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Promenade le long d'une corde de bois de 4 pieds
Vers 1982. Votre webmestre, Guy Rivard, promène sa nièce Laurence le long d'une corde de pitounes sur les terres familiales à Lac-aux-Sables.


1er décembre 2003


Capsule de chez nous
par Serge Fournier



Le mot de la semaine
CORDE ( DE BOIS )








CORDE ( DE BOIS ) corde de bois: Nom fém.

Définition :
  1. Amas ou rangement symétrique de bois débité, spécialement pour le chauffage, d'environ quatre pieds de haut sur huit pieds de long.

    Exemples d'emploi :

    1. « Cette année on commença a vendre le bois et celuy qui le fournissoit par les maisons en auroit 30 s. de la corde [...] » ( Jérôme LALEMAND, in THWAITES, « Relations des Jésuites », vol. 27, p.102, Québec, sept., déc., 1645. )

    2. « 4 corde boy que j'é mené » ; « plus une challoupe de 5 cord[es] » ; « 5 corde boy mené a monsieur De Lachevr [...] » ( Pierre Simon dit DELORME. « Le Livre de comptes », fin du XVIIe - début du XVIIIe siècle, in JunPMeun. )

    3. « LE GRAND TREMBLEMENT DE TERRE DE 1791 [ Titre ]
      On sait que les montagnes de la côte du nord du fleuve, entre la Malbaie et la Baie-Saint-Paul, éprouvent des frémissements qui se font sentir jusque sur la rive sud [...]. La première secousse de ce tremblement de terre se fit sentir vers les huit heures du soir, la veille de la fête de Notre-Dame des Avents, en l'année 1791. Notre famille jouait aux cartes avec deux voisins, venus passer la veillée avec nous. Cette première secousse fut telle qu'une corde de bois, entrée dans la maison par précaution, fut culbutée de fond en comble ; [...] » ( Alexis MAILLOUX. « Histoire de l'Ile-aux-Coudres : depuis son établissement jusqu'à nos jours, avec ses traditions, ses légendes, ses coutumes », p.26, Montréal, sans nom, 1879, 94p., Institut canadien de microreproductions historiques [ ICMH ]. )

    4. « Son frère Louis, plus jeune et un peu moins fort que lui [ Jos Montferrand ], l'accompagna dans bien des courses. [...] On raconte de Louis qu'il bûchait cinq cordes de bois, durant une courte journée d'hiver et les cordait avant l'arrivée de la nuit. » ( Benjamin SULTE. « Histoire de Montferrand, l'athlète canadien », p.15, Montréal, J.-B. Camyré, 1884, 51p., ICMH. )

    5. « Le couvent fut donc ouvert en 1825. Le prix de la pension était alors de huit francs et un minot de blé par mois ; et de plus une corde de bois par année. » ( Stanislas-Albert MOREAU. « Précis de l'histoire de la seigneurie, de la paroisse, et du comté de Berthier, P.Q., Canada », p.86, Berthier, Québec, sans nom, 1889, 123 p., ICMH. )

    6. « Et Dominique parcourait les rues, en brandissant ce fanion d'un nouveau genre, chantant des cantiques et prêchant ce qu'il appelait la " Croisade du Jugement ". [...] Quelquefois il montait sur un perron, sur une corde de bois, sur un traîneau renversé, sur n'importe quoi, et alors, il devenait d'une éloquence entraînante. » ( Louis FRÉCHETTE. « Originaux et détraqués : douze types québecquois, Oneille, Grelot, Drapeau... », p.272, Montréal, L. Patenaude, 1892, 363p., ICMH. )

    7. « À Chicoutimi, le bois de pulpe ne revient qu'à $2.50 ( 12 fr. 50 ) la corde, et une corde de bois de 8 x 4 pieds ( 3 m. 50 cubes ) donne une tonne de pulpe sèche. Nous parlons de l'épinette noire, qui abonde en cette contrée. Le sapin n'entre guère qu'à raison de 10 ou 12 pour cent dans la fabrication locale ; il en faut une corde et un dixième pour faire une tonne de pulpe, et d'ailleurs, cet arbre contient trop de gomme. » ( Arthur BUIES. « La province de Québec », p.214, Québec, Département de l'agriculture, 1900, 367 p., ICMH. )

    8. « On a une fendeuse à bûches, ça va nous donner un coup de main, mais il reste qu'on a quand même 7 cordes à faire. » ( Inf. masc., 46 ans, St-Casimir [ Portneuf ], 1978, CELM. )

