

29 mars 2004
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
CHICANE
CHICANENom fém. :
Définition :HISTORIQUE : Chicane, nom fém.
- Échange vif de paroles
( arguments, reproches,insultes ) entre personnes qui s'opposent et qui peut dégénérer en violence.
Exemples d'emploi :
SYNONYMES : Difficulté
- «
[ ... ] en outre donnons pouvoir au dit conseil de commettre à Québec, à Montréal, aux Trois-Rivières, et en tous autres lieux, autant et en la manière qu'ils jugeront nécessaire, des personnes, qui jugent en première instance, sans chicane et longueur de procédures, des différents procès, qui y pourront survenir entre lesparticuliers ; de nommer tels greffiers, notaires et tabellions, sergents et autres officiers de justice qu'ils jugeront à propos, notre désir étant d'ôter autant qu'il se pourra toute chicane dans le dit pays de la Nouvelle-France, afin que prompte et brève, justice y soitrendue. » ( LOUIS XIV[ roi deFrance ]. Avril 1663,« Edits etOrdonnances », vol. I, p.38, dans« Le droit civil canadien suivant l'ordre etabli par lescodes : précédé d'une histoire générale du droitcanadien », tome I, p.117, par Gonzalve DOUTRE et Edmond LAREAU, Montréal, Alphonse Doutre et cie, libraires-éditeurs, 1872,ICMH. )
- «
[ ... ] j'allay de l'autre costé de Quebec par le sud en visitant parcillement toutes le habitations jusqu'à la riviere du Loup, dont j'ay traversé le fleuve de St. Laurens pour en faire autant du costé du nord. Je puis vous asseurer Monseigneur que je n'ay rien Epargné pour apporter la paix, et détruire cet Esprit de chicanne que j'ay trouvé avoir pris de grandes racinnes dans ce pays icy. Ce second voyage a duré presque un mois[ ... ] » ( Jacques de MEULLES [ intendant ]. Lettre manuscrite au ministre, feuillet 2/35, Québec, 4 nov. 1683, Fonds dit des colonies, C11A, Correspondance générale, Canada, Centre des archives d'outre-mer[ France ], COL C11A 6/fol.181-198, ArchivesCanada-France. )
- «
[ ... ] ils[ les Indiens ] vivent en parfaite union & concorde, sans procez & sans chicane pour les biens du monde, qui ne leur font jamais perdre le repos, & leur tranquillitéordinaire. » ( Chrestien LE CLERCQ.« Nouvelle relation de laGaspésie : qui contient les moeurs & la religion des sauvages gaspésiens Porte-Croix, adorateurs du soleil, & d'autres peuples de l'Amérique septentrionale, dite leCanada : dédiée a Madame la princessed'Épinoy », p.511, Paris, éd. Amable Auroy ..., 1691, 572p.,ICMH. )
- «
[ ... ] je voy tous les jours mille disputes ici entre les Coureurs de Bois pour les Ecrits, lesquels n'aportent que des chicanes & desprocez. » ( Louis-Armand de Lom d'Arce, baron de LAHONTAN.« Oeuvres complètes », p.864, dial. 72,[ doc. de1703 ], vol. 2, éd. critique par Réal OUELLET et Alain BEAULIEU, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, 2 vol., 1474p., 1990,FTLFQ. )
- « J'ai plus d'une fois entendu
dire : " Un tel a battuMontferrand ", mais en allant aux informations, j'ai toujours appris autre chose. Par exemple M. Jeanveau, qui demeure encore à Montréal, vient de me faire savoir que ni son père ni lui-même n'ont eu chicane avec Montferrand. Néanmoins on dit partout qu'ils se sontbattus. » ( Ludger GRAVEL, Benjamin SULTE, Louis FRÉCHETTE.« Jos Montferrand » in« Recueil de légendesillustrées », p.48, Montréal,éd. L. Gravel, 1896, 143p.,ICMH. )
- « Quoi qu'il en soit, comme dit M. le curé, à propos de je sais pas quoi, v'là la chicane pris entre mon Coq Pomerleau épi une grande gaffe de marabout de six pieds et demi, du nom de Christophe Brindamour, qu'avait un drôle de
surbroquet. » ( La Presse, p.23, 24 déc. 1898,FTLFQ. )
- « Jamais de ma bonguienne de vie, du Saint-Maurice à la Gatineau, j'ai eu connaissance d'une boutique capable d'accoter celle du foreman Borden pour ce qui en est de la chicane et des engueulades, sous votre
respect. » ( La Presse, p.8, col.2, 16 nov. 1912,FTLFQ. )
- « Un vieillard, M. William Snoddie, qui fut témoin des premières opérations forestières sur la rivière Gatineau me
disait : " Au commencement, le gouvernement ne vendait point les limites àbois ; le premier occupant, devenaitpropriétaire ; ceci fut cause de chicanes et derixes. " » ( Joseph E. GUINARD. Avril-mai 1951, in« Mémoires du Rév. P. Joseph Guinard OMI, missionnaire de 1892 à1943 », p.96, Trois-Rivières, Archives du Séminaire de Trois-Rivières, 1951, 286p.[ Il s'agit d'un manuscrit commencé à Richelieu le 17 février 1944 et terminé à la Réserve indienne de Maniwaki le 22 juin 1946. Cet exemplaire des Mémoires est une copie faite par Madame Bella Beaulac-Douville en avril-mai 1951 et est déposé aux Archives du Séminaire desTrois-Rivières. ], FTLFQ. )
- « GODON
