
4 oct. 2004
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
RAPAILLER ;
RAPAILLAGE(S)
- RAPAILLER
Verbe tr. et adj. :
Définitions :
- Ramasser, rassembler :
- Des objets ici et là.
Exemples d'emploi :
- « Il n'en reste pas moins que
[ ... ] seuls les écumeurs et les aventuriers de calibre suspect tiennent encore au mouvement expirant afin de rapailler desécus. ). » ( Le Goglu, p.8,3 avril 1931. )
- « [ ... ] Nous espérons entrer chez nous
[ au couvent ] le 1er août. Nous irons travailler avant cela, laver des vitres, laver de la vaisselle, rapailler toutes les affaires hivernées dans les garages[ suite à unincendie ], un peu partout. Enfin il y aura tant de choses à faire, pour meubler les différents départements, réparer les meubles qui ont été sauvés, et compléter renouveler en entier les dortoirs cellules, rideaux, lits au complet, ce n'est pas peu de choses. Chiffonnier, chaises, etc.[ ... ] » ( Lettre de Sur Marie Irène BONENFANT, 12 avril 1934, Valleyfield, dans« Le festin de deux petitessurs » [ collectif ], p.50, Saint-Narcisse, Éditions de la Catalogne, Coll. Le Galendor, n°10, 250p., 1994, Archives familiales Bonenfant[ AFB ]. )
- « Je me rappelle qu'un printemps l'eau avait monté assez haut qu'on a dû rapailler notre butin partout, passé les îles et jusque dans l'anse de Nicolet. Après, pour venir à bout de se gréyer en neuf, moi puis Mathilde, on s'est nourri longtemps rien que du poisson à la
sel-et-eau. » ( Germaine GUÈVREMONT.« Le Survenant » p.161, Montréal, Bibliothèque québécoise éd., 1990,[ La première édition date de1945 ], 227p.,CELM. )
- « Mon vieux, c'était une vraie bénédiction tout ce qu'y avait su la dompe de
matériaux : des montants de lits, des morceaux de tôle, pis du gros carton pas trop sale. Tu rapaillais là-dedans[ le dépotoir ], à ton choix, une feuille de tuyau, quatre plaques de tôle pour la couverture, et tu te choisissais un lot à une place pas trop puante[ pour construire unecabane ], drette au bord del'eau. » ( Gabrielle ROY.« Bonheur d'occasion », p.324, Montréal, Boréal éd., 1993,[ La première édition date de1945 ], 405p.,CELM. )
- « - Dès qu'il en apercevait un
[ policier ], il[ personnage deCassé-Fendu ] rapaillait sa marchandise en vitesse et courait s'accroupir entre deux autres charrettes. Impossible d'attraper le bonhomme durant la bellesaison. » ( Jean PELLERIN.« Au Pays de PépéMoustache », p.236, Éd. Stanké, Montréal-Paris, 1981, 287p.,CELM. )
- « Pour ma part, je suis un peu
inquiète ; j'ai eu beau rapailler tous mes sous, il ne me reste en tout et pour tout que troisdollars ; je les remets à Mélanie qui part chercher de quoi souper et de quoi faire les lunchs demainmatin. » ( Marcelyne CLAUDAIS.« Un jour la jument vaparler... », p.110, Boucherville, Éditions de Mortagne, 1983, 526p.,FTLFQ. )
- « Dans un mouvement d'héroïsme, il alla frapper à sa porte pour la saluer, au cas où elle se serait encore trouvée sur place en train de rapailler quelques effets, mais ses coups résonnèrent si lugubrement dans l'appartement vidé qu'il tourna les talons et monta chez lui avec une vague envie de
pleurer. » ( Yves BEAUCHEMIN.« Juliette Pomerleau », p.547, Montréal, Éditions Québec/Amérique, 1989, 691p.,FTLFQ. )
- «
" Elle sait toujours quoi faire,elle. "
Elle demanda faiblement une serviette mouillée pour s'éponger le front. Il lui pompa de l'eau, y trempa uneserviette ; même malade, elle connaissait les gestes à poser, les objets à rapailler.
