

22 mars 2004
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
ÊTRE EN FAMILLE
ÊTRE EN FAMILLELoc. verbale. :
Définition :HISTORIQUE : Famille, nom fém., est un emprunt assez tardif
- Fam. Être enceinte.
Exemples d'emploi :
SYNONYMES : La liste est impressionnante et témoigne de la gêne, du trouble des Québécois, jusqu'à la moitié du
- « ...Elle, a s'voit encore
[ être ] en famille,
Dans la misère à pusfinir ;
Ell' pense au lavage, aux guenilles,
Pis ell' s'demand' c'qu'i' vontd'venir. »
( Émile CODERRE alias Jean NARRACHE.« Soir d'été » dans« Quand j'parl' toutseul », p.87, Éditions Albert Lévesque, Montréal, 1933[ édition originale1932 ], 130p. )
- « Salissez pas ma
femme ! Phonsine est pas de votre race. Elle est respectable. Salissez-la pas, elle est enfamille. » ( Germaine GUÈVREMONT.« Marie-Didace », p.98, Montréal, éd. Fides, 1974,[ éd. originale1947 ], NéoClas. )
- « Famille, être
en : enceinte, en parlant d'unefemme. » ( Harry BERNARD.« Les Jours sontlongs », [ Glossaire à la fin du roman,p.207 ], Montréal et Paris, Fides éd., 1951, 213p.,CELM. )
- « Plusieurs termes populaires sont employés dans la région de Montréal pour désigner le phénomène de la grossesse. Au cours de mon enquête, j'ai relevé les expressions
suivantes : " Elle est partie pour lafamille ", " Elle est enballoune ", " Elle est enfamille ", " Elle estpiquée ", " Elle estgrosse ", " Elle attend lessauvages " [ ... ] » ( Archives de Folklore, coll. Collin[ Montréal ], 1978, p.2,FTLFQ. )
- « M'man, vous avez pas eu la
nouvelle !
Ma fille, les nouvelles, de c'temps-icitte, j'cours après dans tous les coins du village, ça fait que cette-là, j'l'ai p't'êt' entendue itou... Qu'est-cequ'i'a ?
T'nez-vous ben... J'pense que ça va vous faire plaisir... pis pas en même temps, parce que c'estd'valeur ! [ ... ] Gracia est enfamille ! »
( Réal-Gabriel BUJOLD.« Le p'titministre-les-pommes », p.187, Montréal, Leméac, 1980, 257p.,FTLFQ. )
- « Une grossesse se traduit par des expressions fort
connues : être en famille, partir pour la famille, partir pour la gloire, attendre lessauvages ; sauf cette dernière expression, les autres sont encore aujourd'hui courammentutilisées. » ( Diane SIMONEAU.« Les Médecines populaires auQuébec », p.58, Montréal,L'Aurore - Univers, 1980, 142p.,FTLFQ. )
- « Je suis ben contente d'être en famille, d'être enceinte si tu veux, j'aime ça me promener avec mon bébé dans mon ventre et d'attendre qu'il vienne au
monde. » ( Inf. fém., 25 ans, Québec, 1982,CELM. )
- « Y'é vraiment pas facile de t'habiller quand t'es en famille. Je passe des journées avant de trouver de quoi qui fasse
l'affaire ! » ( Inf. fém., 32 ans, Shawinigan, 1984,CELM. )
- « Un peu cachottière, cependant, la 'tite fille. Quand j'ai appris qu'elle était en famille, j'ai failli la mettre à la
porte : j'ai besoin d'un personnel stable, moi,voyez-vous. » ( Yves BEAUCHEMIN.« Juliette Pomerleau », p.199, Montréal, Québec/Amérique, 1989, 691p.,FTLFQ. )
- « Ma tante a été en famille presque toute sa vie.
Imagine ! Elle a eu dix-septenfants. » ( Inf. masc., 46 ans, Trois-Rivières, 1996,CELM. )
- « Mais sa fille Katia, habituellement membre du groupe, n'est pas du
voyage : elle est" en famille ", dit-il, employant à dessein une expressionquébécoise. » ( Denise PELLETIER.« Charles Aznavour éprouve toujours le mêmeplaisir », Le Quotidien, Saguenay, 14 sept.2002. )
XXe s., à parler franchement de la sexualité. Nous présentons, ici, les mots et expressions les plus courammentemployés :
« Attendre un enfant en parlant d'une femmemariée »
Partir en famille, partir pourla ~, les Sauvages vont venir, les Sauvages vont passer, la Mi-carême va venir, le bélier l'a toquée, partir de l'autre bord, attendre le Messie, attendre les Sauvages, attendre du nouveau, être pour acheter, être à la veille d'acheter, attendre, partir( PPQ, CELM ).
« Attendre un enfant en parlant d'une femme nonmariée »
S'être fait prendre, s'être fait attraper, s'être fait amancher, s'être fait enfirouaper, être tombée à plein ventre, avoir sauté la clôture, avoir jumpé le manche à balai( PPQ, CELM ).
REMARQUE : EN FAMILLE est souvent précédé d'un nom ou d'un verbe et se prête fréquemment à la formation de nombreuseslocutions : Prière en famille, campingen ~, se réuniren ~, mangeren ~, passer Noëlen ~, se retrouveren ~, passer la veilléeen ~, voyageren ~, souperen ~, etc.
( 1337 ) au latin classique familia, dérivé de famulus« serviteur, esclave ». EN FAMILLE. Être en famille« être avec lessiens » est consigné dans la plupart des répertoires duXXe s., mais aucun relevé appartenant au fr. central ne correspond à l'idée d'une femme en état de grossesse. En Belgique et en Lorraine, tout comme en fr. québécois, on relève comme provincialisme( HanseDict ), attendre famille« attendre unbébé ».
Le français être enceinte est aujourd'hui la locution la plus usitée au Québec à côté de être en famille, attendre, partir, partir en famille et partir pour la famille« attendre unenfant ». Les glossairistes relèvent la locution être en famille depuis le début duXXe s., ce qui laisse supposer une utilisation antérieure, vers le début duXIXe s. et même probablement avant.
Être en famille, avec le même sens, est aussi relevé en Acadie( MassAcad ) et en Louisiane( DitchyLouis, 1932 ).
Catégorie :
- Innovation lexicale et peut-être dialectalisme.
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-1 et 11.
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vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.