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Photo d'archives pour illustrer le verbe Espérer, dans le sens d'Attendre
Le 10 septembre 1984, sous une pluie froide,
une foule de pèlerins espérait l'arrivée du pape Jean-Paul II au sanctuaire Notre-Dame-du-Cap. ( Archives privées )


15 mars 2004


Capsule de chez nous
par Serge Fournier

Communiqué de presse

Le mot de la semaine
ESPÉRER







ESPÉRER transcription phonétique du verbe Espérer : Verbe tr.

Définition :
  1. Attendre, s'attendre à.

    Exemples d'emploi :

    1. « Depuis là jusques au Mont-Royal, je trouve grande quantité de Marsouins blancs, propres à faire de l'huile, si on les pouvoit attraper. On en void des quantitez admirables, depuis Tadoussac jusques à Quebec, qui bondissentt sur la riviere. Ils sont extremément grands & gros ; & l'on peut esperer du moins une barique d'huile de chacun, ainsi qu'on a expérimenté de quelques-uns qu'on a trouvé échoüez. » ( Pierre BOUCHER. « Histoire véritable et naturelle des mœurs & productions du pays de la Nouvelle France, vulgairement dite le Canada », p.75, Paris, Florentin Lambert, [ XXIV ]-168p., 1964, [ doc. de 1664 ], FTLFQ. )

    2. « Le printemps [ 1687 ], j'en party avec toutte la jeunesse, et arrivay après-midy à Michillimakinak. Mr. de la Durantaye en estoit sorty le matin avec les François, qui n'avoient pu résoudre les Outaoüas à se mettre en marche. Aussytost qu'ils me virent, ils me dirent de les attendre quelques jours, et qu'ils estoient dans l'intention de partir avec moy, que leurs cannots n'estoient pas en estat, et que lorsqu'ils seroient prêts ils suivroient les François. Je les crus et les espéray pendant huit jours. » ( Nicolas PERROT [ 1644-1717 ]. « Mémoire sur les moeurs, coustumes, et relligion [ sic ] des sauvages de l'Amérique septentrionale par Nicolas Perrot, publié pour la première fois par le R. P. J. Tailhan de la Compagnie de Jésus », p.141, Leipzig & Paris, Librairie A. Franck, 341p. + index alphabétique [ 39p. ], 1864, Institut canadien de microreproductions historiques [ ICMH ]. )

    3. « En cas de Rupture entre les deux Couronnes il seroit Essentiel de faire la Conquête de la Baye d'hudson qui nous hôte beaucoup plus de peleteries, et de Castors, que tous les postes de la Colonie nen font rentrer. Sy javois le bonheur d'Etre dans la suite chargé de cette Expédition les connoissances que j'ay me seroient d'un grand secours, et me donneroient lieu d'Espérer de remplir ma mission à la satisfaction de mon General. » ( Jacques Repentigny LEGARDEUR DE SAINT-PIERRE. « Mémoire ou Journal sommaire du voyage de Jacques Repentigny Legardeur de Saint-Pierre [ ... ] chargé de la découverte de la Mer de L'Ouest », dans Rapport sur les Archives canadiennes 1886, p.CLXII, 1752, Ottawa, pp. CLVI-CLXIII, FTLFQ. )

    4. « [ ... ] je me vois dans la dure nécessité d'implorer votre assistance. Je n'ose point m'adresser à votre père, car il m'a déjà obligé [ ... ]. Prêtez-moi si vous le pouvez 1 louis sur billet promissoire et j'ose espérer que vous n'aurez jamais à vous repentir de m'avoir rendu ce service. » ( Robert BLONDIN, en collab. avec Gilles LaMONTAGNE. « Chers nous autres : un siècle de correspondance québécoise », doc. du 10 nov. 1862, pp.274-275, Montréal, VLB Éditeur, 2 vol., 1978, 293p. + 299p., FTLFQ. )

    5. « – Espérez un instant, fit-il, et il alla chercher dans son grenier deux peaux d'ours qu'il avait tués récemment. » ( Joseph ROYAL. « La vallée de la Mantawa : récit de voyage », p.30, Montréal, Typographie Le Nouveau-Monde, 1869, 162p., ICMH. )

    6. « Fermant l'oreille aux promesses comme aux menaces, ils [ les Canadiens français ] se ramassèrent sur eux-mêmes pour réparer leurs forces ; ils retournèrent à la charrue qu'ils avaient laissée pour la carabine ; ils prièrent, ils espérèrent, ils se souvinrent, et opposèrent une masse impénétrable à toutes les tentatives d'anglicisation. » ( Thomas CHAPAIS. « Discours et conférences », p.21, Québec, Imprimerie de L.-J. Demers & Frère, 1897, 340p., FTLFQ. )

