne pas faire et à ne pas dire. Les Québécois, dans le
fond, ce sont de grands gueulards, mais surtout des grands " pissous ". Je
[ Jean-Pierre FERLAND ] l'ai dit dans ma chanson et je ne reviens pas
là-dessus. » ( Le Journal de Québec, 21 mars 1992, p.3S, col.2, FTLFQ. )
- « J'allais vous parler des invitations reçues pour faire de la planche à
neige. J'ai eu la chienne quand Lise Savard, une adepte du surf, mère de
trois adolescents, m'a lancé un défi. " On ne risque que de s'amuser comme
des petites folles " écrit-elle. Elle n'était pas chez elle quand je lui ai
téléphoné pour accepter. J'ai fait... ouf ! Au fait, " pissoux ", ça fait
quoi au féminin ? » ( Ghislaine RHEAULT, Le Soleil , p.A5, 13 avril
1996. )
- « Pensons à " pissou ", par exemple, qui n'a rien à voir avec " pea
soup " ce sont plutôt les Anglais qui, en entendant cette insulte, l'ont
identifiée à " pea soup " selon la phonétique propre à la langue anglaise,
et nous l'ont resservie, croyant peut-être avoir appris leur premier mot de
français. [ ... ] À la suite de ces travaux, il ne serait
peut-être pas exagéré de dire que l'usage qui nous vient de Paris est sans
doute beaucoup plus important que celui qui nous vient de l'anglais ! » ( Gilles BLOUIN. « Si les anglicismes nous étaient comptés... », in Site web, 2002. )
- « Toutes les inquiétudes de Chris Columbus quant à la frayeur que
pourraient éprouver les enfants face à certaines scènes du film ont été
dissipées lors d'un visionnement devant 200 jeunes de Chicago. " Aucun n'a
levé la main pour dire qu'il avait eu peur. En revanche, ils l'ont tous
trouvé très excitant. " Peut-être personne n'a-t-il osé lever la main de
peur de passer pour un pissou... » ( « Harry Potter : capsules et anecdotes », Le Journal de Montréal, 12 novembre 2002. )
- « l'archevêque [sous-titre ]
En tout cas, faut donner ça au nouvel archevêque de Québec, Mgr Marc Ouellet, c'est un gars qui n'a pas
besoin de l'approbation de l'Assemblée des évêques du Québec pour aller pisser… c'est loin d'être un
pissou comme les autres... pas unanimiste pour deux
sous... » ( André PHANEUF. « Au carrefour », site Web Agena Village, Montréal, mai 2003. )
- « UN VRAI PISSOU ! [ Titre ]
Tu [ Georges Laraque ] as beau faire le dur
sur la glace mais au fond, tu n'es qu'un pissou ! Il faut être vraiment
moumoune pour avoir peur de venir jouer à Montréal. Quand on n'a pas le
courage de faire face aux journalistes et aux amateurs, on ne mérite tout
simplement pas de faire partie d'une grande organisation comme le Canadien
de Montréal. SVP, reste à
Edmonton ! » ( Le forgeron [ pseudonyme ], Opinion du lecteur, Réseau des Sports ( RDS ), site
Web. )
b) Avec une valeur adjectivale
- « Y'était ben trop pissou pour aller lui dire sa façon de penser, y
pissait dans ses culottes juste à penser à se défendre. »
( Inf. masc., 37
ans, Saint-Gérard-des-Laurentides, [ Mauricie ], 1979, CELM. )
- « Lui y'aurait eu la chienne en barnak, à ma place, le notaire. Y'est fait fort mais y'est bin pissou. Mets-en, Linel. Gros, oui,
mais... » ( Yves LEGRIS. « Lettre d'un chasseur à son guide », récit humoristique écrit en joual, 1985, version Internet nov. 1997. )
- « [...] le journaliste Normand Lester a lancé la nouvelle sur les ondes
de Radio-Canada, la fille de Loraine Lagacé ne voulait pas qu'elle entre
dans l'arène [...]. Autour d'elle, à Rimouski, les commentaires furent
parcimonieux : quelques rares " tu as bien fait " et de nombreux silences.
" Les gens sont pissous, " [...] »
( Magazine Châtelaine, p.12, nov. 1992, FTLFQ. )
- « Les gars, dit Lévesque calmement, le cassage de gueules, c'est fini
les jours d'élections.
