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Soir de marionnettes




2 février 2004


Capsule de chez nous
par Serge Fournier



Le mot de la semaine
MARIONNETTES



MARIONNETTES marionnettes : Nom fém. plur.

Définition :
  1. Aurores boréales.

    Exemples d'emploi :

    1. « – Non mais les marionnettes.
      – Les marionnettes.
      – Oui les marionnettes. Vous savez peut-être pas c'que c'est les marionnettes, les enfants ; eh ben, c'est des espèces de lumières malfaisantes qui se montrent dans le Nord, quand on est pour avoir du frette. Ça pétille, sus vot'respèque, comme quand on passe la main, le soir, sur le dos d'un chat. Ça s'élonge, ça se racotille, ça s'étire et ça beuraille dans le ciel, sans comparaison comme si le diable brassait les étoiles en guise d'œufs pour se faire une omelette. C'est ça les marionnettes. M. le curé, lui, appelle ça des horreurs de Montréal, pis y dit que ça danse pas. »
      ( Louis FRÉCHETTE. « Les Marionnettes », in « Contes de Jos Violon », p.72, Montréal, L'Aurore éd., 1974 [ éd. originale 1880 ]. )

    2. « Nous avons, en retour, la clarté du Nord, un firmament plus transparent, des étoiles plus scintillantes, nos brillantes aurores boréales ( marionnettes dansantes ). » ( François ÉVANTUREL. « Les deux cochers de Québec : souvenirs historiques », p.VI, sans nom, 1886, Institut canadien de microreproductions historiques [ ICMH ]. )

    3. « Tout l'hiver, il [ le poêle ] chante, ronfle, ou murmure ; dans les nuits quand les marionnettes dansent au ciel pur, la voix du poêle se fait régulière, monotone, rassurante ; mais si le nord-est court la campagne, tourmente les arbres nus et hurle, le poêle gronde, furieux. » ( Adjutor RIVARD. « Le poêle » dans « Chez Nous », pp.41-2, Librairie Garneau Limitée, 1976, 264p. [ 1re édition 1914 ]. )

    4. « MARIONNETTES. Sorte d'aurore boréale. " Le ciel est plein de marionnettes c'te nuite. " » ( LorentBeauce, p.105, Saint-Gédéon, 1970. )

    5. « Si vous interrogez mon vieil Acadien sur les aurores boréales ; il vous répondra d'un air suspect : " Les marionnettes ? i'avont belle allure, mais faut pas s'y fier. " » ( Antonine MAILLET. « Rabelais et les traditions populaires en Acadie », p.97, Québec, Les Presses de l'Université Laval, ( Coll. Les Archives de folklore, 13 ), 1971, 201p., FTLFQ. )

    6. « Dans certaines régions du Québec, les aurores boréales sont appelées des marionnettes. Je pense qu'au Lac St-Jean, c'est de cette manière qu'on les appelle. » ( Inf. masc., 37 ans, Grand-Mère, 1982, CELM. )

    7. « Les marionnettes pour les aurores boréales ça se dit pas partout, c'est plutôt dans l'Est qu'ils disent ça, dans le bas du fleuve, la Côte-Nord, par là [ ... ] » ( Inf. masc., 46 ans, St-Jean-de-Matépédia, 1994, CELM. )

    8. « L'aurore boréale [ Titre ].
      Souvent la nuit venue, on peut observer des aurores boréales, un phénomène céleste qu'on explique encore difficilement. [ ... ] Au fil des ans, à court d'explications, on utilisera pour les qualifier les mots de baldaquin, drapeau, draperie, pavillon et manteau. Dans la première moitié du 19e siècle, on parle aussi de " marionnettes ", de " flocons " et de " tirans ". » ( Jean PROVENCHER. « Les Quatre saisons dans la vallée du Saint-Laurent », p.182, Les éditions du Boréal, 1996, 605p. )

    9. « Les astres et tous les phénomènes célestes ont, de tous temps, fasciné nos ancêtres. Ils n'étaient pas rares ceux qui leur attribuaient des vertus magiques, prophétiques ou rédemptrices. Les aurores boréales, ces formes lumineuses, mouvantes et changeantes se tortillant dans le ciel tapissé d'étoiles, avaient, pour leur part, reçu l'appellation de " Marionnettes ". L'on croyait qu'elles étaient les signes avant-coureurs de malheurs ou de malchances et on les disait attirées par les humains et sensibles à leurs charmes. » ( Jean-Pierre PINEAU. « Histoires, chansons et légendes du Bas-Saint-Laurent », Narval éd., 2001, 95p. )

    SYNONYMES : clairons, clairons mesdames, signaux, courants, feux-follets, barbes de chat, northen lights ( de l'anglais ) ( PPQ, CELM ), baldaquin, drapeau, draperie, pavillon, manteau, flocons et tirans ( v. exemple d'emploi 8. ).

