
10 mai 2004
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
PIC-BOIS ; PIQUE-BOIS
PIC-BOIS ; PIQUE-BOIS
: Nom masc.
Définition :
- Oiseau grimpeur qui frappe avec son bec conique sur l'écorce
des arbres ; pivert, pic ( de tout genre ).
Exemples d'emploi :
- «
Corbeaux, Corneilles, Piverts, Picque bois. »
( Pierre BOUCHER. « L'Histoire véritable et naturelle des murs et productions du pays de la
Nouvelle France, vulgairement dite le Canada », p.73, Paris, in-12, 1664,
168p. )
- «
Les pics bois [ sic ], que nous appelons de ce nom, parce qu'ils
prennent leur nourriture en picotant les troncs des arbres qui sont pourris,
se distinguent par deux sortes de plumage ; les uns sont mouchet[ és ] de
noir et blanc ; les autres sont tout noirs et portent une huppe d'un rouge
admirablement beau [ ... ] »
( Chrestien LE CLERCQ. « Nouvelle relation de la
Gaspésie : qui contient les murs & la religion des sauvages gaspésiens
Porte-Croix, adorateurs du soleil, & d'autres peuples de l'Amerique
septentrionale, dite le Canada : dediée à Madame la princesse d'Epinoy », p.487, Paris, chez Amable Auroy, 1691, 603p., ICMH. )
- «
C'est une manière de Pipe fort longue de pierres rouges, enjolivée de
têtes de Pic-bois, de Canards-branchus, qui se perchent sur les arbres, dont
la tête est de plus belle qui se puisse voir [ ... ] » ( Claude-Charles BACQUEVILLE de LA POTHERIE. « Histoire de l'Amérique septentrionale :
contenant l'histoire des peuples alliez de la Nouvelle France, leurs murs
et leurs maximes, leur religion & leurs interêts avec toutes les nations des
lacs Supérieurs, tels que sont les Hurons et les Illinois, l'alliance faite
avec les Français & ces peuples, la possession de tous ces pays au nom du
Roi & tout ce qui s'est passé de plus remarquable sous Messieurs de Traci,
de Frontenac, de la Barre De Denonville », pp.15-16, Paris, chez Jean-Luc Nion
et François Didot, 1722, 388 p., ICMH. )
- «
Le Picus pileatus, pic-bois noir à huppe rouge était commun dans les
forêts de la Pensylvannie, et même il y hivernait. »
( Pehr KALM. « Mémoires
de la Société historique de
Montréal », p.45, Montréal, sans nom, 1880, 197p., ICMH. )
- «
La loutre est immangeable, le vison de même ; le loup cervier, bon ; le
bec-scie et le huard, pas fameux mais mangeables ; le pic-bois, le merle, le
rossignol, délicieux. »
( Damase POTVIN. « Thomas :
le dernier de nos coureurs
de bois », p.71, Québec, Les Éditions Garneau, 1945, V-273p., FTLFQ. )
- «
[ ... ] vous savez que vous êtes une loque, un tronc d'arbre déchiqueté par
les coups de bec tenaces des pics-bois qui le laisseront à moitié mort [ ... ] »
( Victor-Lévy BEAULIEU. « La Nuitte de Malcom Hudd », p.139, Montréal, éd. du
Jour, 1969, 229p., NéoClas. )
- «
Pics-bois, c'est mieux. Les pics becquètent le bois sec où il y a des
vers. Pic-bois, c'est bruyant, rèsonnant [ sic ] comme les mitrailleurse
[ sic ]. »
( Jean-Jules RICHARD. « Neuf jours de haine », p.282, Montréal, éd.
L'Actuelle, 1972, 352p., NéoClas. )
- «
Laisse-moé pas revenir en ville
Tape-moé sur ma tête de bois
Picbois, laisse-moé pas tranquille
Picbois, j'veux pu m'en aller »
( Robert LÉGER et Michel RIVARD. « Le picbois » [ chanson ], groupe Beau Dommage, disque « Beau Dommage », Capitol, ST-70034,
1974. )
- «
[ ... ] Leur menu consiste, la plupart du temps, en insectes, vers, larves que les oiseaux recherchent avec une patiente ferveur dans les replis des écorces. Pour cela ils se servent de leur très longue langue effilée qui s'enroule comme un ressort dans une gaine spéciale de leur boîte cranienne [ sic ],
langue terminée par des hameçons minuscules. Si par exemple l'oiseau, très sensible aux résonances de ses coups de bec, découvre les galeries invisibles d'un ver térébrant,
sa langue serpente jusqu'à l'insecte et le saisit.
