

16 février 2004
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
JONGLER
et ses dérivés
JONGLEUR( EUX ), JONGLEUSE
et JONGLERIE
JONGLERVerbe intr. :
Définitions :DÉRIVÉS :
- Laisser errer sa pensée, rêver.
Exemples d'emploi :
- « Alors le visage de ma grand-mère s'assombrissait, elle se mettait à
" jongler " [ ... ] quand les vieux se mettent à" jongler " c'est au-dedans d'eux-même qu'ils regardent toujours et qu'ils lisent. Là, un vieux livre aux pages jaunies, écrites et oubliées depuis longtemps, s'ouvre de soi-même[ ... ] » ( Lionel GROULX[ abbé ]. « Les Rapaillages,[ vieilles choses, vieillesgens ] », p.136, éd. Le Devoir, Montréal, 1916, 159p.,NéoClas. )
- « Aussitôt, dans la pensée de chacun, revinrent des figures gracieuses, souriantes
[ ... ] Menaud, lui, jonglait à l'écart. Autrefois, c'était une fête de partir pour lebois. » ( Félix-Antoine SAVARD.« Menaud maître-draveur », Montréal, p.52, éd. Fides, 1971[ éd. originale,1937 ], 214p.,CELM. )
- « Au bout de sa rêverie, un chaland se berçait
[ ... ]. À quoi c'est qu'elle jongle tout letemps ? se demanda le père Didace, inquiet. Elle est jamais avec nosautres. » ( Germaine GUÈVREMONT.« Marie-Didace », p.40, éd. Fides, Montréal, 1974,[ éd. originale1947 ], 210p.,CELM. )
- « Paulette lui pointe le coude dans les côtes. Huguette jongle en jouant avec sa
joue. » ( Clémence DESROCHERS.« J'ai des petites nouvelles pour vousautres », p.34, éd. de L'Aurore, Montréal, 1974, 83p.,NéoClas. )
- « Si elle restait inactive trop longtemps, l'une des surs tournait la tête vers
elle : " Finis ta patte avant dejongler. " Et Rose( ou Violette, ouMauve ) reprenait son travail après un discretsoupir. » ( Michel TREMBLAY.« La grosse femme d'à côté estenceinte » p.7, Leméac, Coll. Babel, Montréal, 2003, 286p.,[ éd. originale,1978 ], CELM. )
- « Elle s'assit, appuya son coude sur la table et se mit à jongler, l'air
incertain. » ( Yves BEAUCHEMIN.« Juliette Pomerleau », p.406, Éditions Québec/Amérique, Montréal, 1989, 691p.,FTLFQ. )
- « Fidèle à lui-même, Anselme causait peu, fumait pipée sur pipée, songeur.
" Jongler, c'est pas mal plus intelligent que de bavasser comme unefemme ", avait-il toujourscru. » ( Bernadette RENAUD.« Un homme comme tantd'autres », t.1.« Charles », p.131, Libre Expression, Montréal, 1992, 362p.,FTLFQ. )
- Penser, réfléchir
( à ).
Exemples d'emploi :
SYNTAGME : Jongler à
- « D. Quand Desforges a dit, non, a-t-elle
répliqué ? R. Elle adit : " M. Desforges, vous ne vous en souvenez pas. Jonglezdonc ; vous savez bien que vous m'avez demandé de venir coucher avec votrefemme. » ( Rosalie BARON( femme Foucault ), témoignage dans« Procès et exécution de Marie Anne Crispin et de J.B.Desforges : accusés du meurtre de Catherine Prévost, épouse d'Antoine Desforges, trouvés coupables et condamnés à être pendus, le 25 juin1858 », p.10, Québec( Province ), Cour du banc de la reine, Montréal, 1858, 32p., Institut canadien de microreproductions historiques[ ICMH ]. )
- « R. C'est une question étrange pour moi, donnez-moi le temps de jongler... Je suppose que ça vaudrait cinquante centins, la démancher et la ramancher
[ clôture ]. » ( ANQ, Cour d'appel, cause no 13, Factum de l'appellant[ enquête ], Arthabaska, doc. du 19 juin 1885, p.19,FTLFQ. )
- « Mais debout, tirant de sa poche un vieux porte-monnaie que ses doigts gourds ne parvenaient pas à ouvrir, il
ajouta : Je jongle à une chose, monsieur le curé... pour la dispense des bans, là... si je la prenais t'de suite, à vous j'exempterais pas mal de trouble, et à moi, vu que les chemins veulent se couper et vont devenir méchants sans bon sens, je m'épargnerais un grosvoyage ? » ( Germaine GUÈVREMONT.« Le Survenant », pp.217-218, Bibliothèque québécoise, Montréal, 1998[ éd. originale1945 ], 227p.,CELM. )
- « Oui, penses-y à tes affaires, assis contre le poëlle [ sic ].
