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prélart, prelat
En baby-doll, Rolande Bonenfant
passant la polisseuse sur le beau prélart incrusté.
( Photo : 1964, Archives familiales Bonenfant [ AFB ] )


10 novembre 2003


Capsule de chez nous
par Serge Fournier



Le mot de la semaine
PRÉLART












PRÉLART prélart, PRELAT prelart: Nom masc.

Définition :
  1. Fam. Revêtement imperméable pour planchers fait de toile de jute enduite d'un mélange de poudre de liège, d'huile de lin, de gomme et de résine.

    Exemples d'emploi :

    1. « À midi nous entrâmes dans le lac Long. En effet il n'est pas large, mais il mérite bien son nom, il est long, très long, surtout quand on le traverse dans toute sa longueur par une pluie battante [ ... ]. Il plut jusqu'au soir ; cependant nous n'eûmes pas trop à souffrir, nous avions un grand prélart, long de vingt-deux verges, qui couvrait en même temps nos bagages et nos personnes jusqu'au cou ; la tête se trouvait à l'abri du mauvais temps sous le parapluie ; même je mis la mienne, avec les coffres, sous le prélart, et je m'endormis bercé dans mon canot comme l'enfant dans son berceau. » ( Jean-Baptiste PROULX. « Visite pastorale de Mgr. J. Thomas Duhamel dans le haut de l'Ottawa », p.48, Montréal, Cadieux & Derome, 1885, 137p., Institut canadien de microreproductions historiques [ ICMH ]. )

    2. « L'ameublement, sans être luxueux, est convenable. [...] Par exemple, ces beaux " prélarts " que vous voyez sur les planchers, qui soupçonnerait qu'on les a faits avec de la toile à voiles, que l'on a peinte en carreaux ? » ( Victor-Alphonse HUARD ( abbé ). « Labrador et Anticosti, Journal de voyage, histoire, topographie, pêcheurs canadiens et acadiens, Indiens montagnais », p.477, Montréal, C.-O. Beauchemin & Fils, 1897, 505p., FTLFQ. )

    3. « Aujourd'hui les conditions sont changées, et le cultivateur est assuré désormais d'un marché stable et important à Montréal même. Il le devra à la " Dominion Oil Cloth Company ", qui fabrique tous les ans des millions de verges de prélart et qui vient d'installer dans son usine d'énormes pressoirs pouvant écraser 500,000 minots de graine de lin par an, et dont l'huile servira à la fabrication des prélarts, des toiles cirées, etc. » ( Arthur BUIES. « La Province de Québec », p.291, Québec, Département de l'agriculture, 1900, 352p., ICMH. )

    4. « Prélarts larges pour cuisine, salle à dîner, patrons différents à choisir, seulement 25¢, 35¢, 40¢, 50¢. » ( Le Devoir, 25 août 1910, p.2, col.2, FTLFQ. )

    5. « Votre grand'mère connaissait et très probablement employait sur ses planchers le prélart Dominion. » ( Publicité, dans « Almanach du peuple Beauchemin », 1925, p.54, Montréal, Librairie Beauchemin Limitée, AFB. )

    6. « ARTICLES DE MÉNAGE à Vendre comprenant chemin et rugs, prélarts, pupitres, chaises, patère, [...]. » ( Le Nouvelliste, 1er déc. 1930, p.9, col.3, FTLFQ. )

    7. « Samedi dernier, j'ai eu la visite de Pauline. Le contact avec sa nouvelle vie [ de servante à Westmount ] la surprenait un peu. Je l'ai conseillée de mon mieux, l'encourageant à se rendre au moins au jour de l'an. Car en réalité, c'est une bonne famille ; madame est la sœur de l'Économe du couvent de Viauville, " mais ce sont des gens Messieurs de Westmount ". Il faut s'attendre à servir lorsqu'on s'engage pour travailler. L'essentiel, c'est que c'est du bon monde, très réservés. Je pense qu'elle va bien faire cela. C'était seulement sa 4e journée, et quand une Bonne arrive, c'est entendu que les Bourgeois les suivent de plus près jusqu'à ce qu'elle ait gagné leur confiance. Elle n'a pas de misère, se lève à 7 heures moins quart, ne fait pas de gros ravages. Le linge se lave en dehors, pas de prélarts, c'est Madame qui fait la cuisine pour le moment, dit qu'elle utilise tout et ne gaspille rien. Dites à Julienne et Prime de ne pas s'inquiéter ; c'est une bonne place et je suis certaine qu'elle va se faire aimer. Elle est fine Pauline. Dimanche, pour lui faire une surprise, je lui ai écrit. » ( Lettre de Sœur Marie Irène BONENFANT, 29 novembre 1952, Outremont, dans « Le festin de deux petites sœurs » [ collectif ], p.89, Saint-Narcisse, Éditions de la Catalogne, Coll. Le Galendor n°10, 250p., 1994, AFB.)

