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Une photo pour illustrer les termes Rapailler, Rapaillages
L'une des 400 activités du Festival international de la poésie de Trois-Rivières qui se déroule cette année du 1er au 10 octobre : « les cordes à poèmes », sur lesquelles on rapaille tous les poèmes écrits lors du concours du FIP et dans les écoles.
[ Photo : Guy RIVARD, 2001. ]


4 oct. 2004


Capsule de chez nous
par Serge Fournier


Le mot de la semaine

RAPAILLER ;
RAPAILLAGE(S)







  • RAPAILLER transcription phonétique du verbe Rapailler : Verbe tr. et adj.

    Définitions :
  1. Ramasser, rassembler :

    1. Des objets ici et là.

      Exemples d'emploi :

      1. « Il n'en reste pas moins que [ ... ] seuls les écumeurs et les aventuriers de calibre suspect tiennent encore au mouvement expirant afin de rapailler des écus. ). » ( Le Goglu, p.8, 3 avril 1931. )

      2. « [ ... ] Nous espérons entrer chez nous [ au couvent ] le 1er août. Nous irons travailler avant cela, laver des vitres, laver de la vaisselle, rapailler toutes les affaires hivernées dans les garages [ suite à un incendie ], un peu partout. Enfin il y aura tant de choses à faire, pour meubler les différents départements, réparer les meubles qui ont été sauvés, – et compléter – renouveler en entier les dortoirs – cellules, rideaux, lits au complet, ce n'est pas peu de choses. Chiffonnier, chaises, etc. [ ... ] » ( Lettre de Sœur Marie Irène BONENFANT, 12 avril 1934, Valleyfield, dans « Le festin de deux petites sœurs » [ collectif ], p.50, Saint-Narcisse, Éditions de la Catalogne, Coll. Le Galendor, n°10, 250p., 1994, Archives familiales Bonenfant [ AFB ]. )

      3. « Je me rappelle qu'un printemps l'eau avait monté assez haut qu'on a dû rapailler notre butin partout, passé les îles et jusque dans l'anse de Nicolet. Après, pour venir à bout de se gréyer en neuf, moi puis Mathilde, on s'est nourri longtemps rien que du poisson à la sel-et-eau. » ( Germaine GUÈVREMONT. « Le Survenant » p.161, Montréal, Bibliothèque québécoise éd., 1990, [ La première édition date de 1945 ], 227p., CELM. )

      4. « Mon vieux, c'était une vraie bénédiction tout ce qu'y avait su la dompe de matériaux : des montants de lits, des morceaux de tôle, pis du gros carton pas trop sale. Tu rapaillais là-dedans [ le dépotoir ], à ton choix, une feuille de tuyau, quatre plaques de tôle pour la couverture, et tu te choisissais un lot à une place pas trop puante [ pour construire une cabane ], drette au bord de l'eau. » ( Gabrielle ROY. « Bonheur d'occasion », p.324, Montréal, Boréal éd., 1993, [ La première édition date de 1945 ], 405p., CELM. )

      5. « - Dès qu'il en apercevait un [ policier ], il [ personnage de Cassé-Fendu ] rapaillait sa marchandise en vitesse et courait s'accroupir entre deux autres charrettes. Impossible d'attraper le bonhomme durant la belle saison. » ( Jean PELLERIN. « Au Pays de Pépé Moustache », p.236, Éd. Stanké, Montréal-Paris, 1981, 287p., CELM. )

      6. « Pour ma part, je suis un peu inquiète ; j'ai eu beau rapailler tous mes sous, il ne me reste en tout et pour tout que trois dollars ; je les remets à Mélanie qui part chercher de quoi souper et de quoi faire les lunchs demain matin. » ( Marcelyne CLAUDAIS. « Un jour la jument va parler... », p.110, Boucherville, Éditions de Mortagne, 1983, 526p., FTLFQ. )

      7. « Dans un mouvement d'héroïsme, il alla frapper à sa porte pour la saluer, au cas où elle se serait encore trouvée sur place en train de rapailler quelques effets, mais ses coups résonnèrent si lugubrement dans l'appartement vidé qu'il tourna les talons et monta chez lui avec une vague envie de pleurer. » ( Yves BEAUCHEMIN. « Juliette Pomerleau », p.547, Montréal, Éditions Québec/Amérique, 1989, 691p., FTLFQ. )

