Le vieux touriste prend donc par la main l'ancien enfant qu'il était et lui ouvre les portes de la crypte enfouie de leur mémoire. Premier souvenir-polaroïd : sur la ferme il voit souvent le taureau tourner autour d'une vache, lui sentir la croupe, puis tenter de la monter. Parfois la drôlesse se met à courir et lui, il court debout derrière, la tête dans les nuages. Soudain la vache s'arrête, éternelle et mythique Pasiphaé, hébétée et ravie comme savent si bien l'être les bêtes surprises en leurs entrailles. L'œil aveuglé du taureau. Son membre comme une interminable carotte qui s'enfonce, se secoue et se retire. Quelle bizarrerie tout de même que cette zébrure orange, plus végétale qu'animale, furtive et rétractable, dans l'immensité bleue du jour qui tombe ! Le revoilà donc, notre insatiable géniteur cornu, gavé de septième ciel, qui retombe sur ses pattes et sur le plancher des vaches. Un univers uni et vert comme l'herbe qu'il recommence à brouter comme si rien n'était advenu dans les siècles des siècles. Sinon un peu de bleu dans son œil de minotaure comblé. Et un renflement dans le petit pantalon de l'enfant stupéfait.