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Prendre un p'tit coup, c'est agréable !
1981. Co-metteurs en scène de l'adaptation du roman Le Dieu des mouches de Frédérick Tristan pour le Théâtre de Face, Renée Houle et Claude Bonenfant ne répétaient-ils pas plutôt la chanson populaire Prendre un p'tit coup ?


22 décembre 2003
Mise à jour : 7 janvier 2004

Capsule de chez nous
par Serge Fournier



Le mot de la semaine
COUP
( Prendre un ˜ )





COUP ( PRENDRE UN ˜ ) prendre un coup : Locution verbale.

Définitions :
  1. Fam. Absorber une boisson alcoolisée, souvent jusqu'à l'état d'ivresse.

    Exemples d'emploi :

    1. « La perte seule que nous avions faite de nôtre eau-de-vie, nous donna un peu de chagrin ; car quelque précaution que l'on eût prise de bien gommer le petit baril d'ecorce, il s'y trouva encore quelque petite ouverture, par laquelle l'eau-de-vie s'étoit écoulée en chemin faisant, sans que pas un de nous en eût connaissance, que lorsque l'on en voulut prendre un coup aprés [ sic ] le repas. Il n'en restoit plus que tres - peu : elle fut aussi distribuée sur le champ, pour nous consoler de cette disgrace, & mettre le reste hors de danger de se perdre. » ( Chrestien LE CLERCQ. « Nouvelle relation de la Gaspésie : qui contient les mœurs & la religion des sauvages gaspésiens Porte-Croix, adorateurs du soleil, & d'autres peuples de l'Amérique septentrionale, dite le Canada : dédiée a Madame la princesse d'Épinoy », pp.209-210, Paris, Chez Amable Auroy, 1691 [ la citation date d'une relation de voyage de 1677 ], 572p., Institut canadien de microreproductions historiques [ ICMH ]. )

    2. « Si les ordres que vous avez toujours donné pour que les Sauvages ne s'enyvrent dans les postes [ de traite de fourrures ] sont exécutés, je conçois qu'il ne s'y commettra point d'abûs. Ce n'est point un coup d'eau de vie donné aux Sauvages qu'on a prétendu deffendre par cy devant ; mais seulement la traite d'eau de vie en bouteilles et en barils qu'on leur donne à emporter avec eux. » ( Mgr Henri-Marie Dubreuil de PONTBRIAND [ évêque de Québec ]. Lettre manuscrite, Québec, 22 août 1742, Centre des archives d'outre-mer [ France ], COL C11A 78/fol.407-409, site Internet Archives Canada-France. )

    3. « Le restaurant était rempli de monde. Six heures allaient sonner, et les gens entraient prendre le coup d'appétit.
      Le coup d'appétit ! terme élastique qui comprend depuis le petit verre de liqueur que les anciens savouraient jusqu'au grand verre d'eau-de-vie que les familiers des hôtels enveloppent à moitié d'une main discrète, en le vidant. »
      ( Hector FABRE. « La chasse aux dots » dans « Chroniques », p.241, Québec, Imprimerie de L'Événement, 1877, 265p., ICMH. )

    4. « – Il y a encore de l'eau bénite !
      – Allons, viens prendre un coup !
      – À ta santé.
      C'est de mode, dans les campagnes, d'arroser toute bonne nouvelle d'une ou de deux bouteilles de whiskey. D'ailleurs la circonstance était exceptionnelle. Le départ de l'hérétique soulageait d'un immense fardeau. » ( Joseph PROVOST. « La maison du coteau : nouvelle canadienne », p.55, Montréal, L.E. Rivard, 1881, 99p., ICMH. )

    5. « On chante des chansons du bon vieux temps, alors que les Canayens n'étaient pas des fous, qu'ils aimaient à prendre un coup :
      Encore un petit coup de piton
      Que ça me r'mette, que ça me r'mette,
      Encore un petit coup de piton
      Que ça me r'mette sur le ton. »
      ( Jean-Baptiste PROULX. « Le mal du jour de l'an, ou, Scènes de la vie écolière », p.38, Montréal, Beauchemin & Valois, 1882, 54p., ICMH. )

    6. « LE GEND. CARON ( il prend un coup à même de la bouteille ).
      – Ah ! sacré que c'est bon ! un petit coup, c'est doux !
      [ ... ]
      Encore un petit coup de piton, pour nous remettre à la raison ( bis ). »
      ( Elzéar PAQUIN. « Riel : tragédie en quatre actes » [ théâtre ], p.94, Montréal, C.O. Beauchemin, v.1886, 143p., ICMH. )

    7. « Un des voyageurs se mit à chantonne : Les Canadiens sont pas des fous. Partiront pas sans prendre un coup.
      – Pas de ça ! dit Boisvert avec vivacité. Si seulement mes sauvages sentent l'odeur du rhum, il faudra leur en donner ; alors ce sera la bataille, et je ne réponds plus de rien. »
      ( Ernest GAGNON. « Pages choisies », p.153, Québec, J.-P. Garneau Librairie-Éditeur, 1917, 338p., FTLFQ. )

    8. « Y fess'nt la boule à grands coups d'canne
      Tant qu'a tomb' pas au fond d'un trou.
      Quand ça va mal ben i' s'chicanent,
      Quand ça va ben, i' prenn'nt un " coup ". »
      ( Émile CODERRE alias Jean NARRACHE. « Le jeu de golf » dans « Quand j'parl' tout seul », p.60, Éditions Albert Lévesque, Montréal, 1933 [ édition originale, 1932 ], 130p. )