Ben voyons, sa mère, autant être assis icitte comme ailleurs, tant qu'à être assis pourjongler. »
( Gabrielle ROY.« Bonheur d'occasion », p.80, éd. Beauchemin, Montréal, 1973[ éd. originale1945 ], 345p.,CELM. )
- « Ainsi l'hiver supprime beaucoup d'horizons de travail. La vie rurale, alors, c'est le
repos ; toute une série d'expressions imagées entémoignent : on prend sonhiver ; notre argent est fait et on serepose ; on va vivre sur songagné ; les hommes fument en se balançant dans les chaises berçantes et en jonglant( pensant ) ; on jase( bavarde ), on va se vermusser( muser ), faire ce qu'onaime. » ( Pierre DEFFONTAINES.« L'Homme et l'hiver auCanada », p.203, Gallimard, 1957,293p. )
- « M'en vas jongler à ça, t'à l'heure en r'virant les mottes de terre sus ma plate-bande. J'en ai ben jusqu'à fin du jour à toute organiser ça correque dans ma tête. Vous êtes d'adon pour déranger un homme vous,
Marianna. » ( Marie LABERGE.« C'était avant la guerre à l'Anse àGilles », p.21, Montréal, VLB Éditeur, 1981, 119 p.,FTLFQ. )
- « Il parle toujours de
" la crise ", du manque d'argent qui force les gens pauvres et sans travail à voler. Il n'aime pas envoyer de pauvres gens en prison. Je n'aimerais pas ça être juge. Ça doit être énervant. C'est pour ça qu'il jongle beaucoup. Heureusement qu'avec moi, il fait des farces pour me fairerire. » ( Simone MONET CHARTRAND.« Ma vie comme une rivière,T. I : récit autobiographique1919-1942 », p.103, Montréal, Les Éditions du Remue-ménage, 1981, 292p.,FTLFQ. )
( qqch ) ( exemples II-3et 6 ).
* JONGLEUR( EUX ), JONGLEUSE( voir Historique en ce qui a trait à la notion de dérivé pour ce terme ).
* JONGLERIE : nom fém.
- Personne qui songe, qui laisse courir ses pensées.
Exemples d'emploi :
- «
[ ... ] Lui qui était d'une humeur joyeuse, parlant avec tout un chacun, s'est mis à devenir jongleur pis marabou[ sic ]. C'était ben clair que ça marchait pas comme sus des roulettes[ ... ] » ( Bulletin des agriculteurs, oct. 1947,FTLFQ. )
- « L'année 59-60, j'enseignai à Victoriaville. Un soir, je pleurai d'ennui. J'étais assis après souper, jongleux, rongeant mon frein, suçant ma dent creuse, quand tout à coup madame Nolet me
dit : je pense que vous vous ennuyez, monsieur Bonenfant. Oui, que jeréponds ; je pense à Raymonde. Et endisant : si vous saviez comme elle est fine, je m'étrangle dans mes mots et je m'enfuis en courant dans ma chambre où je pleure comme unperdu. » ( Joseph BONENFANT.« Le très beau nom de monamour » [ collectif ], p.110, Saint-Narcisse, Éditions de la Catalogne, Coll. Le Galendor no 2, 1977, 210p.,AFB. )
- «
[ ... ] orphelins parce que si leur mère vivait recluse depuis un an au moins, ayant apparemment renoncé à ses enfants, à vivre pour eux, trop malade en tout cas pour s'en occuper, quoique pas vraiment malade, plutôt jongleuse, comme sans dessein et manquant deforce. » ( Alain POISSANT.« J'avais quatorzeans », p.10, Leméac, Montréal, 1983, 139p.,FTLFQ. )
- « Au commencement de mai, Charles rendit visite aux Gagnon. En réalité, il se fit reconduire par son père et coucha à Fortierville en vue de prendre le train aux aurores pour Saint-Romuald où il était sûr de s'engager pour travailler sur le pont de Québec. Il décida Anthime à l'accompagner mais Télesphore avait trop à faire sur la terre, les foins surtout en juillet, pour penser à partir avant quasiment le mois d'août.
