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Une photo pour illustrer le mot Dompe
[ Photo ( détail ) : Guy RIVARD, Lac-aux-Sables, 1976. ]


1er nov. 2004
Mise à jour : 4 nov. 2004

Capsule de chez nous
par Serge Fournier


Le mot de la semaine

DOMPE ; DUMP




DOMPE ; DUMP Transcription phonétique du mot Dompe. Nom fém. Aussi graphie domp et la variante phonétique dombe Transcription de la variante phonétique Dombe.

Définitions :
  1. Cour. Tout lieu d'élimination où l'on dépose des amas de neige ou des déchets, à ciel ouvert sur le sol, le plus souvent selon des règlements établis ; dépotoir, décharge publique.

    Exemples d'emploi :

    1. « Mon vieux, c'était une vraie bénédiction tout ce qu'y avait su la dompe de matériaux : des montants de lit, des morceaux de tôle, pis du gros carton pas mal trop sale. Tu rapaillais [ Voir le verbe " rapailler " à la fenêtre Lexique québécois ] là-dedans, à ton choix, une feuille de tuyau, quatre plaques de tôle pour la couverture, et tu choisissais un lot à une place pas trop puante, drette au bord de l'eau. » ( Gabrielle ROY. « Bonheur d'occasion », p.275, Montréal, Librairie Beauchemin, 1973 [ première édition : 1945 ], 345p. )

    2. « [ ... ] J'ai vu travailler les rats dans les dompes ( 1 ) ( ma distraction ).
      ( 1 ) [ Note de bas de page ] – terrain où l'on jette les déchets. »
      ( Félix LECLERC. « Le Fou de l'Île », p.100, Montréal, Fides, 1962 [ première édition : 1946 ], 215p., NéoClas. )

    3. « Me retrouver à dump. Nez dans marde. Pour trouver des puanteurs. Non. Non. Hey ! Pas si cave. » ( Jacques RENAUD. « Le Cassé », p.87, Montréal, Éditions Parti pris, 1968, 125p., FTLFQ. )

    4. « La dompe s'étendait sur toute une terre dont on pouvait distinguer encore la division des champs dans les broussailles, elle était marquée de carcasses d'autos et d'anciennes machines agricoles [ ... ] Il y avait aussi des piles de bois pourri et bien d'autres immondices. » ( Jacques FERRON. « La Charrette », p.49, Montréal, éd. HMH, 1968, 207p., NéoClas. )

    5. « Les richesses naturelles exploitées, épuisées, consommées, gaspillées ou parties ailleurs, il ne reste plus que les vieilles baraques et les déchets, la " dompe " à laquelle quelques morts en sursis, le clan Galarneau, arrachent quotidiennement une misérable survie. » ( Yves LEVER. « Quand l'album de famille s'enrichit », Relations, pp.125-126, avril 1974, article repris dans Internet et mis en ligne en janvier 2000. )

    6. « Moi, je pensais que c'était une dompe, alors je transportais là tout ce qui ne faisait plus l'affaire. Je voyais bien des voisins de l'endroit qui me regardaient. Y m'ont finalement dit que je n'avais pas le droit de jeter des ordures à cet endroit. Y'a fallu que j'aille chercher tout ce que j'avais jeté, que je trouve la dompe municipale et que je transporte tout ce matériel là-bas. » ( Témoin masc., 39 ans, Shawinigan-Sud, 1977, CELM. )

    7. « " C'tu de valeur, une si belle propriété avec une dump en face... " Fort de ces encouragements, l'homme de la ville a déposé une plainte, en bonne forme. » ( La Presse, p.A5, col.5, 17 nov. 1988, FTLFQ. )

    8. « Voir Jacques Parizeau, les doigts jaunis par la nicotine, ne jurer que par l'environnement. Voir Monsieur, le grand bourgeois d'Outremont, patauger, pour les besoins de la propagande audio-visuelle, dans les rebuts et les poubelles d'une " dompe " abitibienne... » ( La Presse, p.B3, col.5, 17 août 1989, FTLFQ. )

    9. « Quand le vent soufflait de l'ouest, nos parents, en " s'assisant " su'a galerie en début de soirée, disaient : " La dompe à pue à soir, y va mouiller ". » ( Claude PRINCE. « Souvenirs d'un vieux Montréalais / Un terrain de jeux de rêve : le dépotoir de la rue Des Carrières », site « La page @ Claude », 2000.)

    10. « Et quand la voiture n'était plus bonne à servir, on l'envoyait à la " dump ", dépotoir où l'on " dumpait " les vieilles carcasses. » ( Marcel TRUDEL. « Saint-Narcisse-de-Champlain, Au pays de la Batiscan », p.115, Imprimerie Litho Acme-Renaissance, Québec, 2001, 214 p. )

    SYNONYMES : Dépotoir à ciel ouvert, décharge publique, décharge ( OQLF ), décharge brute ( fr. ).

    QUASI-ÉQUIVALENT : Dépôt d'ordures ( OQLF ).

    SYNTAGME : Valoir la dump « chose de peu de valeur ».

