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Photo d'archives pour illustrer le verbe S'Abrier
( Photo : 1980. Archives privées )


13 avril 2004


Capsule de chez nous
par Serge Fournier



Le mot de la semaine
ABRIER
; ABRILLER








ABRIER ; ABRILLER [ abrije ] : Verbe tr. et pron.

Définitions :
  • V. tr.
  1. Couvrir ( qqn ) à l'aide des couvertures d'un lit.

    Exemples d'emploi :

    1. « Comme le froid de l'Hyuer commençoit à fe faire fentir, vn autre Barbare demanda au Pere la plus grande partie d'vn bout de caftelogne qui luy feruoit de robe, de matelats & de couuerture. Ie te la donnerois volontiers, luy repart le Pere, mais elle eft defia fi courte qu'elle n'abrie que la moitié de mon corps, fi tu en couppe tant foit peu tu me ietteras dans vne nudité mefceante aux yeux de tout le monde. » ( Jérôme LALEMANT. « Relation de ce qvi s'est passé de plvs remarqvable és Miffions des Peres de la Compagnie de Iesvs, en la Novvelle France, svr le grand flevve de S. Lavrens en l'annee 1647 : enuoyée au R.P. Prouincial de la Prouince de France », p.88, Paris, Chez Sébastien Cramoisy, imprimeur ordinaire du Roy, & de la Reyne Régente, et Gabriel Cramoisy, 1648, 276p., ICMH. )

    2. « Le petit lit, placé près du sien, lui paraissait encore recéler quelque danger, et ce fut dans sa propre couche qu'elle abrit [ sic ] sa fille, la serrant dans ses bras fiévreux, comme pour défier ses persécuteurs de venir l'y reprendre. » ( Claire CHANDENNEUX. « Cléricale !... », p.330, Montréal, Feuilleton de l'étendard, 1883, 352p., ICMH. )

    3. « Alexis s'étendit de tout son long, sur le dos.
      – Veux-tu que je vienne t'abrier, demanda Bertine ? »
      ( Claude-Henri GRIGNON. « Un Homme et son péché », p.132, Montréal, éd. du Vieux Chêne, 1942, [ éd. originale 1933 ], 198p. )

    4. « C'est commettre un archaïsme que de dire, par exemple, à une gardienne d'enfant [ abrillez ] " bien le petit quand vous le mettrez au lit, car il fera froid ce soir " au lieu de " couvrez bien le petit " ... » ( DagDict, p.5, 1967. )

    5. « Je me couchais en chien de fusil et les couvertures m'abrillaient, me protégeaient contre le reste du monde... » ( Victor-Lévy BEAULIEU. « Oh Miami Miami Miami », p.63, Éd. du Jour, 1973, 349p. )

    6. « Évidemment quand on parle du verbe abrier, on voit l'image d'une mère qui se penche sur ses enfants et qui les abrille pour la nuit. » ( Inf. masc., 37 ans, Grand-Mère, 1978, CELM. )

    7. « Quand je sus arrivé dans sa chambre y'était abrié jusqu'aux oreilles et ses vêtements traînaient un peu partout dans la chambre. » ( Inf. masc., 48 ans, Trois-Rivières, 1983, CELM. )

    8. « Je fais quoi, là ? Je n'ai pas envie qu'elle me voit en petits caleçons, debout dans ma chambre, en train de les écornifler. Et si je lâche la poignée, je n'aurai pas le temps de courir jusqu'à mon lit me coucher, m'abrier et faire semblant de dormir sans qu'elle se doute de quelque chose. » ( Steve REQUIN. « Sept semaines en appart' », chapitre 5, site Web, 2004. )

  2. Recouvrir ( qqch ) à l'aide d'un drap, d'une toile, etc. ).

    Exemples d'emploi :

    1. « Cependant, il n'est pas rare d'entendre dire, dans certaines campagnes canadiennes : Abrier les jardinages, c.-à-d. mettre le jardin potager à l'abri, à l'aide de binages quelconques, de bâches, etc. » ( Cl 4, 1894. )

    2. « La bordée de ce soir à ( sic ) presque abrié les balises ; va falloir se lever, demain, avec la barre du jour, pour ouvrir les chemins avant que le grand-voyer passe, parce que, s'il s'adonnait à venir par ici dès le matin, on payerait sûrement l'amende... » ( Adjutor RIVARD. « Chez nous », p.45, Québec, Éditions Garneau 1976, [ première édition 1914 ]. )

    3. « Mon grand-père est sorti abrier les tomates avec de la jute, c'est un vrai sport pour lui à chaque fois qu'à la télé ou à la radio on annonce du gel au sol. » ( Inf. masc., 18 ans, Grand-Mère, 1979, CELM. )

    4. « J'ai ben fait attention d'abrier les légumes pour ne pas qu'ils gèlent pendant la nuit, vaut mieux être prudent. » ( Inf. fém., 38 ans, Shawinigan, 2001, CELM. )

  3. Vx. Couvrir un animal d'une couverture ( généralement un cheval ).

    Photo d'archives pour illustrer le verbe Abrier Exemples d'emploi :

    1. « Il descendit de voiture, se rendit la flatter sur un larmier, entre les yeux, frotter le remoulin, lui parler :
      – Tranquille, la Tannante, je vais t'abrier comme il faut pis t'apporter à manger, ça sera pas long... Il lui étendit ensuite la couverte sur le dos puis, par-dessus, il mit la peau de carriole. ) ( André MATHIEU. « Aurore l'enfant martyre », p.34, Lac-Drolet, Éditions Nathalie, 1994, 474p., FTLFQ. ) ( Photo prise au Festival western de Saint-Tite [ Mauricie ], 1982. Archives privées )

  • V. pron.
  1. Se couvrir d'une couverture, d'un drap.

