
[ Photo : Guy RIVARD,
2004. ]
18 oct. 2004
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
SOUPANE, SOUPONE
SOUPANE
, SOUPONE
: Nom fém.
( Aussi les graphies soupanne, soupâne, souponne ).
Définition :
- Bouillie de farine ou de flocon de maïs, d'avoine, de seigle,
sorte de gruau épais et souvent sucré avec de la mélasse ou des confitures,
du sirop d'érable, etc.
Exemples d'emploi :
- « Si le jardin [ d'une prison ] ne fournit pas assez de légumes pour la soupe, il faudra y suppléer en en achetant, mais en même temps il faut se rappeler
que l'esprit et le corps souffrent également lorsque l'alimentation est purement végétale, spécialement chez ceux qui sont accoutumés à une nourriture animale ;
cela arrive surtout dans l'emprisonnement ; par conséquent il est absolument nécessaire de donner une nourriture plus riche, composée en partie de substances animales, savoir,
au moins 1/3 de livre de boeuf ou 1/4 de livre de lard [ ... ] et une chopine de soupe à diner, outre le pain et les patates, et de la soupane aux deux autres
repas. »
( Wolfred NELSON [ médecin ], Montréal, « Revue générale de l'économie des prisons », in « Appendice
du onzième volume des journaux de l'Assemblée législative de la Province du Canada, depuis le 19 août 1852,
jusqu'au 14 juin 1853, ces deux jours inclus, et dans la seizième année du règne de notre souveraine dame la Reine Victoria,
étant la première session du quatrième Parlement provincial du Canada », collectif, Appendice [ H.H. ] « Rapport du Dr. Wolfred Nelson,
un des inspecteurs du pénitentiaire provincial, sur la condition, la discipline, l'administration et l'entretien des prisons de district et autres prisons, du Bas-canada », 111, Québec, Imprimerie à vapeur de John Lovell, 1852,
ICMH. )
- «
La soupane ( Porridge ) de seigle ( sucrée avec de la mélasse ), est
une bonne nourriture dans les hémorroïdes et la chute du rectum avec
constipation. ). »
( Eugène H. TRUDEL. « Traité élémentaire de matière médicale et
guide pratique des Surs de Charité de l'Asile de la
Providence » Appendice,
p. XCVI, Soeurs de la Providence, Montréal, Québec, 1890, 1352p.,
ICMH. )
- «
Porridge, soupane, soupone [ Titre ].
La bouillie que l'on fait avec du
gruau d'avoine et que l'on sert avec un peu de lait ou de crème fraîche et
du sucre ou du sirop, porte parfois chez nous le nom de porridge, de soupane
ou de soupone. Porridge est le nom anglais de cette bouillie. Quant à
soupone et à soupane, ils ne sont pas français. Le nom français de ce mets
est bouillie d'avoine ou gruau. »
( Société du parler français au Canada
[ Le Comité d'étude de la ]. « Corrigeons-nous ! » in « Le Canada français »,
Publication de l'Université Laval, Québec, Vol. 21, Septembre 1933
Septembre 1934, no2 [ octobre 1933 ], 4p.,
LexiQué. )
- «
- Mais qu'est-ce que vous avez donc à être malade comme ça. Qu'est-ce
que vous avez mangé ?
- De la soupanne, du pain avec de la mélasse et une
tasse de lait. »
( Albert LABERGE. « Lorsque revient le printemps », nouvelle extraite de « La Fin du voyage », p.245, 1942, pp. 342 à 381, in
Gérard BESSETTE, « Anthologie d'Albert LABERGE », Montréal, éd. Cercle du livre
de France, 1962, 310p.,
NéoClas. )
- «
[ ... ] Et la conversation de son père tout au long du chemin ! Et la complicité qui s'établissait
entre eux quand il lui serrait la main un peu plus fort entre sa paume large et douce et disait : " Ta mère
a dit qu'elle ne voulait pas de crème, mais si on en achetait quand même, hein, pour voir son plaisir
demain en mangeant la soupane ! »
( Gabrielle ROY. « Bonheur d'occasion », p.220,
Montréal, Librairie Beauchemin Ltée, 1967, [ La première édition date de 1945 ],
345p. )
- «
Puis elle [ Carmélienne ] allait déjeuner de soupane et de pain sec
enduit de petit-beurre. »
( Yves THÉRIAULT. « Les Vendeurs du temple », p.74,
Québec, Institut littéraire du Québec, 1951, 263p.,
FTLFQ. )
- «
Soupane semble inconnu en France et en Hollande, mais les Hollandais
d'Albany employaient sapaan vers 1750. Menchen lui prête une origine
amérindienne. [ ... ]
Avant la cession des coureurs des bois de la région de Montréal, qui
écoulaient illégalement leurs fourrures au poste de Fort-Orange ( Albany ),
ont pu en rapporter le mot [ soupane ]. Cela expliquerait que " soupane "
chez les Montagnais, soit plus fréquent aux environs de Montréal que de
Québec, où l'on parle plutôt de gruau. »
( J. ROUSSEAU, in « Cahiers des Dix »,
p.17, no 32, 1967,
FTLFQ. )
- «
- [ ... ] comptent pour les quatre cinquièmes du budget familial. À moins
de se mettre à la " soupane " il faut couper ailleurs. »
( Jean PARÉ. « Mais
où sont les piastres d'antan ? », in MacLean, p.42, c.03, juin 1973, NéoClas. )
- «
[ ... ] dans la cour pendant deux heures avant le déjeuner. Après le
petit bol de soupane, les planchers. »
( Jean-Jules RICHARD.