[ ... ] C'est avec regret que Télesphore vit partir son frère et son beau-frère le lendemain, et l'espace de quelques jours, il se montra bourru à la maison, mais le plus souventjongleux. » ( André MATHIEU.« Aurore l'enfantmartyre », p.98, Éditions Nathalie, Lac Drolet, 1994, 474p.,FTLFQ. )
- Vieux. Sorte de sorcier amérindien.
Exemples d'emploi :
- « Quelques uns de ces Barbares s'imaginent que ce jongleur n'est point là dedans, qu'il est transporté sans sçavoir ny ou, ny cõment.
[ ... ] Or pour retourner à nostre consultation, les Sauvages ayant ouy certaine voix que contrefit le jongleur, pousserent un cris d'allegresse, disants qu'un de ces Geniés estoit entré. Puis s'addressants à luy, s'escrioient, Tepouachi, tepouachi, appelle,appelle ; sçavoir est tescompagnõs ; là dessus le jongleur faisant du Geniés, changeant de ton & de voix lesappelloit : cependant nostre sorcier qui estoit present prit son tambour, & chantant avec le iongleur qui estoit dans le tabernacle, les autresrespondoient : On fit dancer quelques ieunes gens, entr'autres l'Apostat qui n'y vouloit point entendre, mais le sorcier le fit bienobeïr. » ( Paul LE JEUNE.« Relation de ce qui s'est passé en la Nouvelle France, en l'année1634 : envoyée au R. Père provincial de la Compagnie de Jésus, en la province de France par le P. Paul le Jeune de la mesme compagnie, supérieur de la résidence deKébec », pp.51-2, Paris, Chez Sebastien Cramoisy, imprimeur ordinaire du roy, 1635, 342p.,ICMH. )
- « Tes deux amis sont prêts à donner leur vie pour toi, répondit
l'Indien ;
ils seront morts avant qu'aucun ennemi n'ose approcher tonenfant ;
mais qui peut lutter contre celle qui commande auxesprits ?... Le Sauvage lui fit alors le récit de tout le merveilleux dont l'imagination indienne entourait la célèbrejongleuse. » ( Henri-Raymond CASGRAIN.« Légendes canadiennes », t.2, p.286, Québec, 1861, Atelier typographique de J.T. Brousseau, 425p.,FTLFQ. )
- « Membertou dans sa longue carrière avait appris bien des
choses ; il avait été autmoin, c'est-à-dire, jongleur ou prophète, et avait pratiqué la médecinesauvage ; de plus il était causeur, et intéressait les Français par sesrécits. » ( Jean-Baptiste-Antoine FERLAND[ abbé ]. « Cours d'histoire duCanada : première partie1534-1663 », p.71, Québec, 1861, Augustin Côté Éditeur-Imprimeur, XI-522p.,FTLFQ. )
- «
" Tabaquen " ou" Tapatienne ", cela signifie sorcier, en montagnais. Mgr Bossé explique que la désignation de pointe aux Sorciers a dû être donnée à ce lieu parce que les sauvages, avant de partir d'ici pour s'enfoncer dans les bois, devaient consulter les jongleurs pour savoir à quoi s'en tenir sur le voyage de chasse qu'ils allaiententreprendre. » ( Victor-Alphonse HUARD[ abbé ]. « Labrador et Anticosti, Journal de voyage, histoire, topographie, pêcheurs canadiens et acadiens, Indiensmontagnais », p.454, Montréal, C.-O. Beauchemin & Fils, 1897,505p.+ 1, FTLFQ. )
- « J'ai vu Minikwaniou
[ la bonneplume ] une vieille tête de boule qui, voulant devenir jongleuse, monta sur un arbre où elle devait passer dix jours à jeûner, condition nécessaire pour devenir un bon jongleur, mais le cinquième jour, elle tomba del'arbre ; elle s'étaitendormie ! » ( Joseph E. GUINARD.« Mémoires du Rév. P. Joseph Guinard OMI, missionnaire de 1892 à1943 », p.150, Trois-Rivières, Archives du Séminaire de Trois-Rivières, avril-mai 1951, 286p.,FTLFQ. )
HISTORIQUE : Jongler, v. intr. du
- Vieux. Sorcellerie et superstitions
( généralt amérindienne ).