    SYNTAGME : danser comme une marionnette.

    REMARQUES : La vue des aurores boréales donne lieu à une série de commentaires et d'aphorismes qui témoignent de la fascination qu'elles exercent sur les gens du pays. Ainsi, les « anciens » disaient en voyant ce phénomène naturel éclairer le ciel : « Les singes ( ou les souris ) dansent » ou « les marionnettes apparaissent après la pluie tandis que les clairons sont visibles par temps sombre ».

    On affirme aussi que les clairons sont, paraît-il, moins agités que les marionnettes et que les marionnettes ont l'apparence de fleurs. Il est par ailleurs intéressant de savoir que le fait de regarder les marionnettes peut perturber ou arrêter la montre que l'on porte et qu'on explique la présence des marionnettes par le reflet du soleil sur les glaciers du nord ou par des tempêtes en haute mer.

    Les marionnettes et la météo :

    Des marionnettes à l'ouest, au nord et quand elles sont basses sur le ciel est synonyme de beau temps, mais quand elles apparaissent au sud, on prédit du mauvais temps.

    La vue des marionnettes peut signifier un changement de temps ou l'arrivée de la chaleur, du mauvais temps, d'une tempête ou du vent ( vent favorable du nord quand elles sont hautes, vent favorable du sud quand elles sont basses ) ( PPQ, CELM ).

HISTORIQUE : Nom fém., marionnette est une forme diminutive ( 1479 ) de Marie ( latin Maria, FEW 61 ), soit par l'altération de Marie, soit par l'intermédiaire de Marion, soit par altération de Mariole, Mariolette. Dès 1223, on rencontre mariole au sens de « Vierge » puis ( 1306 ) « petite image de la Vierge ». Le mot a pris son sens moderne ( 1556 ), en français central, probablement avec l'usage de petites statues de la Vierge, bien attifées et couvertes de bijoux, dans les processions de l'Assomption, et avec les spectacles de poupées donnés en remplacement des Mystères à cette occasion. De nos jours, le mot laïcisé, désigne toutes les formes de figurines utilisées en spectacle. Par métonymie, le pluriel désigne l'endroit où l'on fait jouer les marionnettes et le spectacle lui-même ( 1584 ) ( DHLF, FEW ). Marionnette, avec variantes phonétiques, est attesté dans les parlers de France : en Bretagne « éclair de chaleur » ( FEW ), en Anjou mariennette « vibration de l'air échauffé au contact du sol pendant les grandes chaleurs » ( VerrGl, FEW ), aussi en Vendée marienne et Saintonge marianne, meurienne « vibrations de l'air, visibles à l'horizon, pendant les chaleurs » ( FEW ).

Au Québec marionnettes, nom fém. plur., « aurores boréales » est signalé depuis 1831 ( MassAcad ). Son emploi, à partir du mouvement des aurores boréales qui dansent comme des marionnettes, ne couvre cependant pas l'ensemble du territoire québécois. Le mot est beaucoup plus connu dans les régions du bas du fleuve, du Saguenay, du Lac Saint-Jean, de la Côte-Nord ( LavSag ) et aux Îles-de-la-Madeleine ( PPQ ). Marionnette(s) est aussi relevé, une fois, avec le sens de « canard » : « Il [ le Survenant ] s'exerça à distinguer au milieu des noirs, surtout en grand nombre, le harle huppé de violet [ ... ] le gris au long col haut cravaté de blanc, un français sauvage, et une ou deux marionnettes. » ( Geneviève GUÈVREMONT, « Le Survenant », p.65, Bibliothèque québécoise, 1990 [ éd. originale Beauchemin, 1945 ]. ) Cet emploi peut laisser croire à l'existence de cette acception en français québécois bien qu'elle ne soit relevée dans aucun autre document ( v. plus bas, Marionnettes en Acadie).

Marionnettes est aussi relevé en Acadie, aux îles de St-Pierre et Miquelon et à Terre-Neuve avec le sens « d'aurores boréales ». Geneviève Massignon le relève aussi dans des documents anciens avec un sens différent. En 1672, Denys parle [ d'oyseaux ] appelés « Marionnettes, parce qu'ils vont sautant sur l'eau » et, en 1691, Le Clerq appelle ces oiseaux : « marionnets ».

Le mot est aussi signalé en anglais canadien : « In some regions they [ northern lights ] are called " marionettes " ( Beaver, Sep.13, 1946, DictCan 464b ).

Catégorie :
  1. Innovation sémantique.



Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte de l'exemple I-3.

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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.

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