      8. « " Elle sait toujours quoi faire, elle. "
        Elle demanda faiblement une serviette mouillée pour s'éponger le front. Il lui pompa de l'eau, y trempa une serviette ; même malade, elle connaissait les gestes à poser, les objets à rapailler.
        " C'est comme quand j'étais malade ; ça avait toujours l'air évident pour elle ", songea-t-il. »
        ( Bernadette RENAUD. « Un homme comme tant d'autres. Charles », [ t.1. ], p.164, Montréal, Libre Expression, 1992, 362p., FTLFQ. )

      9. « Je rejoins Pierre, qui rapaille déjà ses affaires en faisant comme si de rien n'était. Il a renoué son foulard et retrouvé un semblant de sourire.
        - Excuse-moi, Mireille, ça débordait...
        - C'est en débordant que les fontaines se nettoient ! Tiens, voici ton verre d'eau !
        - Merci. »
        ( Marcelyne CLAUDAIS. « Ne pleurez pas tant, Lysandre... », p.116, Montréal, Éditions Libre Expression, 1993, 288p., FTLFQ. )

      10. « 1970-1996 Ci-gît la Librairie Encyclopédique dont le souvenir ira en rejoindre tant d'autres au cimetière des belles et fausses idées que les Québécois se font de leur culture. Ainsi aurait pu se lire la modeste annonce que son propriétaire, Denis Houle, publie en nos pages pour annoncer plus sobrement son solde de fermeture. J'y suis passée un midi, coupable de rafler à moitié prix quelques ouvrages anciens de François Hertel dont je tente depuis peu de rapailler tout [ sic ] l'œuvre. » ( Anonyme, in Le Devoir, 24 et 25 févr., 1996, p.B3, col.1, FTLFQ. )

    2. Des personnes.

      Exemple d'emploi :

      1. « [ ... ] le Mastif ramassa le voile, se le mit sur la tête et dit au guitariste : - Si vous voulez bien, c'est moi qui chanterai. Le guitariste dit : " d'accord ". Il rapailla ses musiciens. » ( Jacques FERRON. « La Charrette », p.125, Montréal, éd. HMH, 1968, 207p., NéoClas. )

    3. Des animaux.

      Exemples d'emploi :

      1. « J'ai rapaillé mes morceaux, mes chevreuils écartés, mes caribous et mes loups affamés [ ... ]. » ( Pierre FILION. « Sainte-Bénite de sainte-bénite de mémère », p.30, Montréal, Leméac, 1975, 134p., FTLFQ. )

      2. « Au début de l'hiver, le colon devait s'occuper de rapailler son troupeau de moutons et de le ramener à la bergerie. C'est à ce moment qu'il appréciait le geste de prudence qu'il avait posé en incrustant une marque à l'une des oreilles de ses moutons. » ( Germain LEMIEUX. « La Vie paysanne, 1860-1900 », p.41, Sudbury-Laval, Les Éditions Prise de Parole-Les Éditions FM, 1982, 239p., FTLFQ. )

  2. Fig. Verbe tr. Récupérer, rallier.

    Exemples d'emploi :

    1. « C'est le père Jacques Maillé qu'a " rapaillé " son gars !... » ( MARIE-VICTORIN [ Frère ]. « Récits Laurentiens », p.163, Montréal, éd. Lidec, 1942, [ La première édition date de 1919 ], 217p., NéoClas. )

    2. « C'est autour de cette perspective générale de " poursuite de combat " et de " retour à la base " que la CSN a pu se ressaisir. C'est aussi en regard de cette perspective que M. Marcel Pepin s'est révélé l'homme capable de " rapailler " le mouvement et de lui ouvrir un nouveau chemin. » ( Pierre RICHARD. « Nouveau Départ de la CSN », in Le Devoir, n.223, p.06, c.01, 10 oct. 1972, NéoClas. )

