

8 mars 2004
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
BREUVAGE
BREUVAGENom masc. :
Définitions :HISTORIQUE : Dérive du verbe boire issu du latin bibere
- Toute boisson
( en général ).
Exemples d'emploi :
- « [...] en sorte que tous nos breuvages
[ vins eteaux-de-vie ] étaient tous gelés dedans des futailles[...] » ( Jean-Baptiste-Antoine FERLAND[ abbé ]. « Cours d'histoire du Canada, première partie1534-1663 », p.507, Québec, Augustin Côté Éditeur-Imprimeur, 1861,[ doc. de1536 ], XI-522p.,FTLFQ. )
- « [...] Et pour bruvage
( par-ce qu'en cette ile il n'y a point d'eaudouce ) ilz beurent de l'eau des égouts de l'ile, lesquels on faisoit venir dans vn certain reservoir, oucisterne ; en façõ de ces fossés où barbottét les grenoïlles. Vray est qu'elle valoit mieux que celle qu'il falloit boire sur la mer.[...] » ( Marc LESCARBOT.« Histoire de la Nouvelle France: contenant les navigations, découvertes, & habitations faites par les François és Indes Occidentales & Nouvelle-France souz l'avoeu & authorité de noz Rois Très-Chrétiens, & les diverses fortunes d'iceux en l'exécution de ces choses, depuis cent ans jusques àhui : en quoy est comprise l'histoire morale, naturelle, & géographique de laditeprovince : avec les tables et figuresd'icelle », p.185, Paris, Chez Jean Milot, 1609, 888p., Institut canadien de microreproductions historiques[ ICMH ]. )
- « Quelle boisson boit-on à
l'ordinaire ? Du vin dans les meilleures maisons, de la biere dansd'autres : un autre breuvage qu'on appelle du boüillon, qui se boit communément dans toutes les maisons[...]. » ( Pierre BOUCHER.« Histoire véritable et naturelle des murs & productions du pays de la Nouvelle France, vulgairement dite leCanada », p.140, Paris, Florentin Lambert,[ XXIV ]- 168p., 1664.[ En 1964, la Société historique de Boucherville a reproduit l'ouvrage de 1664 auquel elle a ajouté diversesétudes : LXIII-( 25 )-415p. ], FTLFQ. )
- « Quand les gens le virent en train,
Ils en prirent tous une touche,
Ayant soin d'arroser leur bouche
De temps en temps deBrandevin ;
C'est là leur breuvage divin,
Tout autre n'a rien qui lestouche. » ( DIÉREVILLE. « Relation du voyage du Port Royal de l'Acadie ou de la NouvelleFrance : dans laquelle on voit un détail des divers mouvemens de la mer dans une traversée de long cours, la description du paèis, les occupations des français qui y sont établis, les manières des différentes nations sauvages, leurs superstitions & leurs chasses, avec une dissertation exacte sur lecastor », p.151, Rouen, Chez Jean-Baptiste Besongne, 1708, 261p.,ICMH. )
- « Prenez, prenez, mon jeune monsieur, c'est très-benin, très-fortifiant, ne perdez pas une seule goutte de ce précieux breuvage, que j'ai préparé avec le plus grand
soin. » ( Philippe AUBERT de GASPÉ.« Mémoires », p.78, G.E. Desbarats, Imprimeur-Éditeur, Ottawa, 1866, 563 p.,FTLFQ. )
- « Le fatal breuvage fut apporté et tous deux prirent une bonne lampée. M. Martin fit remarquer que ce Whiskey était très amer
[...] » ( L'Événement, p.2, col. 3, 9 avril 1887,FTLFQ. )
- « Quels remèdes
apporter ? 1 abolir graduellement les tavernes [...]3 diminuer le nombre des permis de boisson et le nombre des heures devente ; 4 détourner nos gens de boire cesboissons ; 5 encourager nos gens à boire du lait, breuvage que recommande le Service Provinciald'Hygiène. » ( « Le Canadafrançais », p.143, Québec, Université Laval, 1926,2e série, vol.14A,FTLFQ. )
- « L'eau d'érable était la seule boisson des
sucriers : breuvage hygiénique propre à garantir des maladies toujours possibles avec les eaux malsalines duprintemps. » ( « Le Canadafrançais », [ Bouchard, Sucrier ] p.626, Québec, Université Laval, 1928,2e série, vol. 15B, no 9, FTLFQ. )
- « Dans l'métier d'membre
Des fois c'est embêtant
Car dans la chambre
Y a d'la chican' souvent,
Selon l'usage
C'est mieux de mettr'e de l'eau
Dans son breuvage,
Qu' d'r'virer soncapot. » ( Albéric BOURGEOIS.« Voyage autour du monde de Joson etJosette » [ radio ], p.6,série 28, bob. 1, émission 60, 21 févr. 1937,FTLFQ. )
- « Quand il fait chaud et que
" ça colle ", le moyen le plus rapide de recouvrer le confort, c'est de prendre un grand verre de boisson froide mélangée avec du Gin de Kuyper, Ginger Ale, Limmon et Citron, Bière de gingembre ou Eau tonique. Ajoutez sucre, glace et brassez avec une cuiller... Ah, quelbreuvage ! » ( Le Devoir, 18 août 1939, p.9, col. 6,FTLFQ. )
- « [...] Les résidants d'Owen Sound ont voté, samedi dernier, pour le maintien de la prohibition de la bière, du vin et des liqueurs fortes, prohibition qui existe depuis quarante-trois ans. Il fallait une marge de 60 pour cent pour autoriser la vente légale des breuvages
alcooliques. » ( Le Devoir, 20 juin 1949, p.2,col. 6, FTLFQ. )
- « Jamais il n'avait pu comprendre ce qu'était le péché et pourquoi, diantre, l'eau-de-feu serait péché quand ça goûte si bon. Pourquoi donc le chef grondait-il toujours lui disant que ce breuvage apportait la honte et la peste à leur
tribu ? » ( Pierre CARLE et Jean-Louis MINEL.« L'Homme et l'hiver enNouvelle-France », p.190, Montréal, Hurtubise HMH, 1972, 206p.[ Coll. Les Cahiers du Québec,10 : Documentsd'Histoire ], FTLFQ. )
- « Les smart drinks, donc boissons intelligentes, représentent une alternative saine et légale aux boissons alcoolisées et aux autres substances à la mode pendant les années 80. [...]
