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animation illustrant le mot étriver
Enfant, votre webmestre
aimait bien étriver sa jeune sœur. ( GR )



1er mars 2004

Capsule de chez nous
par Serge Fournier



Le mot de la semaine
ÉTRIVER

FAIRE ÉTRIVER






* ÉTRIVER [ etrive ] : Verbe tr.

Définition : Agacer, harceler ( qqn ) pour de petites choses ; taquiner, asticoter.

Exemples d'emploi :

a ) À l'endroit de quelqu'un.

  1. « Il me dit que M. Guay avait trente fois plus d'honneur que moi. Lui ayant demandé pourquoi il avait plus d'honneur que moi, il me répondit que c'était pour m'étriver qu'il me disait cela. » ( Témoignage de Julien LACHANCE, dans « Journaux de l'Assemblée législative de la Province du Canada depuis le 19me jour d'août 1852, jusqu'au 14me jour de juin 1853, ces deux jours inclus, et dans la seizième année du règne de notre souveraine dame la Reine Victoria : étant la première session du quatrième Parlement provincial du Canada : 1ère partie,du 19 août 1852 au 4 mai 1853 », p.299, 14 oct. 1852, Québec, E.J. Barker, 1853, 818p., Institut canadien de microreproductions historiques [ ICMH ]. )

  2. « – Une jeune demoiselle de haute éducation, et portant le nom auquel nous faisons ici allusion [ Anne ], se trouvait dans une grande soirée, où il y avait grand bal. Un jeune élégant, son amant, peut-être irréprochable sous tous les rapports, sauf celui du bon langage, voulut prier la demoiselle de danser avec lui le prochain quadrille.
    – Mademoiselle âne, dit-il, me ferait-elle l'honneur, etc.
    Cette apostrophe animale fit à l'instant monter le rouge le plus vif au front de la jeune fille, et, voisins et voisines comprimèrent de leur mieux un sourire moqueur, tout en étrivant du coin de l'œil la victime de cette gracieuse invitation. Notre jeune homme s'aperçut bien vite qu'il venait de piler sur une épine, mais la blessure était faite...... et en double.
    A dater de ce moment, rupture complète entre les deux amants !
    [ ... ] Avis aux damoiseaux en herbe ! »
    ( Joseph Amable MANSEAU. « Dictionnaire des locutions vicieuses du Canada avec leur correction suivi d'un dictionnaire canadien », pp.55-56, Québec, J. A. Langlais, libraire-éditeur, 1881, 118p., ICMH. )

  3. « Comme la maison était toujours pleine de monde et que les repas avaient lieu à toute heure du jour et de la nuit, la position de tante Théotis n'était pas gaie. Elle s'impatientait quelque fois [ sic ] et trouvait le fardeau un peu lourd. Labelle se faisait un plaisir de l'étrivrer, mais elle supportait patiemment tous ses quolibets et ses apostrophes. » ( Laurent-Olivier DAVID. « Mes contemporains », pp.168-169, Montréal, sans nom, 1894, 285p., ICMH. )

  4. « Quand la prière fut finie les jeunesses " s'étrivèrent " encore quelque temps. » ( Lionel GROULX [ Abbé ]. « Les Rapaillages [ vieilles choses, vieilles gens ] », p.66, Montréal, Le Devoir éd., 1916, 159p., NéoClas. )

  5. « Bande de grands haïssables ! Laissez-le donc arriver, le pauvre petit, avant de commencer à l'étriver ! » ( MARIE-VICTORIN [ Frère ]. « Récits laurentiens », p.65, Montréal, éd. Lidec, 1942 [ éd. originale 1919 ], 217p., NéoClas. )

  6. « T'as pas besoin de te fâcher
    La bastringue et pis la bastringue
    T'as pas besoin de te fâcher
    J'ai fait ça, c'est pour t'étriver »
    ( Mary BOLDUC et Ovila LÉGARÉ. « La bastringue » [ paroles de La Bolduc sur musique folklorique ], 78 r/min [ 78rpm ], Compo Company, étiquette Starr, Montréal, enregistrement du 27 oct 1930. )

  7. « Reste à voir, si vous êtes une bonne fille ! Ben non, ben non, Melle [sic ] Verrette, fâchez-vous pas, là ! Vous savez ben que j'dis ça pour vous étriver ! J'vous crois là, vous êtes contente ? » ( Michel TREMBLAY. « Les Belles-Sœurs » p.33, Montréal, Leméac, 1968, 71p. )

