

17 mai 2004
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
EMPÂTER ; AMPÂTER
EMPÂTER ; AMPÂTERVerbe tr. :
Définitions :HISTORIQUE : Le préfixé empâter
- Mettre un appât à
l'hameçon ; appâter, amorcer.
Exemples d'emploi :
SYNONYME : Ha(c)quer
- « A, An. C'est chose singulière d'entendre tous les jours le peuple substituer le son a au son an ou réciproquement, dans un grand nombre de mots. [ ... ] Ex. de an
( et in ) poura : Empât pour Appât - Empâter pour Appâter[ ... ] » ( Joseph Amable MANSEAU.« Dictionnaire des locutions vicieuses du Canada avec leurcorrection : suivi d'un dictionnairecanadien », p.5, Québec, J.A. Langlais, 1881, 118p.,ICMH. )
- « Ampâter. Amorcer.
Ex. : Ampâter une[ sic ] hameçon = amorcer un hameçon.[ ... ] » ( Gl 1930. )
- « C'était toujours mon frère qui empâtait l'hameçon, parce que moi ça m'écure trop. J'aime ben pêcher, c'est drôle à dire, mais qu'est-ce que tu veux, je peux pas
empâter. » ( Inf. masc., 45 ans, Shawinigan, 1976,CELM. )
- «
[ ... ] là on met le dur[ foie ] su'un haim pis on hacque. On dit aussiempâter ; les deux mots servent encore dans larégion. » ( Inf. masc., 64 ans, Sainte-Anne-de-la-Pérade, 1981,CELM. )
- « C'est sûr que pour l'empâter y te faut des grosses gommes ballounes
[ gros appâts ] comme on dit, sans ça la truite mordpas. » ( Inf. masc., 37 ans, Grand-Mère, 1981,CELM. )
- «
[ ... ] avec du foie, du foie de buf ou du foie de lard, oui, y empâtent avec ça. C'est parce que ça mord pas[ le petit poisson deschenaux ] su' d'autre chose que dufoie. » ( Inf. masc., 76 ans, Saint-Élie-de-Caxton, 1982,CELM. )
- «
[ ... ] pis à la ligne morte. C'est parce que le matin y l'empâtait et pis y la descendait avec des pesées dans lefond ; le soir à la brunante y laremontait. » ( Inf. fém., 59 ans, Saint-Gérard-des-Laurentides, 1982,CELM . )
- « j aimerais avoir des truc pour le dore et sur les facons d empater des verre
[ sic ] de laterre » ( Stephan, forum Dr Fish, site Internet Mondial Pêche, 1er avril2003. )
( aussi graphieacquer ) ( PPQ ).
SYNTAGMES : Ver pour empâter, ver à ~, mouche à ~( CELM ).
- Fig. Cour. Attirer
( qqn ) par l'appât d'un gain, d'une récompense.
Exemple d'emploi :
- « Ils pourraient aussi, vu la proximité des centres miniers de Cobalt, Porcupine, etc, etc., être une concurrence aux pouvoirs hydrauliques développés sur la rivière Montréal, Ontario, par la Nipissing Development dont O'Brien, Walberg et Bronson sont les gros
[ sic ] légumes. Ces pouvoirs de la rivière Montréal ont le monopole du pouvoir électrique dans la région minière et agricole du Nouvel Ontario. Ce monopole rapporte à M. O'Brien et autres des milliers de dollars. Ils peuvent bien jeter quelques sous pour empâter le Québec et garder leur monopole. Pour augmenter de quelques dollars les surplus annuels du gouvernement provincial, on consent à laisser le colon québécois dans la misère etl'infériorité. » ( Arthur SAUVÉ[ député conservateur deDeux-Montagnes ]. « Débats de l'Assembléelégislative : 14e législature,3e session », Gouvernement du Québec, Québec, mardi11 mars 1919. )
( v.1225 ) v. tr., formé avec le préfixe em( en ), dérive de pâte, lui-même issu( 1174-1178 ) du latin tardif pasta« farine détrempée etpétrie » emprunté au grec pasta« mets constitué à partir d'un mélange de céréale et defromage » ( FEW, DHLF,GLLF ). Empâter« appâter » n'est pas attesté en français, mais on relève en moyen français les formes appasteler« attirer par unappât » ( v. 1550-1610 ) et empasteler« appâter » ( FEW ). En Anjou, cependant, on signale empâter« appâter » ( VerrAnj ) et dans la plupart des dialectes du Centre et du Nord-Ouest des variantes phonétiques avec des sens voisins( FEW ). Par ailleurs, il n'est pas impossible que l'attraction entre les paronymes appâter et empâter( graphie ampâter chez la plupart des glossairistes et lexicographesquébécois ) ait contribué au maintien de empâter avec l'acceptiond'« appâter », même si les deux verbes ont connu des fortunes différentes tant au plan de la forme qu'à celui du sens.
En français québécois empâter( aussi ampâter ) est signalé depuis le début duXVIIIe s. avec l'acception de« amorcer un hameçon, mettre unappât ». Aujourd'hui cette forme, avec le même sens, est encore connu et bien attesté chez les pêcheurs de toutes les régions du Québec( PPQ, LavSag ). Au fig. l'acception est plus tardive et semble s'être installée au début duXXe s.
Catégorie :
- Dialectalisme
( Archaïsme ? ) - Innovation sémantique.
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard( de RabaskaMultimédia ) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-8 et II-1.
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vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.