    7. « La pêche de la morue avait aussi été tentée avec des résultats permettant d'en espérer d'importants bénéfices, avec peu de frais. » ( Joseph-Noël FAUTEUX. « Essai sur l'industrie au Canada sous le régime français », p.502, vol. 2, Québec, Ls.-A. Proulx [ impr. ], 1927, 2 vol., XX-572 p., FTLFQ. )

    8. « – On va toujours espérer un brin. On est pas pressés, surtout que l'courant hale pas fort à soir. » ( René LÉVESQUE. « Attendez que je me rappelle... », p.504 [ Annexe B ], Montréal, Québec / Amérique, 525p., 1986, FTLFQ. )

    9. « À cinq pas de la voie ferrée, longue échelle que les Anges Déchus avaient laissé glisser sur la terre pour se venger, la petite Emma avait dépensé toutes les heures de son enfance à espérer la venue du train, à regretter son passage si fugace. À parler net, elle avait passé son enfance à rêver. À la nuit montante, le front appuyé à la vitre embuée de la fenêtre de sa chambre, véritable écran à dégivrer, elle regardait venir le train et son projecteur puissant, ce phare unique et éphémère. » ( Réjean BONENFANT. Nouvelle « Toute ressemblance avec... », dans « La part d'abîme », p.123, VLB éditeur, Montréal, 1987, 159p., [ nouvelle d'abord publiée dans « Écrits du Canada français », no 51, Montréal, 1984 ], Archives familiales Bonenfant [ AFB ]. )

    10. « Parce qu'il faut bien espérer quelque chose, sans s'impatienter, sans se plaindre, Anne espère le printemps. Hélas ! il paraît encore loin, le printemps ! Pas plus tard que ce matin, une neige fine et poudreuse est venue ouater le paysage, repoussant pour un temps le retour des oiseaux. » ( Marcelyne CLAUDAIS. « Ne pleurez pas tant, Lysandre... », p.143, Montréal, Éditions Libre Expression, 1993, 288p., FTLFQ. )

    11. [ À propos des murs de pierre du vieux presbytère de Batiscan ]
      « [ ... ] C'est tout' d'la pierre des champs, vous savez ? On l'aurait glanée à Saint-Pierre les Becquets [ ... ] juste en face de l'aut' bord du fleuve. [ ... ] Probable que pour en charroyer autant, i'ont espéré l'hiver. De coutume, le fleuve gèle pour Noël, une vraie bénédiction du p'tit Jésus ! Pis quand l'pont d'glace est ben balisé avec une lignée de p'tits âbres, ça nous fa' une travarse. On peut s'carrioler sans craindre de tomber d'un trou chaud ou risquer d'se perdre dans poudrerie. » ( Guy RIVARD. « Visite théâtralisée complète du Vieux Presbytère de Batiscan », p.5, Batiscan, Fondation des amis du Vieux Presbytère de Batiscan, 1996, 17p. )

    SYNONYMES : guetter « attendre avec impatience », prendre patience, fumer, watcher ( PPQ, CELM ).

HISTORIQUE : Espérer, v. tr. est issu ( v.1050 ) du latin sperare « considérer ( qqch ) comme devant se réaliser », de spes « attente d'un événement heureux ». L'influence de l'écrit explique le maintien du –s, qui donne au mot l'apparence d'un emprunt. Espérer signifie « attendre, s'attendre à » ( v.1120 ), encore en usage au XIXe s. et, à la même époque, « avoir confiance en » ( 1re moitié du XIIe s., espérer en ) ; en ce sens seule la construction espérer en qqch. et l'emploi intransitif reste vivants aujourd'hui ( GHLF, FEW ). Espérer « attendre » est cependant encore usuel dans de nombreux patois, notamment dans le Nord-Ouest, l'Ouest et le Centre de la France ( JunJum 113, FEW ).

En français québécois espérer, avec l'acception mentionnée, existe depuis le début de la colonisation et son emploi a été relevé partout au Québec tout comme pour son concurrent guetter ( PPQ ). On a aussi relevé chez nous le verbe espérer « attendre » dans des emplois aujourd'hui en voie de disparition : espère-moi, espère un peu, espère voir, espérez une minute, espérez-moi une minute, espérez voir, j'espère, je l'espère ( PPQ, CELM ). Espérer et espérer la maladie « attendre un enfant ( d'une femme mariée ) », fréquents avant 1950, sont toutefois, à présent, complètement sortis de l'usage.

Espérer « attendre » est signalé aux Îles de la Madeleine ( Frère Marie-Victorin, dans « Le Canada Français », IV, 1920, 21 ) et aux Îles St-Pierre et Miquelon ( Aubert de la Rue, 207 ) ( MassAcad ). Espérer avec l'acception de « attendre un enfant » semble encore fréquent en Acadie ( Id. ).

Catégorie :
  1. Archaïsme et Dialectalisme.



Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-2, 5, 9 et 11.

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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.

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