" C'est comme quand j'étaismalade ; ça avait toujours l'air évident pourelle ", songea-t-il. »
( Bernadette RENAUD.« Un homme comme tant d'autres.Charles », [ t.1. ] , p.164, Montréal, Libre Expression, 1992, 362p.,FTLFQ. )
- « Je rejoins Pierre, qui rapaille déjà ses affaires en faisant comme si de rien n'était. Il a renoué son foulard et retrouvé un semblant de sourire.
- Excuse-moi, Mireille, ça débordait...
- C'est en débordant que les fontaines se nettoient ! Tiens, voici ton verre d'eau !- Merci. »
( Marcelyne CLAUDAIS.« Ne pleurez pas tant,Lysandre... », p.116, Montréal, Éditions Libre Expression, 1993, 288p.,FTLFQ. )
- « 1970-1996 Ci-gît la Librairie Encyclopédique dont le souvenir ira en rejoindre tant d'autres au cimetière des belles et fausses idées que les Québécois se font de leur culture. Ainsi aurait pu se lire la modeste annonce que son propriétaire, Denis Houle, publie en nos pages pour annoncer plus sobrement son solde de fermeture. J'y suis passée un midi, coupable de rafler à moitié prix quelques ouvrages anciens de François Hertel dont je tente depuis peu de rapailler tout
[ sic ] l'uvre. » ( Anonyme , in Le Devoir, 24 et25 févr., 1996, p.B3, col.1,FTLFQ. )
- Des personnes.
Exemple d'emploi :
- «
[ ... ] le Mastif ramassa le voile, se le mit sur la tête et dit auguitariste : - Si vous voulez bien, c'est moi qui chanterai. Le guitaristedit : " d'accord ". Il rapailla sesmusiciens. » ( Jacques FERRON.« La Charrette », p.125, Montréal, éd. HMH, 1968, 207p.,NéoClas. )
- Des animaux.
Exemples d'emploi :
- « J'ai rapaillé mes morceaux, mes chevreuils écartés, mes caribous et mes loups affamés
[ ... ]. » ( Pierre FILION.« Sainte-Bénite de sainte-bénite demémère », p.30, Montréal, Leméac, 1975, 134p.,FTLFQ. )
- « Au début de l'hiver, le colon devait s'occuper de rapailler son troupeau de moutons et de le ramener à la bergerie. C'est à ce moment qu'il appréciait le geste de prudence qu'il avait posé en incrustant une marque à l'une des oreilles de ses
moutons. » ( Germain LEMIEUX.« La Vie paysanne,1860-1900 », p.41, Sudbury-Laval, Les Éditions Prise de Parole-LesÉditions FM, 1982, 239p.,FTLFQ. )
- Fig. Verbe tr. Récupérer, rallier.
Exemples d'emploi :
- « C'est le père Jacques Maillé qu'a
" rapaillé " songars !... » ( MARIE-VICTORIN [ Frère ]. « Récits Laurentiens », p.163, Montréal,éd. Lidec, 1942,[ La première édition date de1919 ], 217p.,NéoClas. )
- « C'est autour de cette perspective générale de
" poursuite decombat " et de" retour à labase " que la CSN a pu se ressaisir. C'est aussi en regard de cette perspective que M. Marcel Pepin s'est révélé l'homme capable de" rapailler " le mouvement et de lui ouvrir un nouveauchemin. » ( Pierre RICHARD.« Nouveau Départ de laCSN », in Le Devoir, n.223, p.06, c.01,10 oct. 1972, NéoClas. )
- « [ ... ] Encore y avait-il à inventer un lieu accessible où travailleuses puissent se tenir au courant au jour le jour, réfléchir, discuter et agir pour améliorer leurs propres réalités de même que celles des femmes du Canada, des Amériques et du monde.