  8. « [ ... ] c'était normal qu'on se chicane un brin, qu'on s'étrive, qu'on s'donne quéques claques sus la margoulette [ ... ] » ( Victor-Lévy BEAULIEU. « En attendant Trudot », p.54, Montréal, éd. de L'Aurore, 1974, 73p., NéoClas. )

  9. « En soirée, on tue le temps. Les enfants " s'étrivent " *. On rappelle à l'ordre les plus vieux, leur répétant qu'ils ont maintenant l'âge d'assister à la messe de minuit.
    * Provenant du Maine, de la Normandie et de la Picardie, étriver a le sens d'agacer, d'exciter par de légères provocations. [ note ] »
    ( Jean PROVENCHER. « C'était l'hiver : la vie rurale traditionnelle dans la vallée du Saint-Laurent », p.84, Montréal, Les Éditions du Boréal Express, 1986, 279p., FTLFQ. )

  10. « Les trois hommes partirent à rire et Florence, offusquée de n'avoir pas retenu la question et d'avoir à supporter maintenant leurs sous-entendus, tourna les talons pour aller aider sa mère qui commençait à servir les hommes.
    – On peut jamais faire des farces sans que Florence monte sur ses grands chevaux, dit René qui aimait l'étriver.
    – Sérieuse comme un pape, la cadette, renchérit Maurice. »
    ( Johanne POULIN-GAGNON. « L'Horloge aux souvenirs », T.1, p.12, Montréal, Libre Expression, 1996, 2 vol., FTLFQ. )

  11. « [ ... ] il est plus facile de sortir un gars du quartier Saint-Sauveur que de sortir le quartier Saint-Sauveur d'un gars. Il le disait pour m'étriver, mais je crois aujourd'hui qu'il y avait dans cette boutade une part de vérité. Je suis un être hybride, Clovis, à la fois sage et méchant, vulgaire et instruit, un bum qui cache sous sa veste de cuir sa belle éducation. Un bâtard culturel et un professionnel raté. Pour faire court : je suis plutôt fucké. Un être désabusé qui prend la vie pour ce qu'elle est, rien d'autre qu'une immense tromperie. » ( Alain BEAULIEU. « Fou-Bar », p.60, Montréal, Éditions Québec/Amérique, 1997, 228p., FTLFQ. )

  12. « Je voudrais insister pour redire tout ce que ce travail doit à ceux qui m’entourent, avec qui je partage l’idéal. Ma famille, tout d’abord, ma femme et mes enfants, qui ont, pour ainsi dire, toujours la primeur, de ces textes, des idées qu’ils mettent en jeu. Merci de m’étriver quand nos soupers tournent trop souvent au séminaire d’analyse politique. » ( Robert LAPLANTE. « Chronique de l’enfermement » présentation à l’occasion du lancement du livre le 9 février 2004, site de L'Action nationale. )

b ) Emploi absolu.

Exemple d'emploi :

  1. « Vieux pêcheurs d'expérience, ils causaient peu. À peine le père Lavoie, qui aimait étriver disait-il à l'autre qui manquait parfois son poisson : Bateau, qu'elle était belle. » ( Lionel GROULX [ Chanoine ]. « Au Cap Blomidon », p.13, Montréal, Libraire Granger, 1950 [ éd. originale, 1932 ]. )

* FAIRE ÉTRIVER : loc. verbale.

Exemples d'emploi :

  1. « [ ... ] toujours les promesses qu'il m'a faites avant d'partir, quant à moé, j'serai toujours parée à souquiendre les miennes... Vous lui marquerais aussi, que cheuz nous m'font étriver quand y m'voient songearde parce qu'y disent que je m'ennuie de lui... » ( FRANÇOISE. « Fleurs champêtres », p.87, sans nom, 1895, 195p., ICMH. )

  2. « Fais-la pas étriver, Antonin, conseilla le père. Elle bardasse dans les chaudrons depuis ce matin. » ( Marie LE FRANC. « Le Fils de la forêt », p.131, Paris, Bernard Grasset, Éditeur, 1952, 255p., FTLFQ. )

