
( Photo : Guy
Rivard )
19 avril 2004
Mise à jour : 20 avril 2004
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
ICITTE
ICITTE [ isit ] : Adverbe.
Définition :
- Dans ce lieu.
Exemples d'emploi :
- «
FÉLIX. Vas-tu achever une fois ? et ta commission ?
TOIGNON. Bon v'là ; tu diras à monsieur Félisque, qui me dit, que Camel...
FÉLIX. Hein ?
TOIGNON. Que Camel est par icitte, épis qui faut que vous mettiez la main dessus, passeque...
FÉLIX. Camel, sorti de prison !... C'est impossible.
POUTRÉ C'est tellement possible qu'il était ici il n'y a pas une heure. »
( Louis FRÉCHETTE. « Félix Poutré : drame historique en 4 actes », p.20,
Montréal, Beauchemin, 1871, 52p.,
ICMH. )
- «
PIERRE. Ah ! Ah ! Ah !... mais c'est-ti vrai que vous laissez tous
passer cette chance-là ?
OISEAU-ROI. Cela ne fait rien ! ... Dans les temps durs, on est ben
accoutumé à la misère. Les blancs [ sic ] qu'Ottaouais envoient icitte sont
loin, allez, de nous laisser le strict nécessaire.
PIERRE. Ils doivent vous nourrir comme il faut.
OISEAU-ROI. Au contraire, c'est du buf pourri, du pain noir et mouzi
qu'ils nous donnent pour que nous ne crevions pas de
faim. »
( Elzéar PAQUIN. « Riel : tragédie en quatre actes », p.08, Montréal,
Beauchemin, 1886, ICMH. )
- «
C'pas les gens rich's de par icite
qui te r'cevraient eux-autr's non plus.
Ces gens-là, quand ç'a d'la visite,
c'est du mond' chic qu'a des r'venus. »
( Émile CODERRE alias Jean NARRACHE. « Pendant la messe de
minuit » dans « Quand j'parl' tout
seul », p.120, Éditions Albert Lévesque, Montréal, 1933 [ édition originale, 1932 ], 130p. )
- «
Non, pas nous autres. Il y a bien ma Finette. C'est une bonne laitière.
Pour ça, oui, c'est une vraie bonne laitière. Mais il y a pas une clôture
qu'elle passe pas au travers. Je la vendrais bien, parce qu'elle nous donne
un bardas du diable, qu'on est obligé de lui mettre des carcans. Mais vous
autres, vous pourriez jamais la faire rester icitte. »
( Georges BUGNET. « La
Forêt », p.50, Montréal, Les Éditions du Totem, 1935, 239p.,
FTLFQ. )
- «
Ça prenait trois mois pour arriver jusqu'icitte pis i fallait se servir
de toutes sortes de transports à partir des chameaux jusqu'aux éléphants pis
les steamboats sans compter les gros chars. »
( Bulletin des agriculteurs,
juin 1943, FTLFQ. )
- «
I dit, y'a sept cochons sauvages, icitte, là, au pied de la montagne,
là. »
( Archives de Folklore, Lacourcière-Savard 543, St-Joseph-de-la-Rive,
Charlevoix, 1948, FTLFQ. )
- «
I est v'nu icitte trois ou quatre fois. La dernière, il est r'parti
avec un sacré beau buck [ Voir ce mot à la fenêtre Lexique québécois ], pas
moins de mille livres, le plus gros orignal qu'il avait pas tué. »
( Harry
BERNARD. « Les Jours sont longs », p.22, Montréal, Le Cercle du livre de
France, 1951, 183p.,
FTLFQ. )
- «
I'dit, icitte, su' cette île-là, i'dit, y a un château, pis i' dit, y a
trois princesses dans c'château-là, pis i'dit, tu vas rentrer, pis y a trois
appartements[ , ] y a une princesse [ dans ] chaque appartement. »
( Archives
de Folklore, coll. Lacourcière 2353, Paul Baie Nord, Saguenay,
1954,
FTLFQ. )
- «
Un moment donné, i' ressoud un géant un animal de géant. Enragé noir.
I'a dit : " Dis-moi donc quosse tu fais icitte à matin ? Comment ça se fait
qu'tes vaches seyent rendues icitte ? " »
( Archives de Folklore, coll.
Pauline Carignan 22, St-Jean-des-Piles, Champlain, 1965,
FTLFQ. )
- «
Pinceau Ah ! Ça sert à rien de marcher, on arrête icitte. Ca fait trop longtemps qu'on marche : on s'épuise à p'tits pas, on va se ruiner. On a l'air de vraies vieilles filles en procession. Là-bas ou icitte, c'est la même chose : on arrête. Whooo... [ ... ]
Varlope Ouais ! Comme ça c'est icitte le champ de bataille. Ah ! y fa beau icitte. J'pense ben Pinceau qu'on va être chanceux. On devrait ben en voir quelques-unes.
