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Photomontage des trois comédiens qui ont interprété le rôle de Séraphin Poudrier
Les trois interprètes de l'avare Séraphin Poudrier :
- Hector Charland ( radioroman et cinéma ),
- Jean-Pierre Masson ( téléroman ),
- Pierre Lebeau ( cinéma ).


26 janvier 2004


Capsule de chez nous
par Serge Fournier



Le mot de la semaine
SÉRAPHIN, INE




SÉRAPHIN, INE : Nom et adj.

Définition :
  1. Se dit d'une personne avare et mesquine.

    Exemples d'emploi :

    a) NOM

    1. On avait un vieux prêtre [ ... ] i demeurait au Lac St-Jean, pis tous les ans i allait visiter ses parents, [...] pis c'était un séraphin. Ah, i était ménager [ ... ] quand i est parti de l'île, i est parti avec une centaine de mille dollars. » ( « Archives de Folklore », 1962, coll. Pierre Perreault, ms 351, Île-aux-Coudres, Charlevoix, FTLFQ. )

    2. « Le roman Un Homme et son péché ( 1933 ) de Claude-Henri Grignon est dur et concis [ ... ] L'auteur ne veut rien prouver, il scrute un cas : celui d'un cultivateur des Laurentides malade d'avarice. Le personnage est buriné avec une simplicité de moyens et une force de conviction telles que l'expression " un Séraphin ", pour désigner un pingre, est passée dans le langage populaire. » ( Réjean ROBIDOUX et Pierre de GRANDPRÉ. « Claude-Henri Grignon » dans « Histoire de la littérature française du Québec / tome II [ 1900-1945 ] » [ collectif ], p.263, Librairie Beauchemin, Montréal, 1968, 390p. + photos. )

    3. « Arrête donc de sucer le cenne espèce de Séraphin ! » ( Inf. fém., 34 ans, Montréal, 1976, CELM. )

    4. « Si ça continue comme ça, tu vas garder tout ton argent pour toé, pis tu vas devenir un vrai Séraphin qui ne s'occupe jamais des autres, à moins de pouvoir en profiter. » ( Inf. fém., 32 ans, Shawinigan, 1980, CELM. )

    5. « Regarde-moi ça, la séraphine, elle est encore en train de compter son argent pour moins dépenser. » ( Inf. fém., 32 ans, 1981, Montréal, CELM. )

    6. « J'ai eu un patron qui était pas un séraphin pour cinq cennes, y'était ben smat [ smart = gentil ], pis y lésinait pas pour nous payer ce qu'il nous devait. » ( Inf. fém., 21 ans, St-Boniface [ Shawinigan ], 1985, CELM. )

    7. « Auparavant en Amérique française et ailleurs dans la Francophonie ( où il en est encore ainsi ), un séraphin ne pouvait être autre chose qu’une des nombreuses catégories d’anges parmi les plus rapprochés de Dieu. Depuis Grignon, Charland et Masson, en cette Amérique française, un séraphin c’est un avare. » ( Gilles RHÉAUME. Compte rendu du livre « Un peuple et son avare, Sources et histoire d’un téléroman » de Luc BERTRAND, site Internet « Québec un pays », 2003. )

    b) ADJECTIF

    1. « [ ... ] je rencontrais souvent dans les gros chars [ trains ], un monsieur important qui était député entre autres choses, mais qui était pas mal séraphin aussi. Ça fait que, quand arrivait l'heure de passer à la salle à manger, il laissait son siège dans le wagon de première classe et allait se promener pendant un bout de temps dans les couloirs des autres wagons. Puis, au bout d'un certain temps, mon homme revenait, un cure-dent à la bouche pour montrer qu'il revenait de luncher... Seulement, jamais personne ne l'a vu entrer dans le wagon-restaurant ni s'attabler. » ( Émile CODERRE. « Rêveries » [ radio ], série 19, bob.4, p.3, 30 mars 1948, FTLFQ. )

    2. « [ ... ] Ah ! ben son oncle qui était séraphin pas mal, i lui fait un prix pis i lui vend ça, les deux petits pains pis la petite boulette de beurre [...]. » ( Archives de Folklore, 29 oct. 1959, coll. Laforte, ms 776, Ste-Jeanne d'Arc, Drummond, FTLFQ. )

    3. « Ça fait qu'i 'i conte le tour qu'i avait joué à ce gars-là qu'était séraphin, pas de danger qu'i' fasse chanter une messe. » ( Archives de Folklore, 24 févr. 1971, coll. M. Deschênes et J. Biron, ms 5, Abitibi, FTLFQ. )

    4. « Il est assez séraphin qu'il ne veut même pas donner d'argent à des œuvres de charité. » ( Inf. fém., 75 ans, Trois-Rivières, 1979, CELM. )

    5. « Tu peux être sûr qu'il t'offrira pas de payer sa part si tu lui demandes pas. Il est assez séraphin ! » ( Inf. fém., 27 ans, 1982, Québec, FTLFQ. )

    6. « Comme il était séraphin sur les bords et sur les rebords, il avait fini par conclure que l'électricité, ça devenait une solution coûteuse. » ( Réal-Gabriel BUJOLD. « La Brèche-à-Ninon », p.90, Éditeq, Rimouski, 1983, 230 p. )