  3. « Monsieur Hémon, [ ... ] passait tout son temps à le faire étriver. À tout bout de champ, il lui disait :
    – Voyons, Tit'homme, voyons ! Tu sais bien que tu n'es qu'une petite fille. »
    ( Jacques FERRON. « Les Confitures de coing et autres textes », p.287, Montréal, éd. Parti Pris, 1972, 326p., NéoClas. )

  4. « Ça fait deux nuits que je passe presque blanche à minoucher ma femme sans que ça s'épluche. Des plans pour me faire étriver jusqu'à la fin de mes jours si ça se sait. » ( Jean-Jules RICHARD. « Centre-ville », p.119, Montréal, éd. L'Actuelle, 1973, 232p., NéoClas. )

  5. « À onze ans, l'année du mariage de ma sœur Yvonne [ 1918 ], j'ai marché au catéchisme. Je demeurais pendant ces trois semaines chez M. Elzéar Jacob, en haut du magasin actuel : J.E. Jacob. J'étais très bien, avec ces deux bons vieux, qui gardaient aussi leur petite-fille Germaine Cossette. L'on me faisait " étriver ", on disait que c'était ma blonde. C'est là que j'ai commencé à aimer les filles. [ ... ] » ( Ernest BONENFANT. Extrait de ses mémoires manuscrits dans « Moine oncle ! », p.12, Saint-Narcisse de Champlain, éd. de la Catalogne, coll. Le Galendor no4, 1977, 52p., Archives familiales Bonenfant [ AFB ]. )

  6. « Lucienne était penchée sur le poêle, préparant une assiette bien garnie.
    – Il n'a pas accepté le comportement des autres. C'est ça ! Pourtant, c'était pire dans mon temps, bien pire. Mais lui, il ne l'accepte pas. Pourtant, la paye est bonne aux chantiers. Et une fois habitué, c'est pas si mal. À la fin, les gars sont corrects, même s'ils te font étriver. Lucienne abonda. »
    ( Serge CÔTÉ. « L'Indien. Les trois jours de la nation », p.57, Chicoutimi, Éditions JCL, 1988, 268p., FTLFQ. )

  7. « – et plusieurs dizaines de travailleurs, d'humeur joyeuse, qui se retrouvent entre amis et qui se font étriver en attendant d'approcher de la table [ ... ]. » ( Le Soleil, p.A10, 3 nov. 1992, FTLFQ. )

  8. « Et comme pour faire étriver encore plus tous ceux qui la trouve [ sic ] un peu vieille pour jouer les mamans, elle [ Nanette Workman ] ajoute qu'elle en aurait volontiers un autre. » ( Châtelaine, janv. 1994, p.17, FTLFQ. )

SYNONYMES : achaler, bâdrer, attiner, endêver, picosser, cranker, cauxer ( PPQ, CELM ).

DÉRIVÉS : étrivant(e) « taquin(e) », étriveur « id. », étrivation « taquinerie » : Entendre, ne pas entendre les étrivations « accepter, ne pas accepter les taquineries » ( PPQ, CELM ).

HISTORIQUE : De l'ancien francique strid « contreverse, polémique ». Français du Xe s. jusqu'à la fin du XVIIe s. estriver, qui connaissait les acceptions de « quereller, disputer, débattre » selon un emploi intransitif et « contester, combattre » ( en ancien et moyen français ) comme verbe tr., disparaît de l'usage fr. et est déjà considéré comme vieilli à partir du XVIIe s. Le verbe intr. étriver « taquiner, agacer » a pour sa part vécu dans la plupart des parlers du Nord et du Nord-Ouest de la France, de même qu'en Belgique. La locution faire étriver « taquiner, agacer un peu pour s'amuser » est aussi largement répandu dans la France d'oïl ( FEW ).

Au Québec, étriver et faire étriver « taquiner, agacer » ( début du XVIIIe s. et probablement avant ), sont encore usuels partout sur le pays. Verbe et locution sont toutefois fortement concurrencés par le français agacer, tandis que taquiner semble trop recherché pour s'imposer dans l'usage quotidien des Québécois.

Étriver « taquiner » est relevé en Acadie où il est encore fréquent ( MassAcad ).

Catégorie : Dialectalisme.




Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples ÉTRIVER a)-2, 6, 12; et FAIRE ÉTRIVER -5.



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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.

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