Un tel lieu ne s’improvise pas. Il se tricote, se rapaille et se relie morceau par morceau, un URL à la fois, une femme à l’autre, un groupe à l’autre d’une région à l’autre et ainsi de suite jusqu’à faire le tour de la planète.[ ... ] »
( Nicole NEPTON.« Femmes au travail pour changer le monde, etcomment ! », communiqué, 20 nov. 2003, site Internet de la Coalition internationale GlobalCN et du Carrefour mondial de l'Internetcitoyen. )
- Réparer.
Exemples d'emploi :
- « Y va ben falloir rapailler ce hangar-là, si ça continue, si on laisse ça aller, on va le ramasser en plusieurs
morceaux. » ( Témoin masc., 38 ans, St-Casimir[ Portneuf ], 1975,CELM. )
- « Rapailler, v. tr. Rafistoler, réparer.
" Ils ont rapaillé la clôture debroche. " ( Beauce ). » ( LorentBeauce, p.134,1977. )
- « On a tout ça à rapailler dans la
journée ! Ça va être long à faire, arranger toutes ces chaises-là, sans compter le petitmeuble. » ( Témoin, masc., 26 ans, Shawinigan-Sud, 1988,CELM. )
- Fig. Participe passé employé comme attribut, ou épithète. Récupéré, rassemblé, réuni.
Exemples d'emploi :
DÉRIVÉS : Rapailleux,euse nom et adj.
- «
" Une Forêt pourZoé ", deLouise Maheux-Forcier ; " Le Temps despoètes ", deGilles Marcotte ; " L'Homme rapaillé " deGaston Miron ; " Les Actesretrouvés ", deFernand Ouellette ; " 13 Histoires en noir etblanc ", deJean Tétreau ; " Mon Mal vient de plusloin ", de PaulToupin. » ( Anonyme, « Les Prix littérairesfrançais », in Le Devoir, 24 nov. 1970, p.10,c.07. )
- « Je rêve d'un Québec où l'on verrait tous les hommes rapaillés pour écouter ensemble ce long monologue commencé au fond des bois et qui se termine dans la rue, en passant par Menaud, Fridolin, Alexis, Benoit pis son Oncle Antoine, les Belles Surs de Tremblay, pis ben d'autre monde que j'nomme pas. Je voudrais que tous, on se rejoigne au village... à l'usine, à l'université... et que çà devienne une grande fête
populaire. » ( Claude JUTRAS.« À force deparler », in Le Devoir, 25 nov. 1972, p.15, c.04,NéoClas. )
« Qui amasse, qui entasse, qui serre tout ce qui traîne de ci de là, quand ce ne serait que des choses absolument inutiles, et par pure manie de tout mettre en sûreté, de ne rien laisser seperdre. » ( Cl 1894 ) ; rapâille, nom fém,« vaurien » « Ex. : C'a jamais rien fait de bon, c'est de larapâille. » ( Gl, 1930 ).
- RAPAILLAGE(S)
Nom masc., surtout au plur. ; aussi la graphie rapâillage. :
Définition :HISTORIQUE : Rapailler, v. tr, dérivé à l'aide du suffixe -ailler, de râper
- Ce qui reste, ce qu'on rassemble, réunit, pour différents usages.
Exemples d'emploi :
- « Rapaillages. Menus riens amassés, rassemblés au hasard, et généralement composés de choses absolument inutiles. Restes, desserte d'une table de
festin : - Manger des rapaillages, c.-à-d. n'avoir que des os à gruger. Appliqué aux personnes, le mot rapaillages désigne des gens de peu d'aveu, recrutés à la hâte pour une besogne quelconque, et parce qu'on ne pouvait pas faireautrement. ). » ( Cl, p.271,1894. )
- « Rapâillage, n.m.
