

3 novembre 2003
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
BI, BEE
BI, BEE [ bi ] : Nom masc.
Définition :HISTORIQUE : Bi
- Travail fait en commun en vue d'aider un ami, un voisin.
Exemples d'emploi :
SYNTAGME : faire un bi.
- « Corvée. Ex. Faisons un bee pour éplucher du blé
d'Inde. » ( Di, p.68,1909. )
- « Courvée, prestation de travail manuel, collective, volontaire et gratuite, par plusieurs personnes qui s'entendent pour venir en aide à quelqu'un.
Ex. : Faire un bi = se réunir en nombre plus ou moins considérable pour aider un ami, un voisin, etc., soit à faire ses récoltes, soit à construire un bâtiment,etc. » ( Gl, p.117,1930. )
- « J'arrive en retard, on a fait un bi, moi pis la gang de frères, pour réparer tout le solage de la maison à
André. » ( Inf. masc., 32 ans, Shawinigan, 1975,CELM. )
- « L'usine de Saint-Joseph qui avait passé au feu a été reconstruite par un bi de plusieurs centaines de
personnes. » ( Maurice LORENT.« Le Parler populaire de laBeauce », p.31, Leméac, 1977,225p. )
- « 5 juillet [ 1977 ] : Claude achète sa maison à St-Gérard
[ -des- Laurentides ]. [ ... ] 7 août : Nous faisons un" bee " à St-Gérard pour donner un coup de main àClaude : lavage, grattage,peinture. » ( Réjean BONENFANT, dans« De l'Or au Diamant, chronologie familiale de la famille Alphonse Bonenfant, 1975-1985 » [ collectif ], t.2, p.215, Saint-Narcisse-de-Champlain, Éditions de la Catalogne, Coll. Le Galendor no 6, 1985, 2 tomes, 238p. au total, Archives familiales Bonenfant[ AFB ]. )
- « Faire un bi, se grouper en vue d'aider un ami, un voisin etc., soit à construire un bâtiment incendié, soit à faire ses récoltes,
etc. » ( Bél3, p.93,1980. )
- « C'est la coutume dans le rang, quand quelqu'un a besoin d'un coup de main, on fait un bi, on se rassemble, tous les cultivateurs du coin, pis on fait la
job : un garage, une cuisine, même unemaison. » ( Inf. masc., 39 ans, St-Casimir[ Portneuf ], 1985,CELM. )
- « À l'automne tard, les femmes se réunissaient, faisaient un bi, pour mettre en conserve, dans des pots Masson, les légumes pour l'hiver. On cannait aussi les
confitures. » ( Inf. fém., 73 ans, La Tuque, 1988,CELM. )
- « Il est un travail qui exige beaucoup plus que le concours de la maisonnée pour être bien
mené : celui de la construction d'une grange. Un homme seul, sa famille, son engagé, n'auraient pas assez de tout l'été pour l'accomplir. Dès lors, pour ce faire, il faut une corvée, appelée" courvée " ou" bi ". » ( Jean PROVENCHER.« Les Quatre saisons dans la vallée duSaint-Laurent », p.171, Les éditions du Boréal, 1996,605p. )
- « C'est véritablement à une corvée qu'il faut nous atteler. Je dis une corvée, parce qu'il s'agit d'un effort important, mais temporaire. Chez nous, comme dans beaucoup de régions du Québec, on
dit : un bi. C'est ce que nous devons faire dans l'année quivient. » ( « Notes pour une allocution du premier ministre du Québec, M. Lucien BOUCHARD, à l'occasion du conseil national du partiQuébécois », Trois-Rivières, site officiel du premier ministre du Québec, samedi 7 septembre1996. )
- « " C'est comme si la Sainte Vierge et les anges avaient fait un
'BEE'... " » ( Gracia BLANCHET.« Légende de laPetite-Nation » [ conte ], revue L'Actuelle [ magazine des Cercles de fermières du Québec ], janvier1997. )
- « M. le Président, nous avons convaincu les citoyens québécois de participer à une grande corvée, à un véritable bee national, où nous avons fait en sorte que le Québec puisse redresser les finances
publiques. » ( Lucien BOUCHARD [ premier ministre du Québec ].« Bilan des actions du gouvernement principalement en santé et enéducation », Journal des débats, Assemblée nationale du Québec, 19 juin1997. )
- « Même Géraldine en
rajoute : " Pis les gens vont se mettre ensemble pour faire des choses, faire un bee, s'entraider pour moins en arracher, parce que tout seul, on n'y arrivepas... " » ( Sylvie COUTURE.« Entrez dansl'histoire », revue Sommets [ magazine de l'Université de Sherbrooke ], vol. XV, no 2, printemps2002. )
- « Je garde de vous de très bons souvenirs de toutes ces rencontres familiales, dans le parterre les dimanches après-midi à la Grand'Ligne, des épluchettes de blé d'Inde, des fêtes de Noël et du jour de l'An, des anniversaires de
mariage ; sans oublier le bee du mercredi organisé par grand-maman et sesfilles. » ( Gilles ROUSSEAU.« À grand-papa et grand-mamanBonenfant », dans« Une Alliance dans ses grandeslignes » [ collectif ], p.257-8, Saint-Narcisse-de-Champlain, Éditions de la Catalogne, Coll. Le Galendor, 2002, 408p.,AFB. )
« prestation collective detravail... », nom masc., est emprunté à l'anglais américain bee( 1769 ) « a meeting of neighbours to unite their labours for the benefit of one of theirnumber : as a quittinq-b.,etc. » ( OED, Deak ). Le mot est aussi attesté en anglo canadien depuis 1814« in pionneer days especially, a neighborly gathering for various kinds of work, often followed by aparty. » Il ne faudrait toutefois pas rejeter trop rapidement l'existence d'une origine française, à partir de l'ancien français bien( bieing, biain,bian ) « sorte de corvée, à l'origine normalement d'ordremilitaire ; toute corvée d'hommes ou de charrois utile au seigneur pour son approvisionnement ou l'entretien non seulement de sa forteresse, mais du domaine réservé qui l'accompagne( 1265 ) ». Cette hypothèse trouve aussi appui par l'attestation de ces formes, avec le même sens, dans les parlers de l'Ouest, Aunis, Saintonge, Poitou( FEW 23,118b ).
En français québécois bi« corvée », depuis 1880, a été signalé par bon nombre de nos glossairistes. Selon Louis-Philippe Geoffrion, le mot aurait connu une acceptionmarginale : « En certains endroits, on donne même le nom de bi au repas qui se prend en commun après le travail exécuté par corvéevolontaire » ( Geoffr 119-120,1925 ). Ce sens serait certainement emprunté à l'anglais canadien( v. ci-haut ). Aujourd'hui, l'usage de bi« corvée » est encore généralisé dans toute la province( PPQ, CELM ).
Catégorie :
- Anglicisme de maintien.
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-5, 9, 11, 12, 13 et 14.
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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.