Exemples d'emploi :
- « Le succez que Dieu me donna sur un Jongleur fut encore plus éclatant, je l'allois attaquer de nuit, lorsqu'il se mettoit en devoir de pratiquer ses superstitions, pour deviner quelle estoit la cause de la mort de deux enfants décédez peu
auparavant ; car tant s'en faut qu'il y pust reüssir, qu'au contraire, l'auteur de cette Jonglerie ayant veu sa femme tomber malade, & s'estant estonné que Dieu luy eust rendu soudainement la santé par le moyen de la priere, reconnut sa faute, & fit luy mesme une belle & grande Croix par l'ordre que ie luy en donnay, que nous elevâmes avec grande ceremonie, pour estre desormais l'objet de la veneration de ces Peuples, & pour augmenter le triomphe de la Croix surl'idolatrie ; [ ... ] » ( Claude DABLON.« Relation de ce qui s'est passé de plus remarquable aux missions des pères de la Compagnie de Jésus en la Nouvelle France, les années 1671 &1672 : envoyée au R.P. Jean Pinette, provincial de la province deFrance », pp.114-5, Paris, Chez Sebastien Mabre-Cramoisy, imprimeur du roy, 1673, 264p.,ICMH. )
- « Le Père Irenée
[ ... ] eut la consolation d'envoyer au Ciel quelques Sauvages, après leur avoir administré le Baptême, et de donner à d'autres quelques lumières de laFoi ; mais aussi il eut le regret sensible de trouver ces peuples dans un aveuglement prodigieux, causé par la jonglerie et leurs superstitions[ ... ] » ( Chrestien LE CLERCQ.« Premier établissement de la foy dans la NouvelleFrance : contenant la publication de l'Évangile, l'histoire des colonies françoises, & les fameuses découvertes depuis le fleuve de Saint Laurent, la Loèuisiane & le fleuve Colbert jusqu'au golpheMexique... : avec les victoires remportées en Canada par les armes de Sa Majesté sur les Anglois & les Iroquois en1690... », pp.218-219, Paris, Amable Auroy, 1691,ICMH. )
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- « Le Malade entre les mains de deux Devins, est promené lentement sur un long brazier de charbons ardents, tandis que le Choeur est occupé à une danse de Religion, au-dessus de laquelle paroît la Cabane de la Divination ou de la Jonglerie, que j'ai dit être semblable au Trepied
Delphique. » ( Joseph François LAFITAU. Explication pour la planche XXVIII[ cf. détailci-dessus ] dans« Murs des sauvages ameriquains comparées aux murs des premierstemps », tome 4, Paris, Chez Saugrainl'aîné ... , Charles-EstienneHochereau ... , 196p. + illustrations + table des matières, 1724,ICMH. )
- « Voilà deux jours que je confesse et je n'ai pu que trop me convaincre que trois choses, que les RR P. Durocher, Arnaud et moi avons tant travaillé à abolir, c'est-à-dire l'ivrognerie, le tambour, la jonglerie et la danse sont maintenant en pleine vigueur. Nous avions réussi, mais notre uvre est
anéantie... » ( Huguette TREMBLAY.« Journal des voyages de Louis Babel1866-1868 », p.9, Montréal, Les Presses de l'Université du Québec, 1977, XVI-161 p. + 1c.,[ extrait du journal de voyage du père Louis BABEL,1866 ], FTLFQ. )
- « Le grand nombre de ces indiens
[ sic ] furent fidèles à la grâce, quelques-uns cependant y résistèrent et continuèrent à faire de lajonglerie. » ( Joseph E. GUINARD.« Mémoires du Rév. P. Joseph Guinard OMI, missionnaire de 1892 à1943 », p.150, Trois-Rivières, Archives du Séminaire de Trois-Rivières, Avril-mai 1951, 286p.,FTLFQ. )
- Songerie, rêverie
( Di, Gl ).
