
31 mai 2004
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
HERBAGES
HERBAGES
: Nom masc., au sing. collectif, et plur.
Définitions :
- Banc d'herbes, de plantes communes des rives et des milieux aquatiques.
Exemples d'emploi :
- «
Comme on l'a vu plus haut, une des raisons qui avaient engagé plusieurs colons à demander
des terres sur l'Ile-aux-Coudres, était l'abondance des herbages qui poussaient sur ses grèves, surtout sur celles de sa partie nord. »
( Alexis MAILLOUX [ abbé ]. « Histoire de l'Ile-aux-Coudres depuis son établissement jusqu'à nos jours, avec ses traditions, ses légendes, ses coutumes », p.31, Montréal, La Compagnie de lithographie
Burland-Desbarats, 1879, 91p., ICMH. )
- «
Je voudrais voir, dit-elle, une place avec de l'herbe, des bouquets sauvages, des bibittes, et avec de vrais arbres.
Ils levèrent les yeux. Par une trouée des blocs, l'île Sainte-Hélène apparaissait, flottant sur l'eau polie comme un gros buisson d'un vert tendre.
Y a une fée aujourd'hui, déclara Arthur, qui nous apporte tous nos souhaits. Voilà vos herbages et vos arbres. »
( Louis DANTIN. « La vie en rêve », p.25, nouvelle « Printemps », Montréal, Librairie d'Action canadienne-française
Ltée, 1930, 266p., Bibliothèque nationale du Québec. )
- «
L'orignal se trouvait dans un bas-fond riche en herbages. Tout près,
brillait un lac sur lequel des " huards " au col blanc lançaient un cri
lugubre, cri tremblotant et liquide qu'on dirait composé de flots de larmes. »
( Jean-Charles HARVEY. « Art et combat », p.31, Montréal, Éditions de
l'Académie canadienne-française, 1937, 229p., FTLFQ. )
- «
Les brochets viennent souvent se faire chauffer au soleil dans les
baies de foin [ Voir la locution à la fenêtre Lexique québécois ], c'est un
certain endroit près du bord où qu'y a des herbages, des joncs, y se
tiennent souvent là-dedans. »
( Inf. masc., 35 ans, Grand-Mère, 1979, CELM. )
- «
On était su'le bord du lac, pis là on surveillait le brochet dans les
herbages, c'est sa place favorite, tu y vois briller le dos au soleil [ ... ]. »
( Inf. masc., 42 ans, Shawinigan, 1981, CELM. )
- «
Tout le monde dit qu'y [ le brochet ] se tient souvent dans les
herbages. C'est vrai. C'est dans les herbages qu'y se cache aussi ; c'est
pour ça que c'est bon là. »
( Inf. masc., 56 ans, St-Jacques-des-Piles,
1982, CELM. )
- «
[ ... ] souvent on en prend au bord des quais, proche des rochers à l'eau
basse, dans les herbages, partout où y peut se cacher. Y se tient où qu'y a
des ménés aussi. »
( Inf. masc., 54 ans, St-Élie-de-Caxton, 1982, CELM. )
- «
Approchez-vous et touchez en une ! Sans blague, c'est facile ! et vlan ! rapide comme l'éclair, l'anguille s'enfuit fonçant
tête première dans une touffe d'herbage. »
( Tristan LÉONARD. « Le Récif du Grenadier : un super site faune et flore », Revue LA PLONGÉE,
Volume X, No. 6, Juin / Juillet 1983. )
- «
Et ce monstrueux brochet qui file vers un îlot d'herbages. Au moins
douze livres, dit le père. Son impression. Il a vu cet éclair d'écailles, le
coup de queue avant le sprint. »
( Louis HAMELIN. « Cowboy », p.159, Montréal,
XYZ Éditeur, 1992, 420p., FTLFQ. )
SYNONYME : Quasi-équivalent : herbier.
- Plantes ( ou racines ) variées choisies pour leurs propriétés
médicinales.