    9. « Les hommes continuent à prendre un coup, on dîne, tout allait très bien, on avait du fun tout ensemble. On finit de courir les érables assez tôt. Et quand i'est venu vers trois heures et demie, la partie de fun était pas finie. Le monde commençait à être réchauffé un peu. » ( Archives de Folklore, coll. Gagné 241, St-Joseph, Beauce, oct. 1971, FTLFQ. )

    10. « Suzanne, qu'est-ce que tu faisais ? On t'a cherchée partout. Arrive, on s'en va prendre un coup à Sorel. Arrive, on va accoster et on veut être les premiers à débarquer. » ( Claude JASMIN. « La Corde au cou », p.143, Montréal, éd. Le Cercle du livre de France, 1974, 163p., NéoClas. )

    11. « On est parti après le spectacle, on s'est arrêté dans une bonne vieille taverne [ Voir ce mot à la fenêtre Lexique québécois ] et on a pris un coup, pas trop, juste assez. » ( Inf. masc. 29 ans, Shawinigan, 1982, CELM. )

    12. « On a pris un coup une bonne partie de la nuit, ça fait qu'on était pas ben, ben d'équerre [ de bonne humeur ] le lendemain matin. » ( Inf. masc., 29 ans, Shawinigan, 1986, CELM. )

    13. « [...] et qui avaient autre chose à faire que de montrer leur physique ( quand même habilement suggéré par des débardeurs échancrés et des pantalons ou des shorts moulés au bon endroit ) et, côté femme, dans ce que j'ai toujours appelé " la sœur compréhensive " ou la lesbienne elle aussi d'un certain âge qui aime prendre un coup avec les gars. » ( Michel TREMBLAY. « Le Cœur éclaté », p.226, Montréal, Leméac, 1993, 311p., FTLFQ. )

    14. « Dan Bigras aura attendu longtemps avant de devenir père. " J'ai cessé toute consommation de drogues et l'an dernier, j'ai arrêté de prendre un coup. Les bars, je peux y chanter mais je ne suis plus capable d'y rester. Je ne m'y amuse plus. Je suis maintenant plus porté sur la vie de famille avec ma blonde [ Voir ce mot à la fenêtre Lexique québécois ], à la maison. Il fallait que j'arrive à cette station avant d'avoir des enfants. » ( Échos Vedettes, p.3, 21 au 27 janv., 1995, FTLFQ. )

    15. « Au cœur du village, l'activité bourdonne et les " p'tites filles " Rivard se relayent aux besognes. Elles se courent de la cuisine aux tables où s'attroupent les jeunesses pour se conter fleurette, pour se réchauffer entre deux périodes de hockey, voire prendre un p'tit coup dans le dos de madame Sando. » ( Guy RIVARD. « Pepére et memére Sando », dans « Lac-aux-Sables Témoin de notre passé 1897-1997 » [collectif], p.443, Lac-aux-Sables, 1997, Société d'histoire de Lac-aux-Sables et d'Hervey-Jonction, 490p. )

    SYNONYMES : prendre une brosse, prendre une shot, prendre une balloune, partir sur une balloune, en prendre une maudite, en prendre toute une, prendre une fripe, prendre une cuite, prendre un verre de trop, prendre une quioune, prendre une ride, prendre une frime, prendre un spello, prendre un petit plongeon, prendre de la boisson, se rincer le dalot, se paqueter la fraise, se mettre chaud, se jeter un verre en arrière de la cravate, tanker, partir pour la gloire, partir sur la ripompette, partir sur une go, etc.

    REMARQUE : La chanson folklorique Prendre un p'tit coup témoigne assez de la vitalité de la locution en pays québécois. [ NDLR : Dans son livre « 350 Chansons d'hier et d'aujourd'hui » ( Publications Proteau, Montréal, 1992 ), Philippe LAFRAMBOISE note en exergue en page 288 à propos de Prendre un p'tit coup : « Sans nul doute, la plus populaire de toutes les " chansons-à-boire ". En France d'où elle origine ( sic ), l'air n'est pas le même que celui que nos aïeux ont vraisemblablement inventé. » ]

HISTORIQUE : Coup, nom masc., aboutissement ( 1268 ) de colp ( v.881 ), cop et col, est issu du bas latin colpus, l'une des formes populaires ( avec colopus ) de la forme écrite colaphus « taloche, coup de poing ». Ce dernier est la transcription savante du grec, de même sens, kolaphos ( DHLF, FEW ). En français général coup, avec une acception très restreinte, signifie couramment, depuis 1375, « quantité de liquide que l'on boit en une fois ». Il entre alors dans des expressions du type boire un coup, payer, [ prendre ] un petit coup, un coup de rouge, etc. Coup « quantité que l'on boit en une fois » se retrouve dans les parlers français, notamment dans le Poitou et dans le Maine, de même qu'en Belgique ( FEW ).

Au Québec, prendre un coup « s'enivrer » est signalée dès le XVIIe siècle ( 1691 ). La locution dérive du français aller prendre un verre, aller prendre un coup ( v. ci-haut ). À partir de cette notion confusément temporelle – un verre qu'on prend – la locution connaît chez nous une importante extension sémantique « boire un verre, plusieurs verres, d'une boisson alcoolisée jusqu'à s'enivrer ». Le syntagme, encore vigoureux aujourd'hui, est bien signalé par nos glossairistes à partir de Dionne ( Di,1909 ).

Catégorie :
  1. Innovation sémantique.



Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-1, 2, 3, 5, 6, 8 et 15.

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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.

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