
[ Photo : courtoisie de
Jacques RIVARD. ]
28 sept. 2004
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
OUACHE
OUACHE
: Nom fém.
Définitions :
- Retraite ( caverne, lieu abrité ou souterrain ) d'une bête sauvage, en
parlant plus particulièrement du castor et de l'ours; tanière.
Exemples d'emploi :
- «
Cette hutte ou cabane se nomme WIC en algonquin et dans les langues qui
lui sont congénères. Quelques écrivains ont confondu mal à propos WIC avec
WAC, deux mots bien différents. La ouache du castor ( AMIKWAC ) est la
cavité, le creux fait horizontalement sous la terre, le conduit souterrain
qui aboutit à la ouiche, à la cabane ( AMIKWIK ). WAC et WIC ont passé dans
la langue française du Canada, sans éprouver d'autre modification que celle
de l'orthographe, ( ouache, ouiche ). »
( Jean André CUOQ. « Lexique de la
langue iroquoise : avec notes et
appendices » p.140, Montréal, J. Chapleau,
1882, 238p.,
ICMH. )
- «
C'est ainsi que les chasseurs du Canada ont francisé le mot algonquin
WAC, lequel se prononce exactement ouache : ils disent la ouache du castor,
la ouache de l'ours, etc. Peut-être serait-il mieux d'écrire ouaje, au lieu
de ouache, en suivant la prononciation des Nipissingues qui disent WAJ et
non pas WAC. L'analogie de la langue semble demander cette réforme dans
l'orthographe des Missionnaires ; WAJ et WAC vont bien ensemble et ne sont
qu'une même racine, tandis que WAC ne peut guère aller avec WAN, dont le
sens est pourtant le même. »
( Jean André CUOQ. « Lexique de la
langue
algonquine » pp.415 et 416, Montréal, J. Chapleau, 1886, 446p.,
ICMH. )
- «
J'me dis : C'est drôle qu'un our'soye sorti de sa ouache de
c'temps-cite ; mais l'crapet a p't'être ben cru que c'était l'printemps,
rapport à la pluie [ ... ]. »
( Louvigny de MONTIGNY. « Au pays de Québec :
contes et images », p.133, Montréal, Société des Éditions Pascal, 1945, 327p.,
FTLFQ. )
- «
L'été des Sauvages ! [ Voir la locution " été des Indiens " à la fenêtre
Lexique québécois ]. À tout moment les hommes, la pipe au bec et le nez
méprisant, se rendaient sur la grève prendre l'erre de vent : cette paix
assoupie entre les chaumes roux... [ ... ]. Mais les belles journées tiraient au
reste. Déjà les rats d'eau bâtissaient leur ouache. En effet, ça et là, des
buttes de joncs émergeaient de la rivière. »
( Germaine GUÈVREMONT. « Marie-Didace », p.55, Montréal, Bibliothèque québécoise, [ 1re édition : 1947 ], 1992, 239p.,
CELM. )
- «
Pour les hommes, le train du matin, le bois, les charrois, parfois une
visite clandestine à quelque ouache de rats musqués, le train du soir et de
longues heures d'oisiveté à fumer la pipe. »
( Germaine GUÈVREMONT. « Marie-Didace », p.101, Montréal, Bibliothèque québécoise, [ 1re édition : 1947 ], 1992, 239p.,
CELM. )
- «
Frank se gara mais Toujou Pisafac ne bougea pas d'une semelle. Il n'en
revenait pas de constater que la blancheur de la neige l'avait empêché de
remarquer la présence de cette " maudite ouache ". L'ours commençait à se
faire menaçant. Il bravait de plus en plus près un Toujou Pisafac qui
n'avait pas encore bronché. »
( Jean PELLERIN. « Au Pays de Pépé Moustache », pp.245 et 246, Éd. Stanké, MontréalParis,
1981, 287p., CELM. )
- «
[ ... ] Sur les 25 000 hectares coupés à blanc, la
question que je leur ai posé [ sic ] : Est-ce qu'il y a des habitats fauniques à l'intérieur de ce 25 000 hectares là ? Est-ce qu'il y a des
ouaches d'ours ? Est-ce qu'il y a des ravages d'orignaux ? Etc., etc. Ils m'ont répondu que non. [ ... ] »
( Pieter WENTHOLT [ représentant de l'Association régionale de développement unifié
( ARDU ) et de l'Alliance autochtone Dolbeau-Mistassini
