

22 décembre 2003
Mise à jour : 7 janvier 2004
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
COUP( Prendre un )
COUP ( PRENDRE UN )Locution verbale. :
Définitions :HISTORIQUE : Coup, nom masc., aboutissement
- Fam. Absorber une boisson alcoolisée, souvent jusqu'à l'état d'ivresse.
Exemples d'emploi :
SYNONYMES : prendre une brosse, prendre une shot, prendre une balloune, partir sur une balloune, en prendre une maudite, en prendre toute une, prendre une fripe, prendre une cuite, prendre un verre de trop, prendre une quioune, prendre une ride, prendre une frime, prendre un spello, prendre un petit plongeon, prendre de la boisson, se rincer le dalot, se paqueter la fraise, se mettre chaud, se jeter un verre en arrière de la cravate, tanker, partir pour la gloire, partir sur la ripompette, partir sur une go, etc.
- « La perte seule que nous avions faite de nôtre eau-de-vie, nous donna un peu de
chagrin ; car quelque précaution que l'on eût prise de bien gommer le petit baril d'ecorce, il s'y trouva encore quelque petite ouverture, par laquelle l'eau-de-vie s'étoit écoulée en chemin faisant, sans que pas un de nous en eût connaissance, que lorsque l'on en voulut prendre un coup aprés[ sic ] le repas. Il n'en restoit plus que tres -peu : elle fut aussi distribuée sur le champ, pour nous consoler de cette disgrace, & mettre le reste hors de danger de seperdre. » ( Chrestien LE CLERCQ.« Nouvelle relation de laGaspésie : qui contient les murs & la religion des sauvages gaspésiens Porte-Croix, adorateurs du soleil, & d'autres peuples de l'Amérique septentrionale, dite leCanada : dédiée a Madame la princessed'Épinoy », pp.209-210, Paris, Chez Amable Auroy, 1691[ la citation date d'une relation de voyage de1677 ], 572p., Institut canadien de microreproductions historiques[ ICMH ]. )
- « Si les ordres que vous avez toujours donné pour que les Sauvages ne s'enyvrent dans les postes
[ de traite defourrures ] sont exécutés, je conçois qu'il ne s'y commettra point d'abûs. Ce n'est point un coup d'eau de vie donné aux Sauvages qu'on a prétendu deffendre par cydevant ; mais seulement la traite d'eau de vie en bouteilles et en barils qu'on leur donne à emporter aveceux. » ( Mgr Henri-Marie Dubreuil de PONTBRIAND[ évêque deQuébec ]. Lettre manuscrite, Québec, 22 août 1742, Centre des archives d'outre-mer[ France ], COL C11A 78/fol.407-409, site Internet ArchivesCanada-France. )
- « Le restaurant était rempli de monde. Six heures allaient sonner, et les gens entraient prendre le coup d'appétit.
Le coupd'appétit ! terme élastique qui comprend depuis le petit verre de liqueur que les anciens savouraient jusqu'au grand verre d'eau-de-vie que les familiers des hôtels enveloppent à moitié d'une main discrète, en levidant. »
( Hector FABRE.« La chasse auxdots » dans« Chroniques », p.241, Québec, Imprimerie de L'Événement, 1877, 265p.,ICMH. )
- « Il y a encore de l'eau
bénite !
Allons, viens prendre uncoup !
À ta santé.
C'est de mode, dans les campagnes, d'arroser toute bonne nouvelle d'une ou de deux bouteilles de whiskey. D'ailleurs la circonstance était exceptionnelle. Le départ de l'hérétique soulageait d'un immensefardeau. » ( Joseph PROVOST.« La maison ducoteau : nouvellecanadienne », p.55, Montréal, L.E. Rivard, 1881, 99p.,ICMH. )
- « On chante des chansons du bon vieux temps, alors que les Canayens n'étaient pas des fous, qu'ils aimaient à prendre un
coup : Encore un petit coup de piton
Que ça me r'mette, que ça me r'mette,
Encore un petit coup de piton
Que ça me r'mette sur leton. » ( Jean-Baptiste PROULX.« Le mal du jour de l'an, ou, Scènes de la vieécolière », p.38, Montréal, Beauchemin & Valois, 1882, 54p.,ICMH. )
- « LE GEND. CARON
( il prend un coup à même de labouteille ).
Ah ! sacré que c'est bon ! un petit coup, c'est doux !
[ ... ]
Encore un petit coup de piton, pour nous remettre à la raison( bis ). »
( Elzéar PAQUIN.« Riel : tragédie en quatreactes » [ théâtre ], p.94, Montréal, C.O. Beauchemin, v.1886, 143p.,ICMH. )
- « Un des voyageurs se mit à
chantonne : Les Canadiens sont pas des fous. Partiront pas sans prendre un coup.
Pas deça ! dit Boisvert avec vivacité. Si seulement mes sauvages sentent l'odeur du rhum, il faudra leur endonner ; alors ce sera la bataille, et je ne réponds plus derien. »
( Ernest GAGNON.« Pages choisies », p.153, Québec, J.-P. Garneau Librairie-Éditeur, 1917, 338p.,FTLFQ. )
- « Y fess'nt la boule à grands coups d'canne
Tant qu'a tomb' pas au fond d'un trou.
