a
astheure



23 février 2004


Capsule de chez nous
par Serge Fournier



Le mot de la semaine
ASTHEUR,
ASTHEURE,
AC'T'HEURE




ASTHEUR, ASTHEURE, AC'T'HEURE astheure : Adverbe et loc. adv.

Définition :
  1. Maintenant, présentement.

    Exemples d'emploi :

    1. « Colas.
      Oui, Monsieur, je partirai drès à c't'heure si vous voulez. »
      ( Joseph QUESNEL. « Colas et Colinette ou Le bailli dupé » [ comédie en trois actes ], p.59, Québec, Chez John Neilson, imprimeur-libraire, 1808, 78p., Institut canadien de microreproductions historiques [ ICMH ]. )

    2. « [ ... ] Dimanche dernier, en sortant de l'église, j'ai été moi-même victime du beau sexe. Sexe étrange ! Je m'amusais à écouter le crieur quand j'entendis des voix féminines derrière moi : " Tiens, v'là le maître d'école ; il va commencer à faire le gros b'en vite, à c't'heure il ( ne ) regarde personne. Il devrait b'en faire raccourcir son capot de c't'hiver auparavant, ou b'en me le donner pour faire des catalognes. Va-t-il voir les filles, à c't'heure ? Non, il a pas pu avoir la petite Parisien, il ne veut plus que des filles de la ville. Nonda, le maître d'école, hein ! hein ! des filles de la ville, ça joue du piano !!! " Je n'ai pas voulu entendre le reste, pour ne pas me compromettre, et j'ai pris la résolution de ne plus m'arrêter à la porte de l'église sans être bien et dûment accompagné ! [ ... ] » ( Louis AUDET. « Lettres d'un étudiant », p.76, Montréal, G.A. et W. Dumont, 1854, 86p., [ rédigée à Saint-Louis de Gonzague, cette lettre est datée du 4 mai 1854 ], ICMH. )

    3. « À c't'heure bondance ! y a pas de fun à voyager. On part, on arrive : on voyage pas. Parlez-moi d'y a vingt-cinq à trente ans, c'est Jos Violon qui vous dit ça ! C'était queuque chose, dans ce temps-là que le méquier de voyageur ! » ( Louis FRÉCHETTE. « Contes II. Masques et fantômes et les autres contes épars », p.187, Préface d'Aurélien BOIVIN et de Maurice LEMIRE, Bibliographie d'Aurélien BOIVIN, Montréal, Fides, 1976, 372p., [ doc. de 1898 ], FTLFQ. )

    4. « Marie a douze ans, à " c't'heure " et elle me vaut une femme. » ( Frère MARIE-VICTORIN. « Récits laurentiens », p.177, Montréal, éd. Lidec, 1942 [ éd. originale 1919 ], 217p., NéoClas. )

    5. « M'sieu Boily, comme j'vous l'disais betôt, jusqu'à c't'heure avait resté ben paisible, ben d'adon et ben avenant envers tout l'monde. » ( LANGLAIS [ sans prénom ]. « Mon frér' l'curé » dans « Le Canada français », vol.11b, no10, p.796, Québec, Université Laval, 2e série, vol.1-33, 1924, FTLFQ. )

    6. « [...] la police va te couper les oreilles... puis elle va t'emmener devant le juge... À c't'heure, c'est rendu que c'est plus fort que moi : je suis pas capable de voir un casque à palette sans avoir un frisson sur l'épine dorsale. » ( Gratien GÉLINAS. « Fridolinons 1939-1943 », radio-série 18, bob.1, p.2, 1943, FTLFQ. )

    7. « Ti-Gusse va astheure nous déboutonner le reel du poney jusqu'à ce que mort s'ensuive et que la compagnie tombe sur le plancher, en place pour un set à mort. Quenez-ben vos tuques les bonnes veillées du temps de jadis. » ( Félix LECLERC. « Moi, mes souliers », p.39, Montréal, éd. Fides, 1971, [ publié en 1955 ], 214p., NéoClas. )

    8. « La science ! La science ! Y montrent donc rien d'autres à nos petits monstres, astheur ? Y vous montrent donc rien de décent, de sensé, de sensible ! » ( Michel TREMBLAY. « L'Effet des rayons gamma sur les vieux garçons », p.31, éd. Leméac, 1970, 71p., NéoClas. )

    9. « Varlope – C'est toé, asteur, qui va être notre esclave. Avoue-lé qu'tu pues. Parle ! » ( Claude BONENFANT. « Lésés-Boys » [ théâtre ], dans « Recherches en Lettres Québécoises – Centre de théâtre québécois », p.14, Coll. théâtre d'hier et d'aujourd'hui, série « oeuvres », Université du Québec à Trois-Rivières, 1973, 68p., Archives familiales Bonenfant [ AFB ]. )

