Quand il pense à ce qu'il pourrait dire de l'amour, de ses amours, souvent l'homme croit qu'il lui faudrait, ni plus ni moins, écrire des romans entiers, ouvragés comme des cathédrales. Il s'y promènerait tout d'abord un peu distraitement, par pudeur, baptisant d'un nom de femme cette abside derrière le chœur, d'un nom d'homme cette eucharistie imprévue; puis son regard plongerait incrédule dans le vitrail incandescent de toutes les révélations d'une courte nuit. Tant d'ombres dans le corps de désir et tant de lumières dans le désir du corps. Oui, il lui faudrait revisiter un à un tous les recoins de son passé, avec distance et émotion. Comme un touriste, c'est ça, comme un infatigable touriste de l'âme. Avec, cette fois-ci, le corps en bandoulière. Pour tout réajuster. Et réapprendre s'il le faut.