    DÉRIVÉS : Domper, v. intr, « jeter, verser » et « faire une dompe » ( Gl ), dompeuse, nom fém., « voiture qui se décharge automatiquement » ( Gl ), « carrosserie de véhicule industriel constituée d'une caisse métallique pouvant pivoter, suivant sa construction vers l'arrière ou latéralement, sous l'action d'un leveur de benne » ( OQLF ).

    REMARQUES : L'ours est considéré par plusieurs coureurs des bois de la Mauricie comme une dompe. Le fait qu'il se nourrisse souvent à même les déchets des humains lui vaut cette réputation ( Enq. Serge Fournier, 1982, CELM ).

  2. Cour. Carrosserie de véhicule industriel constituée d'une caisse métallique pouvant pivoter, suivant sa construction vers l'arrière ou latéralement, sous l'action d'un leveur de benne ( OQLF ).

    Exemple d'emploi :

    1. « Dump. Baisser la dump. » ( Le Service de la langue française du nord-ouest [ Abitibi ] et Auger et Auger Ltée, Catalogues 1960-1970, Québec. )

  3. Vx. Remblai.

    Exemples d'emploi :

    1. « [ ... ] Quelques fois on avait de l'ouvrage à faire aux travaux du pont, d'autres fois on allait au pont des Seigneurs travailler pour la pierre, d'autres fois c'était au tas de déblais ( dump ) qu'on travaillait. [ ... ] » ( Témoignage de Alfred DROLET in « Appendice du vingt-huitième volume des journaux de la Chambre des communes du Canada, session de 1894 », p.543, Appendice [ No. 2. ], « Témoignages rendus devant le Comité des comptes publics au cours de L'Enquête sur les frais de construction des ponts de la rue Wellington et du Granc Tronc sur le canal Lachine », Ottawa, S. E. Dawson, 1894, ICMH. )

    2. « Dombe, dompe. Remblai ( travail de terrassement sur une ligne de chemin de fer ). » ( BPFC, VII, p.196, 1908, Gl. )

    3. « Dompe ( ang. Dump ). Remblai. Le train a déraillé, et s'est précipité en bas de la dompe. Le train a déraillé, et s'est précipité en bas du remblai. » ( BPFC, VIII, p.320, 1909. )

  4. Seconde photo pour illustrer le mot Dompe Foresterie. Vx. Lieu de décharge des billes de bois dans un cours d'eau afin d'en assurer le flottage. [ Photo ( 1955 ), Mauricie : Archives familiales Bonenfant. ]

    Exemples d'emploi :

    1. « Domp. De l'anglais dump = décharge de billes de bois sur un lac, une grande rivière. » ( PPQ, Q.1324, 1980. )

    2. « Dump. Amas de billes de bois entassés sur les berges des rivières avant le flottage. » ( PPQ, Q.1316, 1980. )

    SYNONYMES : jetée, landaine ( anglais américain landing ).

    SYNTAGME : Haler [ tirer une charge de bois ] à la dump.

  5. Vx. Partie de la cour, généralt à la ferme, réservée au rangement du bois.

    Exemples d'emploi :

    1. « Lequel des jeunes gens de Saint-Donat avait dans sa dump, au printemps, plus de billots que Jean Bérubé. » ( Chanoine Lionel GROULX [ Alioné de Lestres, nom de plume ]. « Au Cap Blomidon », p.33, Montréal, Librairie Granger Frères et cie, 1950 [ première édition : 1932 ], 239p., NéoClas. )

    2. « Dump. Le bûcher, la partie de la cour de ferme où l'on range le bois de service, le bois de chauffage. » ( PPQ, Q.31 B, 1980. )
HISTORIQUE : Dompe, nom fém., vient de l'anglais dump « a quantity of reserve materials accumulated at one place, an accumulation of refuse and discarded materials » ( 1784 ) ( Merriam Webster ). « A piece of land where waste materials are dumped ; a place where such materials are dumped. » ( OED ).

Au Québec, dompe, nom fém., ( 1908 ) a pris des valeurs techniques qui, dans la plupart des cas, ne sont plus en usage de nos jours, ainsi dans l'industrie ferroviaire pour désigner un « remblai, un amas de terre » et, dans la langue de l'exploitation forestière, différentes acceptions, notamment « l'endroit de décharge des billes de bois » ( 1912 ) [ cp. anglais canadien dump, verb « to drop a pile of logs from the bank to the river into the water » ] ( 1928, DictCan ). Par extension, à la ferme, « endroit où l'on range le bois de chauffage » et dompe « lieu où l'on verse les matières dont on veut se débarrasser ( amas de neige, vidanges, ordures ) » ( 1930 ), usuel aujourd'hui, de même que le « bac dans lequel on transporte divers matériaux ( billes de bois, sable, neige ) » ( 1960 ), puis, par métonymie, le camion lui-même ( 1980 ).

Catégorie :
  • Anglicisme lexical modifié phonétiquement.


Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard ( de Rabaska Multimédia ) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-5, 9, 10 et III-1.

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L'auteur est professeur retraité de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.

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