de la MRC de Maria-Chapdelaine ], « Consultation générale sur le projet de loi n° 136 », Commission permanente de l'économie et du travail, Journal des débats, 36e législature, 1re session, Assemblée nationale du Québec, Québec,
mardi 24 octobre 2000. )
- «
L'adoucissement du climat arctique devrait par ailleurs y augmenter
la fréquence des pluies et des redoux. Ce phénomène pourrait, note
l'étude du WWF [ World
Wildlife Fund ], mettre à découvert les mères qui creusent leur
ouache ( abri ) dans la neige ou dans des coteaux meubles,
susceptibles de s'effondrer en cas de dégel hâtif. Les petits, qui
naissent pendant l'hibernation de la mère, vont ainsi se retrouver
dans un milieu totalement hostile. [ ... ] »
( Louis-Gilles FRANCOEUR. « Attention, ours polaires en
danger | Nature : Plusieurs scientifiques pensent
que la survie de l'espèce est menacée à
long terme », article dans Le Devoir, Montréal,
22 mai 2002. )
- Petite construction temporaire faite de branches, quelquefois en
planches, où un chasseur se cache pour être à l'abri des éléments et
attendre le gibier ; cache.
Exemples d'emploi :
- «
Lucien, tu le connais, s'est encore fait une grosse ouache dans un
arbre cette année. Ben fort là-dessus, c'est comme ça qu'il fait sa chasse. »
( Témoin masc., 38 ans, Saint-Georges-de-Champlain, 1976,
CELM. )
- «
Ça la ouache pour l'orignal, c'est l'endroit où tu t'abrites, tu mets
le sapinage devant, tu es à l'abri, y fait plus chaud et pis tu as la vue
sur le lac devant toi. On appelle ça une ouache. »
( Paul-Émile CARON, 48
ans, Shawinigan, 1980, CELM. )
- «
On va aller se faire une ouache avant la chasse, généralement au mois
d'août. »
( Témoin masc., 90 ans, Saint-Mathieu, 1986,
CELM. )
- «
Le mot ouache, c'est probablement un mot indien. Je l'ai souvent
entendu. Quand on allait à la chasse, on s'arrêtait toujours chez les
Indiens à Sanmaur, pis on se rendait après à la rivière Wabano [ Haut
St-Maurice ]. »
( Inf. fém., 73 ans, Shawinigan, 1997, CELM . )
- «
On montait avec Claude, mon mari, pour préparer la ouache pour la
chasse à l'orignal. On faisait la ouache dans un arbre, une sorte d'abri, à
une belle place sur le bord de l'eau pour voir venir l'orignal. »
( Témoin
fém., 75 ans, Grand-Mère, 2004,
CELM . )
- «
J'ai souvent entendu cache, pis ouache, une sorte de cabane faite dans
un arbre pour chasser l'orignal.
[ Deuxième témoin ] La cache, c'est quand
ils allaient à la chasse aux canards. Mais la ouache c'est pour la chasse à
l'orignal. »
( Témoin masc., 72 ans, Grand-Mère [ Shawinigan ], et Témoin, fém., 68 ans,
2004,
CELM. )
- Fig. Maison.
Exemple d'emploi :
- «
Il se mit à fumer tandis que, sur les vitres, fusaient, à la chaleur, les papillons de givre.
[ ... ] Alors, tout le pays verrait bien que Menaud n'était pas mort dans sa ouache, que le vieil ours savait faire encore sa piste, une piste large, puissante,
avec des trous de griffes qui percent la neige jusqu'au sol.
[ ... ] »
( Félix-Antoine SAVARD. « Menaud maître-draveur », p.193, Montréal/Paris, Bibliothèque canadienne-française/Fides, [ 1re édition : 1937 ], 1968,
214p. )
- «
- Moi, je vous le dis franchement, avoir une femme de même dans ma
ouache, je mettrais pas le nez dehors de l'hiver, pas même pour aller qu'ri
[ Voir le verbe " quérir " à la fenêtre Lexique québécois ] une chaudiérée
d'eau. »
( Germaine GUÈVREMONT. « Marie-Didace », p.51, Montréal, Bibliothèque québécoise, [ 1re édition : 1947 ], 1992, 239p.,
CELM. )
SYNONYMES : « cache », « cabane », « cabane d'ours », « cabane de l'ours », « cabane à ours »,
« trou d'ours », « cabane d'hiver », « abri » ( PPQ, CELM ).
