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Le poète Guy Marchamps jouant du ruine-babines
Trois-Rivières, 1990. Le poète Guy MARCHAMPS –aussi musicien– aime s'accompagner de son ruine-babines lors de lectures publiques, comme ici au Zénob ( la photo est une gracieuseté du propriétaire de ce café-bar réputé, Jean LAFRENIÈRE ).


13 janvier 2004


Capsule de chez nous
par Serge Fournier



Le mot de la semaine
RUINE-BABINES










RUINE-BABINES ruine-babines : Nom fém., emploi fréquent au masc.

Définitions :
  1. Fam. Petit harmonica ( à bouche ).

    Exemples d'emploi :

    1. « – [ ... ] La seule vraie musique dont puisse s'enorgueillir notre espèce, la plus expressive de toutes, est dans la voix humaine. [ ... ] Le bois et le métal, même sous la main d'un maître, sonnent creux à côté d'elle. [ ... ]
      – Ingrat ! Rappelle-toi l'heureuse époque où, moins intraitable qu'aujourd'hui, tu faisais tes délices du ruine-babines ! »
      ( Albert LOZEAU. « Mauvaise humeur », in « Billets du soir », pp.32-33, Montréal, 1911, Imprimerie du Devoir, 125p. [ ces textes furent d'abord publiés dans le journal Le Devoir ], Bibliothèque nationale du Québec. )

    2. « Joson : – J'vas dire, c'est pas que ça soit aussi extra que le ruine-babine pour ce qui est de jouer " La p'tite Jonquinoise ", mais pour la danse, j'connais rien pour accoter un balai, aussi bien à l'opéra que dans la cuisine ! » ( Albéric BOURGEOIS. « Voyage autour du monde de Joson et Josette » [ radio ], 1936, série 28, bob. 1, p.2, FTLFQ. )

    3. « PIER : Quessé que t'as dans ce paquet-là, Eusèbe ?
      EUS : Ma brosse à dents.
      PIER : Pis ensuite ?
      EUS : Ma ruine-babine.
      PIER : Pis ensuite ?
      EUS : Une sandwich. »
      ( Jean LAFOREST. « Pierrot Latulipe » [ radio ], 23 févr. 1945, série 21, bob. 23, no 64, p.14, FTLFQ. )

    4. « Mais on chantait, on zigonnait du violon, on jouait aussi de ce bizarre instrument qui s'appelle de différents noms : harmonica, rabot de gueule, ruine-babines, musique à bouche. » ( OLINA [ pseud. de Olivette LAROUCHE-NADEAU ]. « Le Forillon ( du turlutage au GoGo ) : récit », p.22, Chicoutimi, 1959, [ sans éd. ], 170p., FTLFQ. )

    5. « C'est sur ce vieux banc que Rosaire s'installait pour jouer de sa " ruine-babines ", qui n'était rien d'autre qu'une guimbarde, et de ses musique [ sic ] à bouche [ ... ] » ( Claude JASMIN. « Et puis tout est silence », p.76, Montréal, 1970, éd. L'Actuelle, 190p., NéoClas. )

    6. « Le ruine-babines prolongeait, avec le rythme, le rêve en forme d'espoir, que le turlutage anesthésiait avant qu'il ne fasse mal. » ( Alain SYLVAIN. « Chansons Québec et politique », MACLEAN, p.16, col.3, février 1971, NéoCan. )

    7. « C'est d'une riche provende de manifestations artistiques que les gens disposent à Chicoutimi. Du reste, une famille sur trois possède son piano, son ruine-babines ou son orgue à pédales... On sait s'amuser dans cette ville éloignée, mais présente. » ( Christian LARSEN. « Chicoutimi, la reine du Nord », DÉCORMAG, p.40, col.01, vol.7, février 1973, NéoClas. )

    8. « – Tu viendras essayer de comprendre les Sauvages du grand nord ! N'empêche que leur langue est plus ventrèche [ les muscles du ventre, surtout en parlant des animaux ( bœuf, cochon, poisson ) ] que la nôtre. Quand y parlent y jouent pas du ruines-babines ! » ( Jean-Jules RICHARD. « Centre-Ville », p.218, Montréal, 1973, éd. L'Actuelle, 232p., NéoClas. )

    9. « – [...] Courir des milles pis des milles sans jamais m'essouffler, pis en jouant du ruine-babines à part ça !... » ( Victor-Lévy BEAULIEU. « En attendant Trudot », p.42, Montréal, 1974, éd. L'Aurore, 73p., NéoClas. )

    10. « C'est le soir du jour de l'An qui verrait la maison s'animer. Tous les enfants seraient là. De la parenté de chaque côté : des frères et sœurs à Gédéon et à Louise. Et même des Lemay du voisinage. Le garde-manger déborderait et la réserve de whisky aussi. Et le grand Léon préparait sa ruine-babines et Anthime astiquerait son archet. » ( André MATHIEU. « Aurore l'enfant martyre », p.41, Lac Drolet, 1994, Éditions Nathalie, 474p., FTLFQ. )

    11. « Lacocque entretient son vice avec une assiduité presque perverse et ce, depuis 1969, le jour où il écouta Big Walter Horton maltraiter son ruine-babines. » ( Voir, Montréal, p.22, 7 au 13 avril 1994, FTLFQ. )

    SYNONYMES : brise-babines, use-babines, ruine-gueule, ruine-moustache, musique à bouche, musique de bouche, musique à la bouche ( PPQ ), rabot de gueule.

    REMARQUES : Le quasi-équivalent musique à bouche « harmonica » a souvent été vu comme un emprunt à partir de l'anglais mouth organ. Des études plus approfondies, et surtout celles de Claude Poirier, montre que musique à bouche est une locution courante dans le français local de Suisse et de Savoie de même qu'en créole réunionnais. Il fait aussi remarquer que musique s'est employé en français au sens de « instrument de musique » et que cet emploi existe encore dans les parlers locaux, en France et au Québec. Claude Poirier termine son analyse du mot en se demandant pourquoi l'anglais mouth organ aurait-il donné musique à bouche plutôt qu'orgue à bouche ? ( v. Claude POIRIER, « L'Anglicisme au Québec et l'héritage français », in « Travaux de linguistique québécoise -2- », publiés pas Lionel BOISVERT, Marcel JUNEAU et Claude POIRIER, PUL, 1978. ).

HISTORIQUE : De ruine, emprunté ( v.1155 ) au latin ruina qui désigne la « chute, l'écroulement » et babines qui appartient ( v.1460 ) au radical onomatopéique bab– « pour exprimer le mouvement des lèvres » ( DHLF, FEW ). Ruine-babines, nom, « harmonica à bouche » n'est toutefois pas signalé en français général ni dans les différents parlers de France.

Au Québec ruine-babines « harmonica » ( v. 1860 ) est très peu attesté par nos glossairistes ( Gl 1930 ). Notre documentation nous permet toutefois d'établir que le mot, vigoureux jusqu'en 1950, est encore bien connu chez nous ( CELM ).

Le mot est encore en usage en Acadie : « Ceux qui ont leur ruine-babines n'ont qu'à les amener avec eux » ( Inf. masc., soixantaine, Radio CJSE, Moncton, 2003, CELM ).

Catégorie :
  1. Innovation lexicale.



Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte de l'exemple I-1.

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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.

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