    9. « [...] était-ce en 1955, quel âge avions-nous? cela importe peu.
      Pour toi comme pour moi, c'était l'événement de la scie-ronde qui s'installait pour toute une journée. Nous la regardions de loin, elle roulait vite ; elle criait des cris brefs et percutants, quand elle mordait le bois. C'était une musique scandée, doublée du bruit d'une bûche qui allait rejoindre le tas, le bruit de morceaux plus petits lancés à bout de bras. Et le tas augmentait. Cela voulait dire qu'il faudrait bientôt corder tous ces morceaux. Près de la clôture, les cordes se multipliaient, allongeaient. Le cycle du bois avait aussi d'autres exigences. Nous y avons travaillé ensemble pendant un temps. Puis séparément. C'était l'été, les abris vides ou la cave nous commandaient de les emplir. À ras bord. Cela voulait dire que la brouette et la charrette n'allaient pas dérougir pendant quelques semaines. Nous l'avons fait ensemble, puis séparément. C'était l'hiver, et la cheminée fumait beaucoup. À la brunante, la noirceur venait vite, nous faisions le dos rond au traîneau, des " voyages de paresseux ", parce qu'il faisait froid. La cabane pleine nous prenions souvent de l'avance en rangeant une corde sur le perron. Et le cycle du bois continuait. Il fallait aussi, le soir, le reprendre sur nos bras protégés par nul [ sic ] étoffe au risque des marques sur l'avant-bras et le porter jusqu'au poêle ou le corder dans une boîte qu'on traînait jusqu'à la petite fournaise. Tu as fait toutes ces tâches. Moi aussi. D'autres aussi. Le bois n'arrivait pas par miracle derrière la grange. » ( Yvon BONENFANT. Témoignage dans « L'Oiseau migrateur [ à la mémoire de Gilles Bonenfant 1949-1972 ] » [ collectif ], p.44, éditions de la Catalogne, Coll. Le Galendor #3, Saint-Narcisse, 100p. 1978, Archives familiales Bonenfant [ AFB ]. )

    10. « 10 décembre [ 1984 ]
      Philippe a fini de faire le ménage dans notre boisé de ferme. Il a récolté le bois sec et le bois cassé en perdition. Ça a donné cinq cordes de quatre pieds. Ca va contribuer à payer les taxes municipales qui montent chaque année. Il nous a apporté un arbre de Noël. » ( Alphonse BONENFANT. Extrait de son journal personnel, dans « Les semailles et les moissons », p.104, éditions de la Catalogne, Coll. Le Galendor #7, Saint-Narcisse, 115p., 1985, AFB. )

    11. « La traîne à bâtons était étroite, et frayait un chemin de trente à trente-deux pouces de largeur. [...] Elle contenait juste une demi-corde de bois endedans [ sic ] des bâtons, reliées deux-à-deux aussi par des " hariers " de frêne, pour empêcher l'écartement. » ( Jean PROVENCHER. « C'était l'hiver : la vie rurale traditionnelle dans la vallée du Saint-Laurent », p.178, Montréal, Les Éditions du Boréal Express, 1986, 279p. [ Coll. Histoire populaire du Québec, 12 ], FTLFQ. )

    12. « Lors de la tempête de verglas, en 1998, je pense, on a vendu des cordes de bois à la tonne. On allait livrer le bois dans des immenses trucks [ = camions ], pis on versait tous ces tas de bois dans les cours, les entrées de garage [...]. » ( Inf. masc., 26 ans, Varennes, 2002, CELM. )

    SYNONYMES : corde de chauffage, une cordée, une pile de bois, corde de bois de chauffage, corde de bois de poêle, corde de bois de fournaise, corde de bois de feu, corde de bois de corde, tas de bois, corde de bois débité, corde de bois non débité, corde de bois de trois pieds, bois de cabane à sucre, bois à feu ( PPQ ); corde de pitounes [ voir ce mot à la fenêtre Lexique québécois ], cord(e)rie ( Lac-aux-Sables, Mauricie ), cordelle ( Saint-Grégoire, Centre-du-Québec ).

    DÉRIVÉS : corder, cordage « action de corder », cordeux « celui qui corde le bois ».

    REMARQUES :
    1. cp. bois de corde « bois qu'on entasse pour le chauffage » ( 3,624 stères ). ( V. à ce sujet bois de corde in MassÎG ).

    2. Pour les bûcherons, une vraie corde de bois mesure 8 pieds de long par 4 de hauteur par 4 pieds de profondeur [ voir photo en haut de page ]. Cette longueur de 4 pieds peut ensuite être divisée par 2 et donner 2 cordes de bois de foyer de 2 pieds de long, ou par 3 et donner 3 cordes de bois de chauffage de 15-16 pouces ou même par 4 pour du petit bois de poêle de 12 pouces.

HISTORIQUE : Corde, nom fém., est une francisation ( v.1130 ) de corda ( v.980 ), emprunté au latin chorda, lui-même du grec khordè, au sing. « saucisse, boudin » et au plur. « intestins ». Corde ( de bois ) est employé techniquement par certaines professions, ainsi les bûcherons pour la mesure d'un volume régulier de bois ( 1350, surtout en région liégeoise ) ( DHLF ). Corde de bois « mesure ancienne utilisée principalement pour le bois de chauffage, et qui valait environ 4 stères » est français de Widerhold 1669 à Miege 1688. Encore attesté en français de référence, mais fréquemment avec la mention « anciennement » ( Lexis ). Le mot, en perte de vitalité, ne s'emploie presque plus en France ( AugFor, vol.1, 320 ). Corde de bois est cependant encore relevé dans de nombreux parlers de France, principalement dans l'Ouest, le Centre et le Nord-Est ( FEW 2, 649a ).

Au Québec, corde ( de bois ) « amas de bois » est attesté depuis 1645 ( Thwaites, « Relations des Jésuites », v.27, p.102, Jérôme Lalemand ). Le mot est amplement relevé depuis l'ancien québécois et est encore bien vivant ( JunPMeun 117 ).

En Acadie pilot « tas de bois » ( MassAcad ).

Catégorie :
  1. Archaïsme et dialectalisme.



Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens, la collecte des exemples I-9 et 10 et pour la remarque 2.

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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.

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