[...] Du trottoir, un blanc-bec crie au lutteur :
Johnny ! t'es trop pissou pour sortir. Lévesque se tourne vers Rougeau et le
supplie d'un geste de rester dans la
voiture. »
( Claude FOURNIER. « René
Lévesque : portrait d'un homme seul », p.37, Montréal, Les Éditions de
l'Homme, 1993, 341p., FTLFQ. )
- « — Avez-vous fait un nouveau calendrier, pour cette production ? ( Je ne lui demande toujours pas, pissou que je
suis, où est mon
contrat ! ) » ( Carmel DUMAS. « C’est dans l’temps de la paperasse, on s’donne la main, on
s’embrasse... », billet, édition électronique de Info SARTEC ( Société des auteurs de radio, télévision et cinéma ), mars 2001. )
- « Radio-Canada agrandira
l’" information ", la propagande " sheilacopétienne ". RDI le fait... mais le
gouvernement québécois est trop " pissou " pour imiter, à Télé-Québec la
machination. » ( Claude JASMIN. « Poing comme net », bloc-notes Internet, 18 jan. 2003. )
- « Mais la palme d'or de l'hypocrisie revient d'emblée au
Bloc québécois. Un de ses députés, Mr. Paul Crête,
devait être du voyage au pays des glaces. Mais
quand on a eu vent que le coût du voyage était
dénoncé par les médias, son chef lui a ordonné de
rester ici. Que de courage et d'honnêteté, n'est-ce
pas ? Plus pissou que ça, tu
meurs ! » ( Claude CHARRON. « Le voyage d'Adrienne », chronique Mon opinion, émission Le 17 heures, TVA, 22 sept. 2003. )
SYNONYMES : pisseux, chie-en-culotte, souleureux, farouche ( PPQ ).
HISTORIQUE :
Pissou dérive du verbe pisser, à rattacher au latin populaire
pissiare « uriner » ( DHLF ). Dans les parlers du Nord-Ouest de la France,
on signale les formes pissou,-se avec l'acception de « enfant qui pisse au
lit », de même que pissoux « vieillard qui ne retient pas son urine » ( FEW
8 ). En français général populaire, pissou s'est aussi dit comme terme
d'injure envers un homme ( Nouveau dictionnaire pratique Quillet, 1974 ).
Cette dernière acception est également relevée dans les parlers de l'Ouest
de la France ( Aunis et Saintonge ) : « Pissoû, pissouse. Au fig. terme
injurieux et pris en mauvaise part quand il s'adresse à un homme » (
MussetGl ).
Pissou, attesté comme terme d'injure, est connu en québécois depuis la fin
du XVIIIe siècle, mais il remonte probablement au début du Régime français,
si on tient compte de sa vitalité en français standard populaire, de même
que dans les dialectes français du Nord-Ouest ( v. ci-haut ). Encore
vigoureux chez nous, le mot est bien signalé par nos glossairistes depuis
Dunn ( 1880 ). Pissou nom, masc., « lâche, peureux » a longtemps été
considéré comme une adaptation phonétique de l'anglais pea-soup. Il faut
cependant voir que pissou, avec la même acception, précède de beaucoup
l'appellation anglaise pea-soup. Elle est d'abord signalée, chez les
anglophones, au sens de « Canadien français », mais sans connotation
péjorative, si on en juge d'après la première attestation du mot en anglais
canadien : « We left in bark canoes early one morning, and were paddled up
to Dow's great swamp by Canadian voyageurs, hardy fellows who can accomplish
100 miles a day, on pea-soup and pork... lighten their labours with their
simple boat songs. » ( Craig Early Travellers, 1833, p.82. DictCan ). La
rencontre des deux mots, pissou « lâche » et peasoup « a French Canadian »,
sur le plan formel et phonétique, a certainement joué dans l'évolution de
pea-soup en anglais puisque sa valeur dépréciative est signalée vers 1896
( DictCan ). Pissou, comme nom, a aussi connu d'autres acceptions maintenant
sorties de l'usage actuel : « enfant qui mouille son lit » et
« protège-matelas dans un lit d'enfant » ( cp. pissoû « lange épais absorbant
l'urine », dans le Poitou, FEW ), « organe de l'étalon, du taureau et du
chien » ( cp. « organe urinaire des animaux », en Bourgogne, FEW ), « sizerin
à tête rouge » ( cp. petit oiseau gris-brun, Potier 1754, et le petit pissous
« a sort of linnet ; Fringilla linaria », EllCham L85, fév. 1894 ), « urine
et pénis d'enfant » ( cp. un pissou en Provence avec les mêmes acceptions,
FEW ). Pissou « sobriquet populaire » a aussi existé chez nous, mais
aujourd'hui il est sorti de l'usage courant. En ce qui concerne l'emploi de
pissou avec valeur adjectivale, il est postérieur à 1930.
Catégorie :
- Dialectalisme ;
- Id.
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I a)-7 et b)-2, 5, 6, 7.
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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.
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