
Quels rêves s'était accordés Marie avec ce jeune homme
ardent qui marchait dans le soleil comme un enfant
Et lui, le trop calme Alexandre, qu'avait-il vécu avec
Quand Marie et Alexandre aperçurent une forme
indistincte sur le chemin, ils se regardèrent car ils avaient
retrouvé l'ineffaçable silhouette qui hantait leur mémoire.
Ils restèrent muets et leurs yeux ne dévoilèrent aucune
pensée. Chacun savait que l'ombre qui se profilait à
l'horizon n'était pas inconnue à l'autre. Chacun savait pour
l'autre. Ils continuèrent de marcher, un peu en se suivant,
comme s'ils avaient voulu, l'un et l'autre, s'effacer pour ne
pas assister à la rencontre.
Le hasard fait les choses telles, parfois, qu'on les croirait
issues d'un roman. Pour Marie et Alexandre, le
personnage fuyant qui les avait fascinés un moment était
devenu sans importance. C'était un événement clos.
C'était une possibilité non viable. Quelle fortuité ou quel
désir indéchiffrable les faisait aujourd'hui se
S'ils s'étaient arrêtés, peut-être auraient-ils eu le réflexe
de
Ils vont donc se rejoindre ceux-là que le hasard et le désir
ont décidé de confronter. Ils marchent sur la route, face à
face, dans une apothéose de sentiments, à eux-mêmes
dissimulés et intraduisibles. Ils ne sauraient rien dire de
ce qui se presse dans leurs pensées, de ce fourbi d'intuitions, de certitudes qui les font se connaître avant
d'avoir échangé une parole. Il s'agit de retrouvailles et de
guerre. Il s'agit d'imagination et de réel. Ils n'ont qu'à
laisser se dévider la suite. Les choses se font toutes
seules. Il n'y a rien à tenter. Ils n'ont rien à affirmer ou à
nier. Il n'y a qu'à laisser les routes courir au-devant d'elles
et se souder.
Le temps avait semblé long à Marie et Alexandre entre la
silhouette entrevue et cet être réalisé tout à coup devant
eux. Il avait toujours la tête baissée et marchait
délicatement. Il avançait lentement comme pour ne pas
déranger les choses.
* * *
Il fait un bond de côté soudain car son pied a failli broyer la tête
noire de Marie. Elle s'était arrêtée au bon moment. Lui n'avait
pas entendu les voyageurs silencieux et avait marché droit sur
eux. Surpris, il s'était éjecté lorsqu'il avait aperçu l'ombre sous
ses pas. Il lève des yeux honteux et confus, il halète un
excusez-moi pitoyable et pathétique. Marie qui se balance bien de
son ombre se met à rire. Il la regarde abasourdi. Elle parvient
finalement à lui dire, entre ses rires torturants, qu'il a plus à
craindre venant d'elle que de son ombre. Et elle éclate de rire à
nouveau. Il comprend lentement que ce mot était gentil et un
sourire s'esquisse sur ses lèvres. Alexandre sourit aussi, en
arrière.
Puis ils n'échangent plus de parole. Salo pense à fuir mais il
reste quand même, avec son sourire qui s'est figé. Marie
continue de rire en le détaillant, puis elle prend subitement un
air interrogateur et compassé qui semble dire conte-nous tes
malheurs, je sais un peu, bien entendu, mais cela te fera du
bien. Il est évident qu'elle saura le comprendre car ils ont les
mêmes yeux angoissés. Alexandre est mal à l'aise dans ces
premiers
Alors Marie parle la
Marie qui a horreur des situations banales,
* * *
Fin la semaine prochaine
Merci à Yvon Bonenfant pour la numérisation du texte dactylographié.
© Claude Bonenfant (1980-2001)
et RABASKA MULTIMÉDIA inc. (2001)
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