    8. « [ ... ] on lui demandait avec un peu d'ironie si elle avait remplacé tous ses " prélarts " par des tapis... » ( Adrien THÉRIO. « Ceux du Chemin-Taché », p.112, Montréal, éd. de l'Homme, 1963, 164p., NéoClas. )

    9. « Pour l'instant [ ... ] la Vierge Marie [ ... ] l'écrase [ ... ] comme on écrabouille une souris coincée sur un prélart de cuisine ; on monte sur une chaise, on prend son élan et puis crouche ! » ( Jacques GODBOUT. « Salut Galarneau ! », p.27, Paris éd. du Seuil 1967, 155p., NéoClas. )

    10. « La maison sent bon la cire fraîchement appliquée sur le prélart du boudoir et des chambres. Marcelle frotte l'argenterie du side board [ buffet ] avec un stuff [ produit de nettoyage ] qui sent très fort et qu'elle évite de respirer. » ( Claude JASMIN. « La Petite Patrie », p.112, Montréal, éd. La Presse, 1972, 141p., NéoClas. )

    11. « Une grande maison en désordre comme chez nous. Du " prélat ", pas du tapis. » ( Clémence DESROCHERS. « J'ai des p'tites nouvelles pour vous autres », p.64, Montréal, L'Aurore, 1974, 83p., NéoClas. )

    12. « C'est comme si tout à coup, je me retrouvais dans le fournil de 1955. C'est peut-être encore plus vrai que lorsque j'avais cinq ans. [ ... ] Le soleil, jaune blanc, dessine des plaques de lumière sur le prélart de la grande table verte. » ( Claude BONENFANT. « Notre terre amande » [ collectif ], p.320, Saint-Narcisse-de-Champlain, Éditions de la Catalogne, Coll. Le Galendor n°1, 1977, 371p., AFB. )

    13. « Lorsque Anna rentra chez elle, elle éclata en sanglots. Le plancher de la cuisine avait gonflé et fait craquer le prélart. Il était jonché de détritus malodorants : brindilles de bois, boîtes de conserve rouillées, pelures d'orange, grains de maïs, corps de mulots noyés. » ( Arlette COUSTURE. « Ces enfants d'ailleurs [ T.1 ], même les oiseaux se sont tus », p.436, Saint-Hubert, Libre expression, 1992, 600p., FTLFQ. )

    14. « Laisse-là derrière toi
      la prière de ton père
      à genoux sur le prélart. »
      ( Richard DESJARDINS. « Caroline » ( chanson ), disque « Chaude était la nuit » du groupe Abbittibbi, 1994, Fukinic FUCD-5. )

    15. « Ils s'épousèrent en conséquence à la première occasion. Les jeux ne cessèrent point pour autant ; il n'y eut pas un espace de leur petite et coquette maison au bord du fleuve qui ne fût témoin de leurs ébats, de jour, de nuit, sur le prélart de la cuisine, contre le mur du débarras, dans l'escalier qui menait à l'étage, et jusque devant la fenêtre tout ouverte comme pour mieux montrer aux oiseaux leur bonheur. » ( Jean MARCEL. « Des nouvelles de Nouvelle-France : histoires galantes et coquines », p.45, Montréal, Leméac, 1994, 273p., FTLFQ. )

    SYNONYME : « linoléum » ( langue plus recherchée ).

    SYNTAGMES : « Prélart de cuisine », « prélart incrusté », « rouleau de prélart », « morceau de prélart », « ciseau à prélart », « couteau à prélart » ( PPQ, CELM ).

    EXPRESSIONS : Dans le préla(r)t « à fond ( en parlant du pied sur la pédale de l'accélérateur, rapidement » ; rentrer dans la prélart « vouloir disparaître de honte » ; s'enfarger dans les fleurs du prélart ou dans les lignes du prélart « faire un faux pas, au fig. buter sur certains mots en parlant, s'exprimer avec maladresse » ( Dictionnaire du français québécois, Volume de présentation, sous la direction de Claude Poirier ).

HISTORIQUE : Prélart, d'origine obscure, pourrait constituer, selon Pierre Guiraud, un simple dérivé du verbe prêler « récurer, frotter, polir avec la tige noueuse de la prêle » ( DHLF ). Le substantif, relevé en français ( depuis 1670 ) avec le sens de « grosse toile imperméabilisée servant à protéger les marchandises », appartenait surtout à la langue des marins ( Robert 2002 ).

L'acception québécoise ( 1681 ) devient, dans ces conditions, un clair glissement de sens puisqu'elle participe du même sémantisme de base qui met en œuvre l'idée de matériel servant normalement, chez nous, à la protection des écoutilles et des ponts de bateaux. De nos jours, le mot est encore d'emploi fréquent sur l'ensemble du territoire de la province ( PPQ ). Pour sa part, la forme prelat a vécu en français ( 1678 ) et dans plusieurs parlers de France ( Nantes, Saintonge ) ( FEW ). Cette variante est expliquée par une attraction paronymique avec le vocable prélat « dignitaire ecclésiastique » ( Robert ). Aujourd'hui, cette forme ne se retrouve presque plus chez nous.

Catégorie :
  1. Innovation sémantique.



Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-5, 7, 12 et 14.

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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.

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