    7. « Mais ne comptez pas sur ses bidous [ voir ce mot à la fenêtre Lexique québécois ] : il est plus séraphin que Séraphin lui-même ! » ( Yves BEAUCHEMIN. « Le matou », p.20, Éditions Québec/Amérique, 1985, 583p. [ édition originale 1981 ]. )

    8. « Mon côté radin, séraphin, craint les dépenses vaines. » ( Claude JASMIN. « Journées nettes » [ journal Web ], vendredi 21 décembre 2001. )

    SYNONYMES : gratteux, gratin(e), peigne ( transformation de pingre fr. ), un ( vrai ) juif, ménager( ère ) ( considéré comme vieilli en fr. ), pileur-de-piastre, baise-la-piastre, serre-la-piastre, baise-la-cent, pince-la-cent, gratte-la-cent, serre-la-cent, serre-la-poigne, serre-la-poche, tord-la-mèche. On retrouve de même être à l'argent, ~ à ses cents, ~ assis sur ses cents, ~ près de ses cents, ~ proche de ses cents, ~ près de la piastre, ~ proche de ses piastres, ~ proche de ses pièces, etc. ( FTLFQ, PPQ, CELM ).

    Aussi les expressions complémentaires :

    Il sépare les cents en deux ; il gratte une écale d'œuf deux fois avant de la jeter ; il peut tondre un sou ; il peut tondre sur un œuf ; il peut tondre sur un grain de sel ( FTLFQ, PPQ, CELM ).

    SYNTAGMES : Séraphin, nom propre, donne naissance à plusieurs expressions populaires : Crêpe à Séraphin « galette de sarrasin », galette à ~ « id. », porte à ~ « porte qui grince », faire son ~ « agir en avare », ne pas être séraphin ( dans qqch. ) « être prodigue ( de qqch. ) » ( FTLFQ, PPQ, CELM ).

    Ces expressions, de même que les exemples d'emploi I.a) 2, 3 et 4, montrent bien que Séraphin est encore mal dégagé « de sa valeur originelle de nom propre, comme en témoigne l'hésitation entre la majuscule et la minuscule à l'initiale lorsque le mot est employé comme substantif » ( DictPrés p.126 ).

    DÉRIVÉ : Séraphiner v. intr. « agir en séraphin ».

    Exemples d'emploi :

    1. « Il n'est pas question ici de " séraphiner ". Et ce mot, tour à tour nom, prénom, adjectif, verbe et sujet, que fait-il au plus-que-parfait du subjonctif ? Que nous séraphinassions ou que nous séraphinassassions ? Soit dit en passant, on ne devrait plus l'employer avant que l'Académie canadienne-française en ait déterminé les racines et le genre : comme c'est là, on en fait un usage abusif et à l'encontre des règles de grammaire qui ne lui ont pas encore donné droit de cité dans notre vocabulaire. » ( Le Devoir, 24 août 1949, p.4, FTLFQ. )

    2. « Mon uniforme me sied comme un gant et je ne regrette pas d'avoir pris ce qu'il y a de mieux [ ... ]. J'ai comparé avec d'autres cadets qui se vantaient d'avoir la meilleure qualité en " séraphinant " et j'ai constaté qu'ils s'étaient fait roulés [ sic ] magistralement. » ( Jacques GOUIN. « Lettres de guerre d'un Québécois ( 1942-1945 ) », p.24, Montréal, Éditions du Jour, 1975, 343p., FTLFQ. )

    3. « Le système d'aménagement des forêts ne tient pas la route, notamment parce que les 2600 employeurs ne paient pas à leur juste valeur les travailleurs sylvicoles. Ils " séraphinent " sur le nombre de tiges coupées, refusent de payer les coûts de transport, manigancent constamment sur la grandeur des surfaces traitées, [ ... ] » ( Henri GOULET. « La forêt : Pour le loisir, c'est le paradis. Pour le travail, c'est juste un peu mieux que l'enfer ! », Nouvelles CSN, no 491, Confédération des syndicats nationaux, 4 mai 2001. )

    HISTORIQUE : Séraphin, nom masc., est emprunté vers le milieu du XIIe s. au latin de la Vulgate seraphim ou seraphin. Seraphim est lui-même issu de l'hébreu biblique serfim, nom que la vision d'Isaïe donne aux figures du Saint des saints du temple, les plus proches de la présence divine. Le mot vient du verbe saraf « brûler », les séraphins étant de nature ignée. La forme seraph, vers 1300, ( forme restée en anglais ) est un emprunt savant au latin médiéval seraph ( DHLF, FEW ).

    Séraphin « avare », nom masc. ( v.1940 ) et adj. ( 1948 ), nous vient du prénom que porte le personnage principal, un mesquin notoire, du roman de Claude-Henri GRIGNON « Un Homme et son péché ». Nul doute que le succès du récit, paru en 1933, largement amplifié par son adaptation radiophonique ( de 1939 à 1962 ), puis son traitement pour la télévision ( de 1956 à 1970 ), ont assuré à l'œuvre une popularité sans précédent qui transformera la figure de Séraphin, l'avare, en un véritable mythe national.

    Catégorie :
    • Innovation sémantique.



Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I.a)-2 et 7, I.b)-7 et 8, et du 3e ex. du dérivé « séraphiner ».

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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.

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