SYNTAGMES : Ouache à ours, ~ d'ours « gîte de l'ours surtout l'hiver », ~ à
castor « abri du castor » ( CELM ).
DÉRIVÉS : Se ouacher « se mettre en état d'hibernation ( en parlant d'un
animal sauvage ) » se dit aussi des personnes ( BPFC, 15 p.284, PPQ ) et
« se mettre à l'affût dans un abri ( pour un chasseur ) » ( PPQ ).
En littérature : « Quand les ours seraient ouachés, incapables de saccager
mon intérieur, je plierai bagage. » ( Harry BERNARD. « Les Jours sont longs »,
p.89, Montréal et Paris, Fides éd., 1951, 213p., CELM ).
Aussi, se déouacher « sortir de son gîte, généralt au printemps, en parlant
des animaux ou des personnes » ( CELM ).
REMARQUES : En plus de désigner l'abri d'hiver de l'ours, le mot ouache
s'utilise aussi pour celui de la marmotte, du renard, du tamias rayé et du
rat musqué. Ce mot tient le sens général de cache pour un animal ( PPQ ).
CROYANCES : On dit que l'ours sort de sa ouache au début du printemps, à la
Saint-Patrice ou à la Saint-Mathias, mais qu'il retourne à son abri s'il
aperçoit son ombre, annonçant ainsi 40 jours de froid.
On dit que pour se nourrir pendant l'hiver, l'ours doit se lécher la patte.
En langage populaire, cette expression signifie généralement se contenter de
peu de chose sinon de rien ( PPQ ).
HISTORIQUE :
En français québécois, ouache et ouiche, noms fém., « gîte des
animaux ; terrier » résultent d'une altération des mots algonquins, amikwac
( amik « castor », wac « cavité, creux » ) et amikwik ( amik « castor », wik
« cabane » ) ( CuoqLexique, ChambInd ) ( 1 ). Le substantif ouache, plus
fréquent chez nous, est relevé tardivement ( 1860 ) mais son emploi doit
certainement remonter à la fin du XVIIe siècle. D'abord attesté avec le sens
de « gîte du castor et de l'ours, en période d'hibernation » ouache s'est
ensuite employé comme terme générique appliqué à l'ensemble des « terriers
des animaux sauvages » ( voir la rubrique Remarques ). Par association,
ouache sert encore à désigner une « cache où le chasseur se dissimule pour
mieux surprendre le gibier » ( v. 1900 ) et, au figuré, une « maison, un
endroit qu'on habite ». Ouache désigne aussi ( début du XXe siècle ) le
« conduit souterrain qui mène au gîte d'animaux comme le castor et le rat
d'eau », une « prison » et « les lieux ( en général ) où on peut se cacher »
( BPFC, Cl, Gl, Bél3 ). Ces valeurs, qui pourraient être étymologiques, sont
aujourd'hui vieillies et ne font plus partie de l'usage de la majorité des
Québécois.
Le vocable est relevé en anglais du Canada, wash : « Wisch is the pure
Ojibbeway orthography and pronunciation of the word. The French voyageurs
have accepted it in their language, and turned it into " wasch " or " waschi " »
( Johann Georg KOHL, Kitchi-Gami, 104n, in DictCan, sous graphie wash ).
Catégorie :
( 1 ) « Les " voyageurs " [ coureurs de bois ] québécois ont modifié les deux
vocables algonquins, WAC en ouache
et WIC en ouiche
, tous les
deux avec le sens de " gîte ", sans nécessairement établir une distinction
sémantique entre les deux mots. Les Nipissingues, quant à eux, prononcent
WAJ
» ( Jean André CUOQ, voir notice bibliographique des Exemples
d'emploi I-1 et 2 ).
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard ( de Rabaska Multimédia ) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-7, 8 et III-1.
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L'auteur est professeur retraité de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.
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