    3. « [ ... ] Encore y avait-il à inventer un lieu accessible où travailleuses puissent se tenir au courant au jour le jour, réfléchir, discuter et agir pour améliorer leurs propres réalités de même que celles des femmes du Canada, des Amériques et du monde.
      Un tel lieu ne s’improvise pas. Il se tricote, se rapaille et se relie morceau par morceau, un URL à la fois, une femme à l’autre, un groupe à l’autre d’une région à l’autre et ainsi de suite jusqu’à faire le tour de la planète. [ ... ] »
      ( Nicole NEPTON. « Femmes au travail pour changer le monde, et comment ! », communiqué, 20 nov. 2003, site Internet de la Coalition internationale GlobalCN et du Carrefour mondial de l'Internet citoyen. )

  3. Réparer.

    Exemples d'emploi :

    1. « Y va ben falloir rapailler ce hangar-là, si ça continue, si on laisse ça aller, on va le ramasser en plusieurs morceaux. » ( Témoin masc., 38 ans, St-Casimir [ Portneuf ], 1975, CELM. )

    2. « Rapailler, v. tr. Rafistoler, réparer. " Ils ont rapaillé la clôture de broche. " ( Beauce ). » ( LorentBeauce, p.134, 1977. )

    3. « On a tout ça à rapailler dans la journée ! Ça va être long à faire, arranger toutes ces chaises-là, sans compter le petit meuble. » ( Témoin, masc., 26 ans, Shawinigan-Sud, 1988, CELM. )

  4. Fig. Participe passé employé comme attribut, ou épithète. Récupéré, rassemblé, réuni.

    Exemples d'emploi :

    1. « " Une Forêt pour Zoé ", de Louise Maheux-Forcier ; " Le Temps des poètes ", de Gilles Marcotte ; " L'Homme rapaillé " de Gaston Miron ; " Les Actes retrouvés ", de Fernand Ouellette ; " 13 Histoires en noir et blanc ", de Jean Tétreau ; " Mon Mal vient de plus loin ", de Paul Toupin. » ( Anonyme, « Les Prix littéraires français », in Le Devoir, 24 nov. 1970, p.10, c.07. )

    2. « Je rêve d'un Québec où l'on verrait tous les hommes rapaillés pour écouter ensemble ce long monologue commencé au fond des bois et qui se termine dans la rue, en passant par Menaud, Fridolin, Alexis, Benoit pis son Oncle Antoine, les Belles Sœurs de Tremblay, pis ben d'autre monde que j'nomme pas. Je voudrais que tous, on se rejoigne au village... à l'usine, à l'université... et que çà devienne une grande fête populaire. » ( Claude JUTRAS. « À force de parler », in Le Devoir, 25 nov. 1972, p.15, c.04, NéoClas. )

    DÉRIVÉS : Rapailleux,euse nom et adj. « Qui amasse, qui entasse, qui serre tout ce qui traîne de ci de là, quand ce ne serait que des choses absolument inutiles, et par pure manie de tout mettre en sûreté, de ne rien laisser se perdre. » ( Cl 1894 ) ; rapâille, nom fém, « vaurien » « Ex. : C'a jamais rien fait de bon, c'est de la rapâille. » ( Gl, 1930 ).

  • RAPAILLAGE(S) transcription phonétique du vocable Rapaillage(s) : Nom masc., surtout au plur. ; aussi la graphie rapâillage.

    Définition :
  1. Ce qui reste, ce qu'on rassemble, réunit, pour différents usages.

    Exemples d'emploi :

    1. « Rapaillages. Menus riens amassés, rassemblés au hasard, et généralement composés de choses absolument inutiles. Restes, desserte d'une table de festin : - Manger des rapaillages, c.-à-d. n'avoir que des os à gruger. Appliqué aux personnes, le mot rapaillages désigne des gens de peu d'aveu, recrutés à la hâte pour une besogne quelconque, et parce qu'on ne pouvait pas faire autrement. ). » ( Cl, p.271, 1894. )

    2. « Rapâillage, n.m. - Restes d'un repas. - Action de grouper des gens sans considération que l'on recueille de droite et de gauche pour travailler ensemble. » ( Dionne, p.550, 1909. )

