
Mais non, plutôt que de faire face à la nuit, il se recouche et garde naïvement les yeux fermés. Pour se donner toutes les chances de se rendormir. Il s'imagine alors sombrer physiquement dans l'eau étale du sommeil. Il sait très bien ( depuis le temps ! ) que son désir de percevoir cette immersion ne se réalisera pas, il a tant de fois essayé et ainsi provoqué ses plus irritantes insomnies. Peut-être ce privilège lui sera-t-il accordé cette nuit ? Il est si détendu et vide, et voilà qu'il ressent comme par magie le fameux petit picotement au menton, qu'il a pu régulièrement vérifier et qui annonce la proximité du gouffre. Mais la chute, elle, la lente ( ou courte ? ) plongée jouissive, jamais il ne l'a vécue, seulement le souvenir de s'être dit je m'endors, je vais bientôt m'endormir puisque le menton me pique, il faut me souvenir de ce qui se passe, oui, c'est ça, je m'endors.
© Claude Bonenfant et RABASKA MULTIMÉDIA inc. (2002) Tous droits réservés.