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un bi pour le brayage du lin

« Un bi pour le brayage du lin »
Photo : coll.: Thérèse Cossette Dessureault,
tirée du CD-ROM « Exposition de photos 2001 »,
Société de généalogie de la Mauricie et des Bois-Francs.


3 novembre 2003


Capsule de chez nous
par Serge Fournier



Le mot de la semaine
BI, BEE










BI, BEE [ bi ] : Nom masc.

Définition :
  1. Travail fait en commun en vue d'aider un ami, un voisin.

    Exemples d'emploi :

    1. « Corvée. Ex. Faisons un bee pour éplucher du blé d'Inde. » ( Di, p.68, 1909. )

    2. « Courvée, prestation de travail manuel, collective, volontaire et gratuite, par plusieurs personnes qui s'entendent pour venir en aide à quelqu'un. Ex. : Faire un bi = se réunir en nombre plus ou moins considérable pour aider un ami, un voisin, etc., soit à faire ses récoltes, soit à construire un bâtiment, etc. » ( Gl, p.117, 1930. )

    3. « J'arrive en retard, on a fait un bi, moi pis la gang de frères, pour réparer tout le solage de la maison à André. » ( Inf. masc., 32 ans, Shawinigan, 1975, CELM. )

    4. « L'usine de Saint-Joseph qui avait passé au feu a été reconstruite par un bi de plusieurs centaines de personnes. » ( Maurice LORENT. « Le Parler populaire de la Beauce », p.31, Leméac, 1977, 225p. )

    5. « 5 juillet [ 1977 ] : Claude achète sa maison à St-Gérard [ -des-Laurentides ]. [ ... ] 7 août : Nous faisons un " bee " à St-Gérard pour donner un coup de main à Claude : lavage, grattage, peinture. »
      ( Réjean BONENFANT, dans « De l'Or au Diamant, chronologie familiale de la famille Alphonse Bonenfant, 1975-1985 » [ collectif ], t.2, p.215, Saint-Narcisse-de-Champlain, Éditions de la Catalogne, Coll. Le Galendor no 6, 1985, 2 tomes, 238p. au total, Archives familiales Bonenfant [ AFB ]. )

    6. « Faire un bi, se grouper en vue d'aider un ami, un voisin etc., soit à construire un bâtiment incendié, soit à faire ses récoltes, etc. » ( Bél3, p.93, 1980. )

    7. « C'est la coutume dans le rang, quand quelqu'un a besoin d'un coup de main, on fait un bi, on se rassemble, tous les cultivateurs du coin, pis on fait la job : un garage, une cuisine, même une maison. » ( Inf. masc., 39 ans, St-Casimir [ Portneuf ], 1985, CELM. )

    8. « À l'automne tard, les femmes se réunissaient, faisaient un bi, pour mettre en conserve, dans des pots Masson, les légumes pour l'hiver. On cannait aussi les confitures. » ( Inf. fém., 73 ans, La Tuque, 1988, CELM. )

    9. « Il est un travail qui exige beaucoup plus que le concours de la maisonnée pour être bien mené : celui de la construction d'une grange. Un homme seul, sa famille, son engagé, n'auraient pas assez de tout l'été pour l'accomplir. Dès lors, pour ce faire, il faut une corvée, appelée " courvée " ou " bi ". » ( Jean PROVENCHER. « Les Quatre saisons dans la vallée du Saint-Laurent », p.171, Les éditions du Boréal, 1996, 605p. )

    10. « C'est véritablement à une corvée qu'il faut nous atteler. Je dis une corvée, parce qu'il s'agit d'un effort important, mais temporaire. Chez nous, comme dans beaucoup de régions du Québec, on dit : un bi. C'est ce que nous devons faire dans l'année qui vient. » ( « Notes pour une allocution du premier ministre du Québec, M. Lucien BOUCHARD, à l'occasion du conseil national du parti Québécois », Trois-Rivières, site officiel du premier ministre du Québec, samedi 7 septembre 1996. )

    11. « " C'est comme si la Sainte Vierge et les anges avaient fait un 'BEE'... " » ( Gracia BLANCHET. « Légende de la Petite-Nation » [ conte ], revue L'Actuelle [ magazine des Cercles de fermières du Québec ], janvier 1997. )

    12. « M. le Président, nous avons convaincu les citoyens québécois de participer à une grande corvée, à un véritable bee national, où nous avons fait en sorte que le Québec puisse redresser les finances publiques. » ( Lucien BOUCHARD [ premier ministre du Québec ]. « Bilan des actions du gouvernement principalement en santé et en éducation », Journal des débats, Assemblée nationale du Québec, 19 juin 1997. )

    13. « Même Géraldine en rajoute : " Pis les gens vont se mettre ensemble pour faire des choses, faire un bee, s'entraider pour moins en arracher, parce que tout seul, on n'y arrive pas... " » ( Sylvie COUTURE. « Entrez dans l'histoire », revue Sommets [ magazine de l'Université de Sherbrooke ], vol. XV, no 2, printemps 2002. )

    14. « Je garde de vous de très bons souvenirs de toutes ces rencontres familiales, dans le parterre les dimanches après-midi à la Grand'Ligne, des épluchettes de blé d'Inde, des fêtes de Noël et du jour de l'An, des anniversaires de mariage ; sans oublier le bee du mercredi organisé par grand-maman et ses filles. » ( Gilles ROUSSEAU. « À grand-papa et grand-maman Bonenfant », dans « Une Alliance dans ses grandes lignes » [ collectif ], p.257-8, Saint-Narcisse-de-Champlain, Éditions de la Catalogne, Coll. Le Galendor, 2002, 408p., AFB. )

    SYNTAGME : faire un bi.

HISTORIQUE : Bi « prestation collective de travail... », nom masc., est emprunté à l'anglais américain bee ( 1769 ) « a meeting of neighbours to unite their labours for the benefit of one of their number : as a quittinq-b., etc. » ( OED, Deak ). Le mot est aussi attesté en anglo canadien depuis 1814 « in pionneer days especially, a neighborly gathering for various kinds of work, often followed by a party. » Il ne faudrait toutefois pas rejeter trop rapidement l'existence d'une origine française, à partir de l'ancien français bien ( bieing, biain, bian ) « sorte de corvée, à l'origine normalement d'ordre militaire ; toute corvée d'hommes ou de charrois utile au seigneur pour son approvisionnement ou l'entretien non seulement de sa forteresse, mais du domaine réservé qui l'accompagne ( 1265 ) ». Cette hypothèse trouve aussi appui par l'attestation de ces formes, avec le même sens, dans les parlers de l'Ouest, Aunis, Saintonge, Poitou ( FEW 23, 118b ).

En français québécois bi « corvée », depuis 1880, a été signalé par bon nombre de nos glossairistes. Selon Louis-Philippe Geoffrion, le mot aurait connu une acception marginale : « En certains endroits, on donne même le nom de bi au repas qui se prend en commun après le travail exécuté par corvée volontaire » ( Geoffr 119-120, 1925 ). Ce sens serait certainement emprunté à l'anglais canadien ( v. ci-haut ). Aujourd'hui, l'usage de bi « corvée » est encore généralisé dans toute la province ( PPQ, CELM ).

Catégorie :
  1. Anglicisme de maintien.



Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-5, 9, 11, 12, 13 et 14.

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Bibliographie et explication des sigles


L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.

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