« Centre-Ville », p.209, Montréal, éd. L'Actuelle, 1973, 232p., NéoClas. )
- «
Y avait d'la soupane le matin, y avait des toasts, des crêpes [ ... ]. »
( « Récits de forestiers », p.95, propos recueillis par Robert SOUCY, Centre
documentaire en civilisation traditionnelle de l'Université du Québec à
Trois-Rivières, Montréal, Les Presses de l'Université du Québec, 1976,
XII-241p., [ Coll. Les Archives d'ethnologie, 1 ], FTLFQ. )
- «
Et, par contre, l'autre mange comme trois ( chaque matin : deux
bananes, trois ufs et deux grands bols de soupane ) mais s'obstine à
répartir également les coûts de la nourriture. »
( Yves BEAUCHEMIN. « Juliette
Pomerleau », p.490, Montréal, Éditions Québec/Amérique, 1989, 691p.,
FTLFQ. )
- «
J'y suis ! J'y suis ! Voyons ! C'est que je mangeai cet hier midi un
peu trop de laurier-sauce dans ma soupane. Cette herbelette laisse
d'ordinaire à voir la singulière illusion que les membres sont doubles. Ah,
je m'y connais un peu, crois-moi ! Salut, voisin ! et Dieu garde bien ta
santé ! »
( Jean MARCEL. « Des Nouvelles de Nouvelle-France : histoires
galantes et coquines », p.150, Montréal, Leméac, 1994, 273p., FTLFQ. )
- «
Et elle attendit jusqu'au lendemain matin pour lui préparer trois
couennes de lard maigrichonnes, alors que ce qu'il aimait plus que tout le
matin, c'était de la soupane au blé. Le temps du comble était venu. Il
faillit se fâcher et dit :
- Ma douce Pantaléone, tes couennes sont
délicieuses. »
( Jean MARCEL. « Des Nouvelles de Nouvelle-France : histoires
galantes et coquines », pp.155-156, Montréal, Leméac, 1994, 273p., FTLFQ. )
- «
L'EXORCISTE I, II, III, IV
(Jusqu'à équisement des stocks) [ sous-titre ]
D'abord, elle fait pipi par terre devant les amis de sa
mère, juste pour se rendre intéressante. Ensuite,
malade et alitée, elle se branle au crucifix, vomit de la
soupane aux fèves et raconte des tas d'ignominies
indignes de la pure et chaste Regan, 12 ans [ ... ] »
( Aleksi K. LEPAGE. « LA PEUR... LA SUITE /
Ça parle au diable ! », chronique cinéma in La Presse, Montréal, jeudi 19 août 2004, site Internet. )
SYNONYME : sagamité.
SYNTAGMES : soupane au blé, ~ de blé, ~ d'avoine, ~ de blé d'Inde ( BDLP,
PPQ, CELM ).
REMARQUES encyclopédiques : « L'été dernier fut très favorable, et les
récoltes très abondantes ; mais les deux années précédentes avaient si fort
désappointé les colons que peu d'entre eux cultivèrent le maïs. Avec la
farine de cette plante, on fait une espèce de purée très nourrissante, que
les Américains appellent supporne ; on la fait avec de l'eau et on la mange
avec du lait ; il faut qu'elle bouille longtemps. » ( Catherine PARR TRAILL.
« Les forêts intérieures du Canada : lettres écrites par la femme d'un
officier émigrant [ i.e. Catherine Parr Traill ] sur la vie domestique des
colons américains », p.75, Paris, L. Curmer, 1843. )
HISTORIQUE :
De l'anglais américain supawn ( suppawn ) « oat-meal porridge »
qui l'a emprunté aux langues amérindiennes : a word of Algonkian Indian
origin, boiled Indian meal ; hasty pudding ; mush ( OED ). An lndian name,
in universal use in New England, New York, and other Northern States, for
boiled Indian meal ( Math 1 ChambInd ). Written also sepawn, sepon, and
suppawn ( OED ).
En français québécois, soupane, nom fém., « bouillie de farine, sorte de
gruau » est attesté depuis 1845 ( BDLP ) et signalé par nos glossairistes
depuis Manseau ( 1881 ). Soupane a aussi connu des acceptions marginales chez
nous : « trempette de pain dans le lait », « soupe maison dans laquelle on
laisse tremper du pain », « gruau de farine d'avoine cuit » et « traîneau
pour transporter le tonneau rempli de sève » ( hapax ) ( PPQ ). Soupane
« gruau », répandu au Québec au XIXe siècle et dans le premier tiers du XXe, a
connu un déclin important et, actuellement, son emploi, comme c'est le cas
pour ses sens mineurs et beaucoup d'autres amérindianismes, tend à devenir
occasionnel et même à disparaître ( PPQ, CELM ).
En anglais canadien supon, depuis 1852, aussi emprunté à l'anglais américain
( DictCan ).
Catégorie :
( 1 ) « The common food of the Indians is pap, or mush, which in the New
Netherlands is named supaen. This is so common among them, that they seldom
pass a day without it, unless they are on a journey or hunting. We seldom
visit an Indian lodge at any time of day, without seeing their supaen
preparing, or seeing them eating the same. It is the common food of all ;
and so fond of it are they, that when they visit our people, or each other,
they consider themselves neglected unless they are treated with supaen. » ( VAN DER DONCK'S, New Netherlands, 1656, N. Y. Hist. Soc. Collections, in « A
Dictionary of Americanisms on Historical Principles », ed. by Mitford M.
MATHEWS, The University of Chicago Press, 1951 [ réimpr. : 1966 ], XVI-
1946p. )
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard ( de Rabaska Multimédia ) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-1, 5 et 14.
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L'auteur est professeur retraité de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.
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