Exemples d'emploi :
- «
Et maintenant, pour fermer la parenthèse, disons vite que le misérable logis de la vieille était séparé en deux pièces, par une cloison branlante. La première pièce ayant vue sur le chemin, servait aux clients ordinaires ; la seconde, au contraire, ne recevant aucun jour de l'extérieur, était réservée aux rares intimes qui avaient à traiter des affaires d'une nature particulière. Une chandelle de suif y brûlait constamment. C'était là que la Démone broyait ses herbages, triturait ses onguents et demandait à sept paquets de cartes ayant chacun une des couleurs de l'arc-en-ciel le secret de l'avenir. »
( Vinceslas-Eugène DICK [ Dr. ]. « L'enfant mystérieux », vol.1, chapitre 8 « La Sorcière de l'Argentenay », p.89, Québec,
J.A. Langlais éditeur, 1890, 225p., ICMH. )
- «
Emma prit le bois et revint le soir avec une provision
de racines et herbages qu'elle fit bouillir pendant deux jours. Elle coula le résidu, acheta cinq
livres de graisse qu'elle fit fondre, y incorpora son jus, comme elle disait, et laissa refroidir le
tout. Elle dit au père de se graisser tout le corps avec cette graisse. »
( Max COMTOIS [ Dr. ]. « Souvenirs du Dr. Max Comtois, La Tuque 1922-1941 », mémoires rédigés vers 1964, chapitre « Emma »,
site Internet. )
- «
[ ... ] les vieux [ en ce qui concerne les remèdes ] y prenaient ça [ ... ]
des sauvages, les sauvages ça s'soignait pas mal avec toutes sortes
d'herbages [ ... ] »
( Archives de Folklore, Université Laval, coll. Bernier
G.42, St-Adolphe de Dudswell, Wolfe, 1969, FTLFQ. )
- «
Ben dans le temps les herbages c'était aussi des médicaments si on
veut. »
( Inf. masc. 78 ans, Rivière-aux-Rats, 1974, CELM. )
- «
Je connais une bonne femme, une Indienne qui prépare toutes sortes de
potions pour guérir les gens. On dit qu'elle le fait avec des herbages. »
( Inf. fém., 38 ans, La Tuque, 1976, CELM. )
- «
Si quelqu'un voulait parler d'une sorte de médecine secrète, y parlait
des herbages, c'était pas très bien vu par nos médecins, mais y semble que
ça fonctionnait. »
( Inf. masc., 42 ans, Shawinigan, 1981, CELM. )
- «
Ben les Indiens icitte étaient ben forts là-dedans. Y concoctaient des
herbages, pis y réussissaient avec ça à faire passer les maladies. »
( Inf. fém. 57 ans, Shawinigan, 1984, CELM. )
- «
En 1871, sept médecins exercent leur profession sur le territoire, majoritairement
agricole, de l'Île Jésus dont les Drs MacMahon, Tassé et Duchesneau. Compensant
pour le manque de services médicaux, l'on voit apparaître des marchands de racines
et d'herbages, des rabouteurs ou ramancheurs et des guérisseurs de consomption car
la tuberculose avait fait son
apparition. »
( Madeleine MORGAN. « Histoire des services de santé de Laval », revue Histoire-Québec, vol.3, no1, juin 1997,
site Internet de la Fédération des sociétés d'histoire du Québec. )
SYNTAGMES : Herbages à médecine ; guérir avec des ~ ; guérisseur par ~ , thé
aux ~.
HISTORIQUE :
Herbage, nom masc., dérive de herbe qui est l'aboutissement (
1080 ) de l'évolution du latin classique herba « herbe », et également
« mauvaises herbes », « jeune pousse » et « plante en général » ( FEW, DHLF ).
Herbage est attesté en français depuis le XIIe s. avec l'acception de
« pâturage, prairie naturelle où l'on fait paître les bestiaux ». Il a aussi
existé dans divers parlers de France ( Nord, Normandie, Centre, Provence )
et de Belgique ( le wallon de Liège ) avec des variantes phonétiques et
graphiques, ayant des sens voisins de « pâturage » ( FEW ). Le mot a aussi
signifié « droit que les seigneurs perçoivent pour l'usage des pâturages »
du XIIIe s. jusqu'à Trévoux ( 1771 ) ( FEW ). Au pluriel, herbages a aussi
vécu en français de Hornk ( 1599 ) à Trévoux mais avec le sens de « plantes
potagères, fines herbes ». Depuis Oudin ( 1660 ), le mot a voulu dire
« toutes sortes d'herbes du pré » ( FEW ), sens que l'on retrouve encore
aujourd'hui dans les dictionnaires du français. général ( GR et PR
présentent le mot au pluriel, mais le GLLF, le Lexis et le DFC le signalent
au sing. ). Herbages avec l'acception de « banc d'herbes en milieu aquatique »
ne semble pas avoir appartenu au français central ou aux dialectes de
France. Cependant, quand il s'agit de nommer des « plantes médicinales », on
retrouve harbage en Sologne ( Région Centre / Val de France ), en Normandie
et harbages « remède de sorcier » en Eure et Loire ( FEW ).
L'extension de sens que le français québécois donne ici à herbages est
surtout attesté en Mauricie ( CELM ) et est relevé depuis le début du XXe s.
Le mot est toutefois mieux connu partout au Québec quand il signifie « toute
sorte d'herbes » ( Bél3 ) ( XVIIe s. ) ou « remèdes, herbes pour guérir »
attesté sur l'ensemble du territoire ( PPQ, CELM ) depuis le début du Régime
français.
En Acadie herbages « herbes médicinales » ( MassAcad ).
Catégorie :
- Innovation sémantique
- Dialectalisme
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard ( de Rabaska Multimédia ) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-1, 2, 8 et II-1, 2, 8.
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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.
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