Exemple d'emploi :
- « L'hiver, notre saison typique, tout semble figé, mais quelle vie
partout ; on travaille, on lit, on jouit de la chaleur dans les maisons. C'est le temps des souvenirs. Autrefois, l'hiver se passait en jongleries, à la fenêtre. On voit ça dans Maria Chapdelaine, les gens sont comme plus passionnés, plus refermés. C'est dans notre imaginaire que l'hiver doit être profond. L'hiver n'est-il pas le temps de la culture, l'été celui de lanature ? Cela peut être vrai dans notre Amérique du Nord, la biennommée ; est-ce encore vrai dans les payschauds ? Bref, j'aime bien monhiver-pays. » ( Joseph BONENFANT et Andrea MOORHEAD.« Entre nous la neige[ correspondance québécaméricaine ] », p.112, Trois-Rivières, Écrits des Forges, Coll. Estacades no.3, 1986, 123p.,[ extrait d'une lettre de Joseph BONENFANT datée du 16 janvier1983 ], AFB. )
XVIe s., présente le cas d'une forme d'origine latine ayant subi l'influence d'un motgermanique : il s'agit de la forme altérée propre à l'ancien français jogler« se jouerde » ( XII-XIIIe s. ) et« plaisanter, faire le métier dejongleur » XIIIe s., lui-même issu du latin joculari( DHLF, FEW ) « dire desplaisanteries ». L'altération de jogler en jongler s'explique par l'influence de l'ancien verbe jangler, en usage du XIIe auXVIIe s. au sens de« plaisanter, hâbler,médire », et qui est issu du francique jangalon« bavarder » ( DHLF, FEW ). Jongleur, d'après le sens fr. duXVIIIe s., est répertorié avec l'acception spéciale, aujourd'hui hors d'usage en fr. central, de« devin qui guérit ou préditl'avenir », « sorcier chez lesAmérindiens », par analogie du sens médiéval. Le mot est senti comme un dérivé de jongler, bien que le verbe lui soit bien postérieur( DHLF, FEW ). Pour sa part, jonglerie dérive de jongler. Depuis leXIIe s., ce nom suit l'évolution sémantique de jongleur et signifie« art, métier dujongleur » ( DHLF, FEW ).
Jongler figure, avec les sens de« rêver » et« réfléchir », dans plusieurs glossaires québécois des XIXe etXXe s. Ces relevés ne permettent toutefois pas de bien éclairer l'histoire du mot. Il est cependant évident que le verbe a dû avoir cours sous le Régime français, surtout si on prend en considération que jongler, même avec des acceptions plus larges( v. plusbas ), a été signalé en Acadie( MassAcad ) et aux Îles de la Madeleine( Hubert ). Chez nous jongler, avec les acceptions I et II, est encore employé, mais accuse tout de même un recul appréciable dans l'usage actuel. En ce qui concerne jongleur, lesens 1 ( v. rubriqueDérivés ) est encore connu, mais il en va tout autrement dusens 2 aujourd'hui disparu. Pour sa part, le dérivé jonglerie« sorcellerie » et« songerie, rêverie » n'est plus connu des Québécois.
Jongler« radoter, déraisonner » et jongler« réfléchir » ont aussi été relevés en Acadie( MassAcad ).
Aux Îles de la Madeleine jongler« penser, calculer,méditer » ( Hubert ), « réfléchir » ( Héon ).
Catégories :
- Innovation sémantique et, possiblement, dialectalisme.
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte de l'exempleII-1; et ceux des dérivésJongleur I-2, II-1 etJonglerie I-1, 3, etII-1.
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vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.