    3. « Et dans ce foin des rapaillages, que de gentilles choses il y a ! Il y a des herbes de senteur, du baume, du thé des bois, du trèfle d'odeur, [ ... ]. » ( Lionel GROULX [ abbé ]. « Les Rapaillages ( vieilles choses, vieilles gens ) », p.152, Montréal, Le Devoir, 1916, 159p., FTLFQ. )

    4. « Le chanoine Groulx fut lui aussi profondément marqué par son Vaudreuil natal. Dans ses souvenirs en forme de contes intitulés Les Rapaillages, ce fils de cultivateur raconte, par fiction interposée, son enfance qui s'est déroulée au rang des Chenaux ( appelé aussi chemin Saint-Michel ), à la pointe de Vaudreuil. » ( Denise PÉRUSSE. « Pays littéraires du Québec. Guide des lieux d'écrivains », p.207, Éd. de L'Hexagone-VLB éditeur, Montréal, 1998, 381p. )

    5. « Fin connaisseur de tout ce qui s'était écrit au Québec depuis les commencements, l'esprit en forme de vivante bibliothèque, il s'en alla quérir d'anciens textes, accueillir de nouvelles voix ; l'âme des lieux était alors à la fête du rapaillage et de la découverte. De petite, la demeure devint grande, et les écrivains se firent plus nombreux. » ( Madeleine GAGNON. « Ce Vent qui souffle sur le Québec », VLB Éditeur, Catalogue, site Internet, 1998. )

    6. « Atelier dans le parc. À l'occasion du rapaillage des feuilles de pétition ( 3400 noms ) pour demander au Ministère de l'Environnement de convoquer des audiences publiques sur la réalisation d'un barrage sur la rivière Batiscan, j'anime un atelier de créativité. Le dimanche 10 octobre 1999, les enfants des visiteurs et des Amis du Parc de la rivière Batiscan réalisent les dessins de cette page. » ( Nichole OUELLETTE. « Regards des petites personnes, Rivière Batiscan et poèmes », in site Internet, 1999. )

HISTORIQUE : Rapailler, v. tr, dérivé à l'aide du suffixe -ailler, de râper « grappiller » et râpe au sens de « marc de raisin » directement formés d'après le francique raspôn « gratter » ( FEW, raspôn, 162, 671b ). De là, au figuré, rapaillé, qui correspond à « raccommodé, fait de pièces hétéroclites ». Rapailler « grapiller » a surtout vécu dans les parlers de France, notamment dans le Poitou ( FEW ). Pour sa part, le dérivé rapaillage(s) n'a pas été relevé en français général ni dans les parlers de France.

En français québécois rapailler « rassembler, réunir », v. tr., est signalé par la plupart de nos glossairistes depuis 1894 ( le verbe a possiblement été utilisé avant si on prend en considération ses origines dialectales ) et fait encore partie du vocabulaire actif des Québécois, même s'il semble perdre graduellement de sa vitalité. Rapailler avec son acception figurée de « récupérer, rallier » ( 1960 ) est connu, même si son usage reste plutôt rare, tandis que dans le sens de « réparer », peu relevé cependant, le verbe est assez souvent entendu de nos jours. Le participe passé rapaillé, employé comme adj., est plus récent ( v. 1950 ) mais l'utilisation de cette figure reste encore occasionnelle.

Rapaillages, nom masc., généralt plur., est un dérivé par suffixation en -age, particulièrement vigoureuse au Québec, de rapailler, v. tr., « recruter des hommes de service, des ouvriers etc. parmi les premiers venus » ( 1894, Clapin ). Rapaillages, avec les acceptions de « restes de foin », « menus objets de peu de valeur ramassés et rassemblés au hasard, ramassis », « menues besognes » et « restes d'un repas », depuis le début du XIXe siècle, est en nette régression dans l'usage québécois.

Dans le Missouri rapailler, v. trans. « to heap together, to collect » et rapaillages, nom masc. plur., « remains of a meal heaped together upon a single plate. Canada. » ( DorrMiss ).

Catégories :
  • RAPAILLER
    1. Dialectalisme
    2. Id.
    3. Innovation sémantique
    4. Dialectalisme
  • RAPAILLAGE(S)
    1. Innovation lexicale


Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard ( de Rabaska Multimédia ) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples pour Rapailler I a-2 et II-3.

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L'auteur est professeur retraité de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.

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