- Restes d'un repas.- Action de grouper des gens sans considération que l'on recueille de droite et de gauche pour travaillerensemble. » ( Dionne, p.550,1909. )
- « Et dans ce foin des rapaillages, que de gentilles choses il y
a ! Il y a des herbes de senteur, du baume, du thé des bois, du trèfle d'odeur,[ ... ]. » ( Lionel GROULX[ abbé ]. « Les Rapaillages( vieilles choses, vieillesgens ) », p.152, Montréal, Le Devoir, 1916, 159p.,FTLFQ. )
- « Le chanoine Groulx fut lui aussi profondément marqué par son Vaudreuil natal. Dans ses souvenirs en forme de contes intitulés Les Rapaillages, ce fils de cultivateur raconte, par fiction interposée, son enfance qui s'est déroulée au rang des Chenaux
( appelé aussi cheminSaint-Michel ), à la pointe deVaudreuil. » ( Denise PÉRUSSE.« Pays littéraires du Québec. Guide des lieuxd'écrivains », p.207, Éd. de L'Hexagone-VLB éditeur, Montréal, 1998,381p. )
- « Fin connaisseur de tout ce qui s'était écrit au Québec depuis les commencements, l'esprit en forme de vivante bibliothèque, il s'en alla quérir d'anciens textes, accueillir de nouvelles
voix ; l'âme des lieux était alors à la fête du rapaillage et de la découverte. De petite, la demeure devint grande, et les écrivains se firent plusnombreux. » ( Madeleine GAGNON.« Ce Vent qui souffle sur leQuébec », VLB Éditeur, Catalogue, site Internet,1998. )
- « Atelier dans le parc. À l'occasion du rapaillage des feuilles de pétition
( 3400 noms ) pour demander au Ministère de l'Environnement de convoquer des audiences publiques sur la réalisation d'un barrage sur la rivière Batiscan, j'anime un atelier de créativité. Le dimanche 10 octobre 1999, les enfants des visiteurs et des Amis du Parc de la rivière Batiscan réalisent les dessins de cettepage. » ( Nichole OUELLETTE.« Regards des petites personnes, Rivière Batiscan etpoèmes », in site Internet,1999. )
« grappiller » et râpe au sens de« marc deraisin » directement formés d'après le francique raspôn« gratter » ( FEW, raspôn, 162,671b ). De là, au figuré, rapaillé, qui correspond à« raccommodé, fait de pièceshétéroclites ». Rapailler« grapiller » a surtout vécu dans les parlers de France, notamment dans le Poitou( FEW ). Pour sa part, le dérivé rapaillage(s) n'a pas été relevé en français général ni dans les parlers de France.
En français québécois rapailler« rassembler, réunir », v. tr., est signalé par la plupart de nos glossairistes depuis 1894( le verbe a possiblement été utilisé avant si on prend en considération ses originesdialectales ) et fait encore partie du vocabulaire actif des Québécois, même s'il semble perdre graduellement de sa vitalité. Rapailler avec son acception figurée de« récupérer, rallier » ( 1960 ) est connu, même si son usage reste plutôt rare, tandis que dans le sens de« réparer », peu relevé cependant, le verbe est assez souvent entendu de nos jours. Le participe passé rapaillé, employé comme adj., est plus récent( v. 1950 ) mais l'utilisation de cette figure reste encore occasionnelle.
Rapaillages, nom masc., généralt plur., est un dérivé par suffixation en -age, particulièrement vigoureuse au Québec, de rapailler, v. tr.,« recruter des hommes de service, des ouvriers etc. parmi les premiersvenus » ( 1894, Clapin ). Rapaillages, avec les acceptions de« restes defoin », « menus objets de peu de valeur ramassés et rassemblés au hasard,ramassis », « menues besognes » et« restes d'unrepas », depuis le début du XIXe siècle, est en nette régression dans l'usage québécois.
Dans le Missouri rapailler, v. trans.« to heap together, tocollect » et rapaillages, nom masc. plur.,« remains of a meal heaped together upon a single plate.Canada. » ( DorrMiss ).
Catégories :
- RAPAILLER
- Dialectalisme
- Id.
- Innovation sémantique
- Dialectalisme
- RAPAILLAGE(S)
- Innovation lexicale
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard( de RabaskaMultimédia ) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples pour RapaillerI a-2 et II-3.
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vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.