

20 sept. 2004
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
SPARAGES
SPARAGESNom fém. généralt plur. :
Définitions :HISTORIQUE : Sparages n'a jamais été enregistré dans les répertoires du français général ni dans les glossaires des parlers de France. L'origine du mot est
- Manière d'agir désordonnée qui se caractérise surtout par l'emploi de gestes ou de déplacements souvent excessifs.
Exemples d'emploi :
- « Quand un bon matin, une jeunesse moderne est fatiguée des
[ ... ] du" potting " ou autres occupations du même poil, et qu'elle désire une vacance, elle avise un cornichon, muni d'un auto avec un flash, lui fait trois ou quatre sparages, comme on dit, et te le conduit chez le curé, sur le temps despommes. » ( Albéric BOURGEOIS.« Voyage autour du monde de Joson etJosette » [ radio ], 10 oct. 1937, série 28, bob.1,émission 93, p.3,FTLFQ. )
- « T'as déjà vu des matous qui se battent, y te font des sparages à faire peur, pis y crient, y crachent, miaulent, y'a rien qui font pas. C'est pas beau à
voir. » ( Inf. masc.,78 ans, Shawinigan, 1972,CELM. )
- « [ ... ] La culture d'un pays est faite de gestes audacieux, de gestes courageux, et non pas de courbettes et de ronds de jambe. La culture de mon pays ce n'est pas ceux qui se sont agenouillés pour murmurer des prières ou des flatteries à une Mère Patrie inattentive et parfois méprisante, mais ceux qui ont osé se lever et qui l'osent encore pour dire, crier, hurler, danser, giguer, turlutter, chanter au monde entier qui nous sommes, sans complexes. La culture de mon pays, c'est les grands cris d'amour et les sages avertissements de
Vigneault ; la culture de mon pays, c'est les paysages d'hiver de Lemieux, le rire dévastateur de Deschamps, la flamme au fond de la gorge dePauline ; la culture de mon pays, c'est les sparages intersidéraux de Charlebois, les hululements magiques de Raoul Duguay, Tit-Blanc Richard et ses musiciens, la poésie simple et bénéfique de Beau Dommage, les prouesses vocales de Louise Forestier autant que celles de Pierrette Alarie.[ ... ] » ( Michel TREMBLAY.« Ce que le mot théâtresignifie », La Presse, 14 décembre 1974, dans« THÉÂTRE » [ cours radiophonique ], deClaude BONENFANT etDenis DESAULNIERS, 14e émission « Le Parler du théâtrequébécois », Service de l'éducation aux adultes, Cégep de Shawinigan, Shawinigan,v. 1980, Archives familialesBonenfant [ AFB ]. )
- « Veux-tu m'arrêter tes sparages, c'est pas tes menaces qui vont me déranger, je pourrais t'écraser comme une mouche, tu fais vraiment pas le
poids. » ( Inf. masc.,37 ans, Grand-Mère, 1980,CELM. )
- « Tante Gertrude faisait tellement de sparages devant la maîtresse d'école qu'on a dû l'obliger à
sortir. » ( DesRExpr, p.235,1981. )
- « Wo ! 'rié don ! lance Maître Antoine de sa voix de stentor, et il n'y a pas un cheval dans tout le canton qui aurait osé faire des sparages, ou seulement fortillé de la queue, après un commandement
pareil. » ( Jean PELLERIN.« Au Pays de PépéMoustache », p.93,Éd. Stanké, MontréalParis, 1981, 287p.,CELM. )
- « Aux gens de mon pays qui
" sont gens de paroles et gens decauserie ", j'ai donc soutiré le[ mot ] SPARAGES en question afin d'identifier d'où venait le mal, puisque mal il ya. » ( Philippe BARBAUD.« Parler d'ici. Les sparages àVigneault », La Presse Plus, Montréal,24 novembre 1984, p.15, col.4-5, inChroQué. ». )
- « Et lorsque la communication devenait vraiment trop difficile, elle prononçait très lentement, très distinctement en français des mots qu'en plus elle écrivait avec son doigt dans les airs. Conquis par tant de bonne volonté, certains passagers répondaient à ses sparages qui en néerlandais, qui en
polonais. » ( Vincent NADEAU.« Nous irons tous àMétis-sur-Mer », p.207, Montréal, XYZ Éditeur, 1993, 319p.,FTLFQ. )
- « Puis il parla de la tour Eiffel. À son retour en France après Panama, il y avait travaillé jusqu'à son inauguration l'année suivante. Et Charles alors
l'enchevêtra :
Mettons qu'on prenne le pont de Québec quand il sera fini pis qu'on le redresse ou ben, si tu veux, qu'on couche la tour Eiffel à terre, lequel serait le pluslong ? Pis dans lequel que y'a le plus de poutrellesd'acier ? Le plus debolts ? Le Français se leva et fit un grand sparage.
Mais quelle importance ? Une civilisation ne s'évalue pas par le nombre de boulons de ses ponts,voyons ! »
( André MATHIEU.« Aurore l'enfantmartyre », p.106, Lac-Drolet, Éditions Nathalie, 1994, 479p.,FTLFQ. )
- « M.