Pinceau Y en a partout, pourquoi qu'y en aurait pas icitte. C'est eux autres qui vont venir ; nous autres, on a juste à les attendre. La défensive, Varlope, la défensive.
Varlope On ferait pas mieux
" d'offensiver ? " »
( Claude BONENFANT. « Lésés-Boys » [ théâtre ], dans « Recherches en Lettres Québécoises Centre de théâtre québécois », p.7, Coll. théâtre d'hier et d'aujourd'hui, série « uvres », Université du Québec à Trois-Rivières, 1973, 68p., Archives familiales Bonenfant [ AFB ]. )
- «
Ah ! ben maudit verrat ! Un Français ! Boys ! Ya icitte un Français de
France ! annonça Giguère, le propriétaire. »
( Roch CARRIER. « Le
Deux-Millième étage », p.101, Montréal, éd. du Jour, 1973, 169p., NéoClas. )
- « Ben non, Pierre, où t'as la tête à toujours flirter même icitte dans
une place straight, non t'es cave, c'est rien qu'une lesbienne,
ça ! »
( Marie-Claire BLAIS. « Les Nuits de
l'underground », p.79, Montréal, Stanké,
1978, 267p.,
FTLFQ. )
- «
J'ai lpied gauche dan-z-un monde pis lpied drette dans l'autte ! Chus
squ'y z-appellent icitte un homme libbe ! Ça ça veut dire que pour
lé-z-Indiens, chus un Blanc ! Pis qupour les ptits Français, chus un Sauvage ! »
( Jean-Claude GERMAIN. « Mamours
et conjugat : scènes de la vie amoureuse
québécoise », pp.36-37, Montréal, VLB Éditeur, 1979, 139p., FTLFQ. )
- «
Elle se choque. Oui ! mais viens pas me voir icitte le 4 juillet,
parce que je serai plus icitte ! Je m'en vas dans une grande maison, une
grande maison avec un grand balcon !... Salut !
Salut ! Je penserai à toi
le 4 juillet ! »
( Marcelyne CLAUDAIS. « Comme un orage en février... », p.219,
Boucherville, Éditions de Mortagne, 1990, 407p., FTLFQ. )
- «
Ici, on dit pas ici, on dit icitte ! »
( Campagne publicitaire télévisuelle de Pepsi, Pepsi-Cola Canada Ltée, Québec, 2004. )
SYNONYMES : Icitte-(de)dans « ici » ( Vx ).
REMARQUE : Les Québécois connaissent bien l'aphorisme long comme d'icitte ( ici ) à demain « très long et ennuyant ( tant pour désigner des événements
de la vie morale que physique ) » ( DesRExpr 149 ).
Exemple d'emploi :
« Le député a prononcé un discours long comme d'icitte ( ici ) à demain, il
y en avait un tas qui bâillaient dans la salle. » ( DesRExpr 149 ).
HISTORIQUE :
Ici adv. est composé ( v.1050 ) de ci et d'un - i - initial
provenant de l'ancien français iluec « là » adv., 2e moitié du Xe s. Dès le
XVIIe s., on signale la forme phonique icitte dans le parler populaire de
l'Île-de-France ( DHLF, FEW ). Tallemant des Réaux rapporte d'ailleurs un
distique d'un curé de cette région : « Les marguilliers de Sainte-Marguerite
on fait bouter cette verrière Ycitte » ( FEW ). Icitte, ainsi que plusieurs
variantes phonétiques et graphiques, ont aussi été relevées dans la plupart
des dialectes d'oïl : Anjou, Berry, Maine, Nivernais, Normandie, etc. ( FEW ). « La prononciation du - t - en fin de mot s'explique, pour sa part, par une
influence analogique des adverbes de l'ancien français isit " ainsi ",
einsit, ausit, etc. » ( JunJum 70 ).*
Icitte « ici » a existé en ancien québécois et est relevé par le Père
Potier, sous la graphie icit, au Détroit, dès 1644. L'adverbe est encore
aujourd'hui d'emploi courant partout au Québec et a été signalé par la
plupart de nos glossairistes depuis Clapin ( 1894 ).
Icitte est encore usuel en Acadie ( MassAcad ) :
Exemple d'emploi :
« " Eche pense ", dit la Mariecomo, " que j'allons prendre une de tés
poutines, Dauphine ; y ont l'air d'être ben bonnes. Rien comme lés poutines
de par icitte " [ ... ] » ( Régis BRUN. « La Mariecomo », p.42, Montréal, Éditions
du Jour, 1974, 129p., FTLFQ. )
Catégorie :
- Archaïsme et dialectalisme.
* « Voir A.B. HOUSE et N.L. CORBETT. " Sur l'origine de la prononciation icit
« ici » au Canada français " dans FM 38 ( 1970 ), 147-150. » ( JunJum 70 )
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard ( de Rabaska Multimédia ) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-3, 10 et 15.
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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.
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