Voilà pour l'ensemble des pics-bois.
[ ... ] »
( Pierre MORENCY. « Lumière des oiseaux : histoires naturelles du Nouveau Monde », pp.174-5, Les Éditions du Boréal,
1992, 331p. )
- «
Le lac du Pic-Bois se situe au nord du lac des Deux Jumeaux [ SaguenayLac-Saint-Jean ] et il se décharge
dans la rivière Portneuf. Le terme pic-bois est un nom populaire pour identifier toutes les espèces
vivant au Québec. Les espèces les plus connues sont le grand pic, le pic flamboyant et le pic
maculé. »
( Commission de toponymie du Québec, site Internet, Gouvernement du Québec, décision du 16 mars
2004. ) [ NDLR : On compte sept autres lacs et un ruisseau portant ce nom au Québec. ]
SYNONYMES :
- Comme nom du pic chevelu : pic à bois, pic de bois, pic des bois.
- Comme nom du grand pic : gros pique-bois huppé, pic-bois avec une tuque rouge, poule de bois, petit-Jésus ( d'après son cri ).
- Comme nom du pic doré ou flamboyant : pivert ( PPQ, CELM ).
REMARQUES : Le pic-bois et les commentaires sur la météo :
- Le pique-bois qui picore annonce la pluie ;
- Cri du Grand pic dans la montagne annonce le beau temps ;
- Cri du Grand pic dans la plaine annonce la pluie ;
- Cri du Grand pic qui picore un arbre de bas en haut annonce le beau temps ;
- Cri du Grand pic qui picore un arbre de haut en bas annonce de la pluie ( PPQ ).
HISTORIQUE :
Pic est issu ( fin du XVIe s. ) du latin populaire piccus. Ce
piccus est lui-même issu, par redoublement expressif du c, du latin
classique picus « pivert, oiseau prophétique consacré à Mars » ( picus Martis ),
dont la forme féminine désigne un autre oiseau, la « pie » ( DHLF, FEW ).
Picus, sans étymologie claire, a été rapproché du sanskrit pikah qui désigne
une sorte de coucou ( DHLF ). En moyen français pique bois de même que dans
les dialectes, ainsi pique-bois « pic », en Lorraine, pique en bois dans le
Haut Poitou, pique-bô en Bougogne, pis bos en Champagne et en Ardenne,
pique-bois en Franche-Comté, de même que pikbu « pivert ». Plusieurs
variantes sont aussi attestées dans les dialectes d'oïl avec des acceptions
qui se rapprochent de « pic » ( FEW ). Pic-bois ( ou pique-bois ) paraît
dans certains dictionnaires des XIXe et XXe s. comme nom vulgaire du pic
( en général ) ( FEW ). Pique-bois est aussi abondamment signalé en Suisse
( Pierrehumbert Neuchâtel ).
Pic-bois est attesté en Nouvelle-France ( 1664 ), mais n'a pas été relevé
par nos glossairistes qui devaient le considérer comme français.
Aujourd'hui, le mot est abondamment attesté et son emploi est toujours
fréquent sur l'ensemble du territoire québécois. Gilles Colpron, dans « Les
Anglicismes au Québec », le classe à tort parmi les emprunts à l'anglais
puisque l'existence du mot, en français et dans les dialectes, n'autorise
nullement le rapport à l'anglais wood pecker.
Encore bien vigoureux en Acadie, pic bois, pic à bois, pic de bois, pic des
bois ( MassAcad, PoirAcad ) et en Louisiane ( DitchyLouis, Acadiens
louisianais ).
Catégorie :
- Archaïsme et dialectalisme.
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard ( de Rabaska Multimédia ) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-8, 9 et 10.
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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.
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