( pour ramener lagaieté ) Voyons, pas de chicane dans lacabane ! Et finissez de vous courailler comme deschevreux. »
( Louvigny de MONTIGNY.« L'épi rouge et autres scènes du pays deQuébec », p.219, Montréal, Le Cercle du livre de France, 1953, 285p.,FTLFQ. )
- « Le supposé mourant qui était une manière de Magona, un vieux narquois, s'était trouvé mal après une chicane de
famille. » ( Jacques FERRON.« Le Saint-Élias », p.64, Ottawa, éd. du Jour, 1972, 186p.,NéoClas. )
- « Quand j'me sus présentée au Château Laurier avec ma p'tite valise, ma p'tite robe noire de nouvelle orpheline pis ma p'tite vertu prête à être vendue au premier cochon venu, les femmes d'Ottawa m'ont tu-suite sizée
[ jugée ] pis la chicane a pogné dans leParlement. » ( Michel TREMBLAY.« La grosse femme d'à côté estenceinte », p.62, Leméac, Coll. Babel, Montréal, 2003, 286p.,[ éd. originale,1978 ], FTLFQ. )
- « Un beau
" chiard ", ce qui n'est pas sans soulager l'état-major des Nordiques de Québec constatant que le nid de chicanes s'est miraculeusement déplacé du Colisée au Forum avec d'autres têtes mises àprix. » ( Le Soleil, p.C1, col.1, 6 févr. 1981,FTLFQ. )
- « Du côté des groupes, je suis engagé
( toujours lesoir ) avec le Renouveau charismatique, l'équipe de préparation au mariage, l'équipe des visiteurs de malades et de personnes âgées, le conseil de pastorale, et quelques autres comités de notre paroisse, qui en compte une quarantaine. C'est bien structuré, mais parfois il faut être habile, quand" la chicanepogne "... Cela fait partie du travail d'équipe... et du bénévolat, sansdoute. » ( Roland BONENFANT[ père franciscain ], lettre, Longueuil, 12 déc. 1981, Archives familialesBonenfant. )
- « Vous étiez donc très
amis ?
Oui, très amis.
Moi aussi, j'ai déjà été son ami, intervient Tête d'Oiseau avec un accent de jalousie.
Ça paraissait pas trop, grommelle Barbiche. Messieurs ! Oubliez vos chicanes et n'essayez pas d'avoir raison. L'important, c'est d'avoir l'heure juste. Donc, selon vous, il serait revenu auxinstruments ? Affirmatif. »
( Francine OUELLETTE.« Le GrandBlanc », p.517, Montréal, Libre Expression, 1993,894p. )
- «
[ ... ] la paroisse[ catholique ] de Maskinongé. À cet endroit, vers 1890, éclate une terrible chicane à propos de l'emplacement de l'église. Les paroissiens des deux côtés de la rivière veulent avoir le clocher chez eux. L'évêque de Trois-Rivières ayant tranché le débat en faveur de l'une des deux parties, les" perdants " appellent aussitôt un pasteur protestant pour assurer le servicedivin. » ( François ROY.« Des religionsrivales », chronique« Voyage dans letemps », Le Nouvelliste, Trois-Rivières, samedi 13 mars 2004,p.55. )
« mésentente entre deuxpersonnes » ( rare ), contredit« légère altercation » ( vieux ) ( FTLFQ ).
SYNTAGMES : chicane de famille,engendrer ~, êtreen ~ ( avec qqn ), à laprochaine ~ « au revoir », à uneautre ~ « id. », la ~ prend, fairede la ~ ( PPQ, CELM ).
DÉRIVÉS : chicaneur, nom et adj.,« personne qui sedispute »; chicaneux, nom et adj.,« id. » ( Clapin, Di ); chicaneau, nom et adj.,« id. » ( NéoClas ); chicanier, nom et adj.,« qui est disposé à ladispute » ( Di ), chicanerie, nom fém.,« mauvaise difficulté » ( NoëlChapsal ) : REMARQUE :« [ ... ] et oster le plus que l'on pourroit leschicaneries. »
( Samuel de CHAMPLAIN.« Voyages du Sieur de Champlain ou Journal ès découvertes de la NouvelleFrance », tome 2, p.37, Paris, 1830, 387p.,[ manuscrit original,1621 ], ICMH ). « Pas de chicane dans lacabane », aphorisme basé sur une rime, est particulièrement connu au Québec.
( 1582 ), déverbal à partir de chicaner d'origine incertaine( 1461 ), est non seulement un terme de procédure élargi au sens de« querelle » et employé pour désigner péjorativement le milieu juridique( 1675 ; avant 1664, gens dechicane ), mais aussi un terme de jeu( de mail ) qui réalise soit l'idée d'un petit coup, soit( XXe s. particulièrement en ski,1931 ) celle d'un tracé tortueux( en chicane ) : « en zigzag » comme celui d'une procédure embrouillée( DHLF, FEW ).
En français québécois, un développement plus large de chicane( v. 1650 ) correspond à l'idée« d'échanges pouvant mener à unebataille ». Il s'agit là, indiscutablement, d'une acception qui pousse plus avant le sens français de« dispute futile,bisbille » ( PR, Lexis,TLF ). Chicane, au Québec, est encore fréquent contrairement à l'utilisation de la même forme en France et dans la francophonie.
Catégorie :
- Innovation sémantique et fréquence d'emploi plus importante qu'en français central.
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard( de RabaskaMultimédia ) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-1, 2, 13 et 15.
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vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.