Quand ça va mal ben i' s'chicanent,
Quand ça va ben, i' prenn'nt un" coup ". »
( Émile CODERRE alias Jean NARRACHE.« Le jeu degolf » dans« Quand j'parl' toutseul », p.60, Éditions Albert Lévesque, Montréal, 1933[ édition originale,1932 ], 130p. )
- « Les hommes continuent à prendre un coup, on dîne, tout allait très bien, on avait du fun tout ensemble. On finit de courir les érables assez tôt. Et quand i'est venu vers trois heures et demie, la partie de fun était pas finie. Le monde commençait à être réchauffé un
peu. » ( Archives de Folklore, coll. Gagné 241, St-Joseph, Beauce, oct. 1971,FTLFQ. )
- « Suzanne, qu'est-ce que tu
faisais ? On t'a cherchée partout. Arrive, on s'en va prendre un coup à Sorel. Arrive, on va accoster et on veut être les premiers àdébarquer. » ( Claude JASMIN.« La Corde aucou », p.143, Montréal, éd. Le Cercle du livre de France, 1974, 163p.,NéoClas. )
- « On est parti après le spectacle, on s'est arrêté dans une bonne vieille taverne
[ Voir ce mot à la fenêtre Lexiquequébécois ] et on a pris un coup, pas trop, justeassez. » ( Inf. masc. 29 ans, Shawinigan, 1982,CELM. )
- « On a pris un coup une bonne partie de la nuit, ça fait qu'on était pas ben, ben d'équerre
[ de bonnehumeur ] le lendemainmatin. » ( Inf. masc., 29 ans, Shawinigan, 1986,CELM. )
- « [...] et qui avaient autre chose à faire que de montrer leur physique
( quand même habilement suggéré par des débardeurs échancrés et des pantalons ou des shorts moulés au bonendroit ) et, côté femme, dans ce que j'ai toujours appelé" la surcompréhensive " ou la lesbienne elle aussi d'un certain âge qui aime prendre un coup avec lesgars. » ( Michel TREMBLAY.« Le Curéclaté », p.226, Montréal, Leméac, 1993, 311p.,FTLFQ. )
- « Dan Bigras aura attendu longtemps avant de devenir père.
" J'ai cessé toute consommation de drogues et l'an dernier, j'ai arrêté de prendre un coup. Les bars, je peux y chanter mais je ne suis plus capable d'y rester. Je ne m'y amuse plus. Je suis maintenant plus porté sur la vie de famille avec ma blonde[ Voir ce mot à la fenêtre Lexiquequébécois ], à la maison. Il fallait que j'arrive à cette station avant d'avoir desenfants. » ( Échos Vedettes, p.3, 21 au 27 janv., 1995,FTLFQ. )
- « Au cur du village, l'activité bourdonne et les
" p'tites filles " Rivard se relayent aux besognes. Elles se courent de la cuisine aux tables où s'attroupent les jeunesses pour se conter fleurette, pour se réchauffer entre deux périodes de hockey, voire prendre un p'tit coup dans le dos de madameSando. » ( Guy RIVARD.« Pepére et meméreSando », dans« Lac-aux-Sables Témoin de notre passé1897-1997 » [collectif], p.443, Lac-aux-Sables, 1997, Société d'histoire de Lac-aux-Sables et d'Hervey-Jonction,490p. )
REMARQUE : La chanson folklorique Prendre un p'tit coup témoigne assez de la vitalité de la locution en pays québécois.[ NDLR : Dans son livre« 350 Chansons d'hier etd'aujourd'hui » ( Publications Proteau, Montréal,1992 ) , Philippe LAFRAMBOISE note en exergue en page 288 à propos de Prendre un p'titcoup : « Sans nul doute, la plus populaire de toutes les" chansons-à-boire ". En France d'où elle origine( sic ), l'air n'est pas le même que celui que nos aïeux ont vraisemblablementinventé. » ]
( 1268 ) de colp( v.881 ), cop et col, est issu du bas latin colpus, l'une des formes populaires( avec colopus ) de la forme écrite colaphus« taloche, coup depoing ». Ce dernier est la transcription savante du grec, de même sens, kolaphos( DHLF, FEW ). En français général coup, avec une acception très restreinte, signifie couramment, depuis 1375,« quantité de liquide que l'on boit en unefois ». Il entre alors dans des expressions du type boire un coup, payer,[ prendre ] un petit coup, un coup de rouge, etc. Coup« quantité que l'on boit en unefois » se retrouve dans les parlers français, notamment dans le Poitou et dans le Maine, de même qu'en Belgique( FEW ).
Au Québec, prendre un coup« s'enivrer » est signalée dès le XVIIe siècle( 1691 ). La locution dérive du français aller prendre un verre, aller prendre un coup( v. ci-haut ). À partir de cette notion confusément temporelle un verre qu'onprend la locution connaît chez nous une importante extension sémantique« boire un verre, plusieurs verres, d'une boisson alcoolisée jusqu'às'enivrer ». Le syntagme, encore vigoureux aujourd'hui, est bien signalé par nos glossairistes à partir de Dionne( Di,1909 ).
Catégorie :
- Innovation sémantique.
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-1, 2, 3, 5, 6, 8 et 15.
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vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.