    Exemples d'emploi :

    1. « [ ... ] vn iour ie m'égaray dans les bois, & ne pûs retrouuer ma route, ie marchay tout le long du iour par d'eftranges pays, par des montagnes & des vallées pleines d'eaux & de neiges fonduës, fans me pouuoir reconnoiftre : la laffitude, la froideur des eaux, & la nuit qui me furprenoit eftant encore à ieun, me contraignirent de me ietter au pied d'vn arbre, tout moüillé & tout gelé, car il geloit tous les foirs : i'amaffay des branches de pin, dont ie fis vn matelats pour me defendre de l'humidité de la terre, & vne couuerture pour m'abrier contre le froid, i'eus toutefois le loifir de trembler toute la nuit : [ ... ] » ( Paul RAGUENEAU. « Relation de ce qvi s'est passé de plvs remarqvable és Miffions des Peres de la Compagnie de Iesvs, en la Novvelle France, es annees 1650. & 1651. : enuoyée au R.P. Prouincial de la Prouince de France », p.90, Paris, Chez Sébastien Cramoisy, imprimeur ordinaire du Roy, & de la Reyne Régente, et Gabriel Cramoisy, 1652, 147p., ICMH. )

    2. « Dans ce temps-là, le chauffage c'était pas comme aujourd'hui, il fallait s'abrier jusqu'au cou pour la nuit sinon on gelait tout rond ! » ( Inf. masc., 78 ans, 1975, CELM. )

    3. « On aurait ben aimé s'abrier pour la nuit, mais les couvertures étaient disparues... au lavage peut-être, qui sait ? De toute façon, on a sorti nos sleepings [ sacs de couchage ] pis on a couché là-dedans. » ( Inf. masc., 22 ans, Ste-Flore, 1977, CELM. )

    4. « Je lui ai dit de s'abrier avec une douillette, j'ai toujours trouvé ça plus chaud et plus confortable. » ( Inf. fém, Shawinigan, 30 ans, 1982, CELM. )

    5. « Les passagers étaient ainsi protégés contre la neige et le froid – puisqu'ils pouvaient utiliser des peaux d'agneaux ou des couvertures de laine pour " s'abrier " les pieds, – protégés aussi contre les mottes de neige, grâce au " garde-neige " placé à l'avant du berlot, près du charretier. » ( Germain LEMIEUX. « La Vie paysanne 1860-1900 », p.81, Sudbury - Laval, Les Éditions Prise de Parole - Les Éditions FM, 1982, 239p., FTLFQ. )

    6. « La plupart du temps, on " s'abrie* " avec une " robe " [ ... ] " qui couvre les jambes et les pieds de telle manière qu'on peut voyager sans souffrir du froid ".
      *Vieux terme utilisé en France jusqu'au 16e siècle, mais toujours fort usité au Québec, " abrier " a le sens de couvrir ou recouvrir [ ... ]. [ Note ] »
      ( Jean PROVENCHER. « C'était l'hiver : la vie rurale traditionnelle dans la vallée du Saint-Laurent », p.185, Montréal, Les Éditions du Boréal Express, 1986, 279p., Coll. Histoire populaire du Québec, 12, FTLFQ. )

    SYNONYME : rabrier ( rabriller ).

    ANTONYME : se désabrier.

HISTORIQUE : En a. fr. abrier signifie « mettre à couvert » issu lui-même du latin apricare « se chauffer au soleil » ( FEW ). Graduellement, le verbe prend l'acception de « mettre à l'abri en parlant du corps et d'objets » et, par extension, « protéger, défendre ». Au XVIe siècle, le mot était déjà courant dans tous les sens de « couvrir ». Abrier « mettre à l'abri, couvrir » est considéré depuis le XVIIe s. comme vieilli et n'est plus consigné dans les répertoires actuels. Avec l'acception de « mettre à l'abri, abriter », abrier se retrouve encore dans la plupart des parlers du Nord de la France ( FEW ).

D'après le même sémantisme de base qui met en œuvre les notions de « mettre à l'abri » et de « protéger », abrier ( 1634, ICMH ), a reçu de nombreuses valeurs concrètes et abstraites auxquelles correspond au Québec une première série de sens qui sont encore d'emploi fréquent ( v. le corps de l'article ). Le verbe a aussi accepté une panoplie de sens, aujourd'hui disparus chez nous, particulièrement ( tr. ) « abriter », « défendre », « justifier », « excuser » « couvrir d'injures » « déguiser, camoufler » et ( pron. ) « se justifier », « s'excuser », « se garantir », « se cacher », « se vêtir, s'habiller chaudement » ( Gl, PPQ ). Ces acceptions ont aussi été signalés sous le Régime français.

En Acadie, on rencontre encore abrier, v. tr., « couvrir, mettre à l'abri » ( PoirGlos, BDLP-INT ) et « couvrir les tas de morues* sur la grève » ( MassAcad ), puis s'abrier, v. pron., « se couvrir, s'abriter » ( PoirGlos, BDLP-INT, Mass Acad ) et « s'habiller chaudement » ( MassAcad ).

*Le séchage en tas sur la grève dure en tout un mois. Les morues sont ensuite disposées en tas carrés dans les magasins ( MassAcad ).

Catégorie :
  • Archaïsme et dialectalisme.



Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples V. tr. I-1, 2, II-2 et V. pron. I-1.

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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.

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