" Huit onces de smart drink contiennent le même nombre de calories qu'un verre de jus d'orange frais, c'est-à-dire 106calories ", raconte Pierre Parent. Selon Martin Villeneuve, le breuvage s'adresse aux gens qui conduisent, à ceux qui ne veulent pas boire, mais qui veulent quand même avoir du fun, et aux personnes plus naturelles qui" trippent " sur letofu ! » ( Le Droit, p.D5, 22 févr., 1995,FTLFQ. )
- Spécialement. Toute boisson non alcoolisée
( thé, café, jus, boisson gazeuse,etc. ).
Exemples d'emploi :
- « Il était environ 10h45 lorsque deux hommes sont entrés dans le restaurant et poste de taxi de Mme L. DiLalio 6800 boulevard Monk. Ils demandèrent chacun une tasse de café. Pendant qu'il sirotaient leur breuvage bien calmement un troisième individu est entré en se disant inspecteur sanitaire et disant qu'il désirait voir la plomberie dans la
cave. » ( Le Devoir, 20 avril 1949, p.3, col. 4,FTLFQ. )
- « Les aliments dont il se fait la plus forte consommation sont le pain, la soupe aux pois, le lard et les pommes de
terre ; les breuvages sont le lait et lethé. » ( Jean-Charles FALARDEAU, Philippe GARIGUE et Léon GÉRIN.« Léon Gérin et l'habitant deSaint-Justin », p.93, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal Faculté des sciences sociales, économiques et politiques, 1968, 181 p.,FTLFQ. )
- « Je voyais cette annonce publicitaire dans un journal de la
région : " Jeudi, sur l'assiette de fruits de mer ou la brochette d'agneau, le breuvage sera gratuit[...] " » ( Inf. masc., 18 ans, Shawinigan, 1978,CELM. )
- « Prendrez-vous un breuvage avec ça
monsieur ? Thé oucafé ? » ( Inf. fém., trentaine, Montréal, 1989,CELM. )
- « À ma grande joie, les nouveaux propriétaires ont conservé la vocation première du
lieu : Cuisine canadienne maison [...] le classique menu du jour à1,25$ : soupe tomate et alphabet, pain de viande, breuvage et pour le dessert, le choix le plus cruel qu'on puisse imposer à un être humain,Jell-O, pruneaux oublanc-mange ! » ( Le Devoir, 29 août 1992, p.A1,FTLFQ. )
- « [ ... ] Prévoir le breuvage des enfants, lait, jus,
[ ... ] » ( Rolande et Réjean BONENFANT, lettre circulaire, Cap-de-la-Madeleine, 23 avril 1994, Archives familiales Bonenfant[ AFB ]. )
- « Pour moi, ce mot-là, breuvage, doit venir de l'anglais, on le voit partout à la télé et même sur tous les menus des
restaurants. » ( Inf. fém., 19 ans, Grand-Mère[ Shawinigan ], 2002,CELM . )
- « Le mot breuvage est maintenant désuet au sens général de liquide que l'on boit. C'est le mot boisson qui le
remplace. » ( Office québécois de la langue française, Bibliothèque virtuelle,2003. )
« absorber unliquide » et au figuré« s'imprégner ». D'abord beverage( fin duXIIe s. ) avec l'acception générale de« toute boisson » qui a pris sa forme actuelle par suite d'une métathèse( inversion ) de -r-. Aujourd'hui cette acception est sortie de l'usage en français central. Le mot se distingue, dès leXVIIe s., de boisson en ce qu'il se réfère surtout à ce qui se boit et qui possède des vertus particulières( magiques, curatives ) ( DHLF ). Aujourd'hui breuvage, nom masc., signifie encore« boisson d'une composition spéciale ou ayant une vertuparticulière » et est considéré comme vieux ou littéraire par plusieurs répertoiresfrançais.
Breuvage« tout ce qui seboit » est attesté au Québec depuis 1534( FTLFQ ). Ce sens sorti de l'usage en français général est encore d'emploi usuel chez nous. Depuis 1945 breuvage, probablement sous l'influence de l'anglais beverage« boisson » lui- même emprunté( XIIIe s. ) à l'ancien français( DHLF ) , connaît l'acception spécialisée de« boisson nonalcoolisée ». Claude Poirier dans son« Dictionnaire historique du françaisquébécois » note que« l'influence [ de l'anglais ] a sans doute joué de façon particulière dans le domaine de la restauration, notamment par l'intermédiaire de menus bilingues sur lesquels l'anglais beverage était, et est encore souvent, traduit parbreuvage ».
Catégories :
- Archaïsme ;
- Anglicisme de maintien.
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-2 et II-6.
Pour faire connaître cet article à un ami, cliquez ici.L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.