    10. « Ca, c'est de l'ancien chauffage. A c't'heure, c'est de l'électricité, de l'huile, du gaz propane, puis tout ce qui n'est pas du bois. Nous autres, on a conservé encore un chauffage au bois. Et on a l'intention de chauffer encore assez longtemps, s'il y a moyen ; Ca [ sic ] pétille dans le poêle, et c'est plus gai qu'un chauffage à l'huile. Un chauffage à l'huile, y a rien de drôle dans ça ! Et puis, au bois, je pense que c'est meilleur pour la santé. Je ramasse le bois qui se perd, le bois qui sèche, etc... [ sic ] C'est une façon de ménager. » ( Alphonse BONENFANT. « Souvenirs des jours heureux », dans « Notre terre amande » [ collectif ], p.43, éditions de la Catalogne, Saint-Narcisse de Champlain, 1977, 371p., AFB. )

    11. « Maintenant déterminée, elle déclare au même journaliste : " Moi, j'en ai profité du Québec à Paris. Mais astheure que ma rentrée est faite, j'y retourne seule. Et quand je serai prête, écoute ben ce que je te dis là, quand je serai prête, les Français vont avoir ce qu'ils veulent, plus même. Je me donne deux ans. Trois si j'ai pas de chance. " » ( Gaëtan RACINE. « Diane Dufresne », p.173, Montréal, Les Éditions Québécor, 1984, 219p., FTLFQ. )

    12. « Jeanne se mit le nez à la fenêtre et aperçut un petit traîneau auquel on attelait Castor et une chienne à peine plus petite que lui. Elle vit ensuite sa soeur s'asseoir sur le traîneau et encourager Castor à tirer. [ ... ] " La voilà qui se prend pour une Esquimaude, astheure. " » ( Arlette COUSTURE. « Les Filles de Caleb T.2, Le Cri de l'oie blanche », Montréal, Québec / Amérique, 1986, 790p., FTLFQ. )

    13. « C'était un merveilleux conteur, l'entendre raconter d'où venait le personnage, ou comment lui était venue l'idée, ça valait un million. Mais le boutte du boutte, c'est quand lui, te regardait dans les yeux pis qu'y disait : " T'es bonne, t'as pus besoin de moi. Amuse-toi astheure ! " » ( Échos Vedettes, 30 janv. au 5 févr. 1993, vol.31, no5, p.5, FTLFQ. )

    14. « D’où est-ce que tu nous viens, du lac Saint-Pierre ?
      Icitte astheure ça s’appelle toute Trois-Rivières
      On a parti une guerre sul’bord d’la 138
      Faites rentrer vos enfants au plus vite »
      ( Grégoire BRIÈRE. « Defusionarising » [ chanson ], album « Le Bouclier » [ lancement prévu : mars 2004 ], groupe Val Salva, Trois-Rivières, 2003. )

    15. « [ du show-business ] [ ... ] Quand je suis arrivé dans ce milieu-là, j'aimais tout le monde, je faisais confiance à tout le monde. Astheure, c'est relatif. Je me " watche ". [ ... ] » ( Propos de Daniel BOUCHER recueillis par David DESJARDINS, magazine Voir Mauricie, vol.02 no7, p.5, du 19 au 25 février 2004. )

HISTORIQUE : À cette heure, loc. adv., prononcée [ astoer ] « maintenant, présentement » est construite à partir de heure attestée sous la forme de ure ( v.1050 ), ore ( 1130-1140 ), puis heure avec le rétablissement du h étymologique ( v.1150 ). Le mot est issu du latin hora « unité de mesure de temps » ( DHLF, FEW ). L'expression à c't'heure « présentement », aussi astheure, est française depuis le XVIe s. ( 1530, Palsgrave, FEW ) et a été relevée chez Balzac : « N'allez-vous pas effrayer tout le voisinage à c't'heure ? » ( PR 2003 ). Elle est enregistrée dans plusieurs dictionnaires du XXe s. mais, de nos jours, elle est considérée comme une locution vieillie ou régionale. On la retrouve, avec de nombreuses variantes phonétiques, dans la plupart des dialectes d'oïl et en Belgique où elle est encore d'usage courant ( FEW ).

Le québécois astheure adv., courant depuis le tout début de la colonisation et relevé par tous nos glossairistes, appartient au fonds lexical hérité tant du moyen français que des parlers de France et ne constitue donc pas, à ce titre, une erreur comme l'ont trop souvent prétendu les puristes de chez nous. Il est toutefois certain qu'astheure appartient davantage à la langue parlée et à un registre plus familier que correct.

Astheure « id. » est très connue en Acadie : « Cette locution est l'expression favorite des Acadiens qui l'insèrent à tout propos dans leurs phrases, spécialement au commencement et à la fin » ( MassAcad ).

Catégorie :
  1. Archaïsme et dialectalisme.



Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-1, 2, 9, 10, 14 et 15.

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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.

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