Brodeur : Oui, oui. Ça, je comprends très bien ça. Sauf qu'il y a des endroits, M. le Président, puis la vie moderne fait en sorte qu'on se promène, par exemple... En prenant dans mon comté, par exemple, on a l'autodrome, l'autodrome de Granby, où il y a des milliers de spectateurs qui vont là le vendredi soir. Ça arrive en gang. Puis, quand ça sort de là, ils se sentent tous des pilotes de course. Et on voit régulièrement, dans la cour de l'autodrome, des sparages terribles ça va peut-être être difficile pour le Journal des débats d'écrire sparage,là mais on en voit. Donc, c'est sur un terrain privé, donc ce n'est pas régi par laloi. » ( « Les travauxparlementaires », Séance de la commission des transports et de l'environnement, Journal des débats,36e législature, 1re session, jeudi14 décembre 2000, CELM. )
- Par ext. Comportement, attitude caractérisée par des actions d'éclat, parfois excentriques, dans le but d'attirer l'attention.
Exemples d'emploi :
SYNONYMES :
- « Il fait ben des sparages d'pis qu'il est dev'nu
gérant. » ( LorentBeauce p.147, Beauce,1977. )
- « Hier soir Faubourg St-Denis où je tombe sur Miron, Horic, Guy Cloutier, et d'autres. Sparages et tours d'horizon politique, littéraire. La France découvre
Miron : pluie d'invitations.[ ... ] » ( Joseph BONENFANT.« Journal de Chambre comme on le dit d'unemusique... » [ journal manuscrit collectifinédit ], Montréal,2 octobre 1981, AFB. )
- « Il y a moins d'un an, Clyde Wells menaçait d'envoyer la flotte canadienne
prière de ne pasrire attaquer les pêcheurs français." Sparages " bien inutiles, toute l'affaire était devant la Cour internationale, qui a tranché comme Salomon[ ... ]. » ( L'Actualité, 15 nov. 1992, vol.17,no 18, p.95,FTLFQ. )
- « La vieille dame avait accepté la transformation du salon et l'ouverture de la petite chambre, mais sans pour autant vouloir y assister
[ ... ]. [ ... ] Charles et Mathilde avaient fait le tour de la petite chambre, n'y trouvant que des pièces d'étoffe sombres, parfois légères, souventépaisses ; il n'y avait là que du tissu pour des vêtements masculins, des retailles et divers objets de tailleur.
Faire tous ces sparages pour des niaiseries de même, avait bougonné Charles,déçu. » ( Bernadette RENAUD.« Un Homme comme tant d'autres,Charles », T.1, p.187, Montréal,Libre Expression, 1992,362 p., FTLFQ. )
- « Le coloré député de Duplessis raconte qu'en mars 1977, un ami de Mme Bardot l'avait invité à se rendre sur les glaces de Lourdes-de-Blanc-Sablon afin d'assister aux
" sparages " de Brigitte Bardot." J'ai refusé carrément, dit-il. Je ne voulais pas faire rire demoi. " » ( Le, Soleil,13 mai 1994, p.B14, col.1-2,FTLFQ. )
- « Donc, lorsqu'on augmente les tarifs d'Hydro, lorsqu'on fait toutes sortes de sparages ici, en Chambre, ou en commission parlementaire, sur les tarifs d'Hydro-Québec, ce que le gouvernement est en train de décider, en réalité, c'est d'augmenter ses revenus propres en prenant des revenus additionnels
[ ... ] " » ( Débats Bape Administration publique -21 mai 1996, BDTS. )
- « Lucien Bouchard ne s'est franchement pas grandi en s'associant au PLQ pour brandir la censure et tenter d'écarter, en le stigmatisant, un candidat qui n'a jamais caché son refus de pactiser avec l'attentisme et les conduites velléitaires du gouvernement. Tout cela tient, au mieux, du sparage émotif et, au pire, d'une manuvre de diversion de la part d'un chef
ombrageux. » ( Robert LAPLANTE.« Affaire Michaud, Perdre le sens desinstitutions », in L'Action nationale,8 janvier 2001, site Internet,CELM. )
« ramage », « spargeste » ( vx. ), « gibars » ( vx. ), « simagrée » ( PPQ ).
SYNTAGMES : Faire des sparages« gesticuler, faire unesclandre » ( DesRExpr, PPQ ), être toute en sparages« gesticuler ( en parlant ) » ( PPQ ). discutée : sparages pourrait se rattacher à l'ancien français espardre« disperser, répandre » ( 1119, usité jusqu'auXVIe s. ), issu du latin spargere« répandre, parsemer », et qui a donné, en français moderne, épars,arse( DictAcad, FEW,DHLF ). Cependant, il semble plus plausible de voir en sparages une création québécoise à partir du substantif anglais spar( qui émane lui aussi de l'ancien françaisespardre ) « a movement of offense or defense in boxing, sparring match orsession ». Le nom est aussi à rapprocher du verbe to spar« Box ; especially : to gesture without landing a blow to draw one's opponent or create an opening or to engage in a practice or exhibition bout ofboxing » ( OED, MerriamWebster ).
Sparages est signalé chez nous depuis le tout début duXXe s. et est encore signalé partout dans la province, tant au sens propre qu'au sens figuré( PPQ, 1980 ) . Toutefois, une enquête récente menée dans la région de La Mauricie( CELM, 2004 ) montre que sparages, chez les Québécois dans la vingtaine, commence à perdre de sa vigueur.
Catégorie :
- Anglicisme lexical
transformé : radical anglais spar + suffixe français age fort usité en québécois.
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard( de RabaskaMultimédia ) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-3 et II-2.
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vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.