
Qui est
L'avons-nous si mal regardé, que sa lumineuse chair ne nous
ait pas encore rendus aveugles, instaurant les ténèbres sur tout
ce qui n'est pas
Bien sûr, sous les oliviers et un soleil expiatoire, il implore il ne
sait qui, peut-être lui-même. Qui peut-on espérer soudoyer
sinon
Ce corps qui le moule et le renferme, cet implacable monument,
cette parure, ne peut-il être un trophée suprême à la convoitise
sinon au
C'est bien lui l'insensé, l'artificieux fils des dieux qui peut
peindre et exalter les fureurs de l'amour mais jamais n'en sentir
l'épine qui darde sous la peau non plus que le délirant parfum.
Insensible, incorruptible figure de l'amour, la seule tendresse, le
reclus dans le vieux jardin de Firenze, Éros de bronze qui
enflamme l'ardeur des amoureux dans les allées noires, sans
jamais goûter la dévorante chaleur et fondre de joie.
Pourquoi est-il devenu peintre sinon pour donner vie à ce qui ne
peut respirer en lui, sinon pour réaliser ce qui lui est interdit.
Mais si l'art ne conduisait pas à la
Si vos yeux n'ont pas encore pleuré sur Salo qui gémit dans un
jardin de pierre, égaré, prisonnier d'une aurore qui ne peut
s'affirmer dans le jour, si vos yeux ne se sont pas agrandis de
stupeur d'avoir vu s'étirer le chaos des débuts du monde
jusqu'en Salo, je vous dirai l'horreur de l'homme qui ne peut
naître. Je vous dirai l'impertinence des dieux qui s'acharnent à
ne pas faire jaillir l'homme.
Salo est assis au jardin, dans le matin frauduleux. Il semble
émerger du sol, à demi libéré. Il est un élément douloureux de
ce paysage desséché, de cette terre que les dieux n'ont pas
quittée. Le vrai Salo, celui qui vit au-dedans, est un cul-de-jatte,
un mutilé originel.
Qu'est-ce qui t'empêche, Salo, d'être ce que tu
La vérité c'est que Salo n'en peut plus de vouloir toujours autre
chose. D'être un tissu de désirs et de contradictions. Salo n'en
peut plus de se regarder et de regarder ce qu'il aurait pu être,
ce qu'il était. Le lamentable Salo fait les cent pas, comme
toujours, et c'est lui-même qu'il piétine quand son pied écrase
les fruits tombés au jardin. Sur le sol, la pulpe s'écoule de leurs
écorces pressées. Sous le pas ferme de l'absurde, c'est sa
cervelle qui éclate.
Merci à Yvon Bonenfant pour la numérisation du texte dactylographié.
© Claude Bonenfant (1980-2001)
et RABASKA MULTIMÉDIA inc. (2001)
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